Avis à lire par tous les lecteurs:

Les premiers articles du blog "Un médecin du sport vous informe" datent de 2013, mais la plupart sont mis à jour pour pouvoir coller aux progrè médicaux. Ce blog inter-actif répond à la demande de nombreux confrères, kinésithérapeutes, étudiants en médecine et en STAPS, patients et sportifs. Il est le reflet de connaissances acquises tout le long de ma vie professionnelle, auprès d'enseignants remarquables, connaissances sans cesse actualisées que je me suis efforcé de rendre accessibles au plus grand nombre par le biais d’images trouvées sur le Net, images qui sont devenues par la force des choses, la propriété intellectuelle de tous; si cela dérange, ces images seront retirées.

Certains articles peuvent apparaître un peu plus polémiques que d'autres et indisposer, mais il n'est pas question pour l'auteur de tergiverser ou de se taire, quand il s'agit de problèmes d'éthique, en particulier en matière de dopage et quand la santé des sportifs est en jeu, compte tenu du nombre élevé de blessures liées au surentraînement et à une pratique imbécile d'une certaine musculation, qui n'est plus au service de la vitesse et de la force explosive utile (et non de la force maximale brute), qui sont les deux qualités physiques reines, qui ne respecte pas les règles de la physiologie musculaire et qui, au lieu d'optimiser la performance, fait ressembler certains sportifs body-buildés à l'extrême, davantage à des bêtes de foire gavées aux anabolisants, qu’à des athlètes de haut niveau.

Ce blog majoritairement consacré à la traumatologie sportive, est dédié à mes maîtres les Prs Jacques Rodineau, Gérard Saillant et à tous les enseignants du DU de traumatologie du sport de Paris VI Pitié Salpétrière et en particulier aux docteurs Jean Baptiste Courroy, Mireille Peyre et Sylvie Besch. L'évaluation clinique y tient une grande place: "la clinique, rien que la clinique, mais toute la clinique" et s'il y a une chose à retenir de leur enseignement, c'est que dans l'établissement d'un diagnostic, l'examen clinique, qui vient à la suite d'un bon interrogatoire, reste l'élément incontournable de la démarche médicale. Toutefois dans le sport de haut niveau et guidé par la clinique, l'imagerie moderne est incontournable : radiographie conventionnelle, système EOS en trois dimensions pour les troubles de la statique rachidienne, échographie avec un appareillage moderne et des confrères bien formés, scanner incontournable dans tous les problèmes osseux et enfin IRM 3 Tesla, le Tesla étant l'unité de mesure qui définit le champ magnétique d'un aimant; plus le chiffre de Tesla est élevé et plus le champ magnétique est puissant ("à haut champ") et plus les détails des images sont fins et la qualité optimale.

Hommage aussi au Pr Robert Maigne et à son école de médecine manuelle de l'Hôtel Dieu de Paris ou j'ai fais mes classes et actuellement dirigée par son fils, le Dr Jean Yves Maigne. Je n'oublie pas non plus le GETM (groupe d'étude des thérapeutiques manuelles) fondé par le Dr Eric de Winter et ses enseignants, tous des passionnés; j'y ai peaufiné mes techniques et enseigné la médecine manuelle-ostéopathie pendant 10 années.

Dr Louis Pallure, médecin des hôpitaux, spécialiste en Médecine Physique et Réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE, ex médecin Athlé 66, comité départemental 66, ligue Occitanie et Fédération Française d’Athlétisme, médecin Etoile Oignies Athlétisme.

mardi 29 janvier 2013

Le coude traumatique du sportif

Au hit parade des lésions traumatiques du coude chez le sportif, c'est la luxation postérieure qui arrive en tête et constitue comme toutes les luxations, une urgence véritable, suivie de l'entorse du ligament collatéral interne et de la fracture de la tête radiale. Chez l'adolescent sportif et tout spécialement chez les gymnastes féminines au sol, les jeunes haltérophiles et les athlètes de lancer, javelot surtout où dans la phase d’accélération du bras, le coude est soumis à de fortes contraintes en hyperextension et en valgus qui entraînent une tension sur les formations ligamentaires internes et une compression sur les structures osseuses externes (condyle externe et tête radiale), une forme clinique de micro-traumatologie du coude doit rester présente à l'esprit :  l'ostéochondrite disséquante.


Alexia Kogut-Kubiak, championne de france 2010 et 2017 du lancer de javelot, discipline de l'athlétisme particulièrement contraignante pour les différentes structures ligamentaires, tendino-musculaires et nerveuses du compartiment interne du coude par mécanisme lésionnel en étirement,  mais également par  contraintes en compression sur le compartiment externe et tout spécialement sur le condyle latéral et la tête radiale (cf les articles: le coude du lanceur en Athlétisme et l'ostéochondrite disséquante du (de la) jeune lanceur (se) de javelot.

GENERALITES
Le coude est l'articulation intermédiaire du membre supérieur qui rapproche ou éloigne la main de l'axe du corps. Par sa fonction de flexion/extension, il complète l'action de l'épaule dans l'orientation de la main dans les différents plans de l'espace.
Par sa fonction de pro/supination, il introduit un 3ème degré de liberté au poignet, indispensable au contrôle d'attitude de la main qui peut ainsi saisir un objet de façon optimale.
Le coude a donc un rôle essentiel dans:
1- l'alimentation : on saisit les aliments en extension - pronation et on les porte jusqu'à la bouche par un mouvement de flexion - supination
2- la toilette corporelle.
Alimentation et toilette corporelle sont des actes importants de la vie courante si bien que toute raideur séquellaire post traumatique du coude aura une incidence médico légale qui peut aller jusqu'à la tierce personne en cas de handicap sévère.
3- le travail manuel ou la gestuelle sportive qui peuvent être perturbés par des lésions micro-traumatiques du coude, conséquence d'une sur-utilisation ( over use des anglo-saxons). 
Il n'est pas inutile de rappeler que l'on prône avec l'épaule et que l'on supine avec l'avant bras, avec ratio de force des muscles pronateurs / muscles supinateurs inférieur à 1.
RAPPEL ANATOMIQUE
Le coude unit l'épiphyse inférieure de l'humérus ou palette humérale avec les épiphyses supérieures du cubitus et du radius.


épiphyse inférieure de l'humérus
épiphyse supérieure du radius et du cubitus (ulna)
Le coude est  orienté en valgus du fait de la plus ou moins obliquité de la gouttière condylo-trochléenne.
Il est constitué de 3 articulations :
- huméro-cubitale
- huméro radiale
-  radio cubitale supérieure
avec une seule cavité articulaire, une seule synoviale et un seul appareil capsulo ligamentaire constitué de 2 ligaments collatéraux latéral et médial qui stabilisent le coude en valgus -varus et le ligament annulaire encroûté  de cartilage qui cravate la tête radiale et va d'un bord à l'autre de la petite cavité sigmoide du cubitus qui stabilise la radio cubitale supérieure. 
STABILISATION PASSIVE DU COUDE
Stabilisation sagittale: essentiellement osseuse par encastrement et congruence élevée du crochet sigmoïdien du Cubitus et de la trochlée humérale, complétée en latéral par l'appui de la tête radiale qui doit rester sous le condyle, verrouillée par l'appareil capsulo ligamentaire externe, ce qui élargit la surface de flexion.
Stabilisation frontale: à la fois osseuse et ligamentaire par l'intermédiaire des ligaments collatéraux avec discret varus dans les 1ers degrés de flexion; le LLI est très adhérent au plan capsulaire interne, tandis que le LLE comme au genou l'est beaucoup moins.





Stabilisation horizontale par le ligament annulaire, le LLE et ses 3 faisceaux et le ligament de Denucé qui maintiennent la tête radiale sous le condyle dans le mouvement horizontal de pro/supination.

1-capsule articulaire
2-ligament collatéral radial (faisceau antérieur)
3-ligt annulaire
4-tendon du triceps brachial
5-ligt col radial (faisceau postérieur)
6-ligt col radial (faisceau moyen)




STABILISATION ACTIVE DU COUDE PAR LES DIFFERENTS GROUPES MUSCULAIRES
7 muscles contrôlent le coude:
- 3 fléchisseurs : le biceps brachial, le brachial antérieur et le long supinateur ( huméro stylo radial)



- 2 extenseurs : le triceps brachial et l'anconé



- 1 supinateur : le court supinateur
- 1 pronateur : le rond pronateur


                                            


 NB : les muscles épicondyliens latéraux et médiaux contrôlent la flexion - extension du poignet.


BIOMECANIQUE
Le coude a 2 fonctions séparées :
- la flexion/extension de 140° à 150° en actif et de 160° en passif dévolu aux 2 articulations trochléo-cubitale et condylo- radiale.
- la prosupination de 85°x 2, dévolue à l'articulation radio- cubitale supérieure en association avec la radio- cubitale inférieure.
F/E du coude 
- par la Trochléo- Cubitale
La Trochléo - cubitale est faîte sur le modèle biomécanique d'une fourche de vélo supportant entre ses 2 branches ou piliers divergents, l'axe transversal condylo- trochléen. 





La force est au niveau des 2  piliers; entre les 2 piliers se situe la zone de faiblesse de l'articulation avec ses 2 fossettes antérieure et postérieure qui parfois sont tellement profondes que l'os paraît perforé; ces fossettes reçoivent les 2 becs du crochet sigmoïdien.
Cette structure en fourche rend délicate la réduction et la contention des fractures de la palette humérale.
Autre particularité biomécanique, trochlée humérale et grande cavité sigmoïde du cubitus font un angle de 45° ouvert vers l'avant; ce qui retarde en flexion du coude les butées osseuses limitantes et permet de loger les masses musculaires antérieures du bras.
Si ces 2 conditions biomécaniques n'existaient pas, la flexion du bras serait limitée à 90° et il n'y aurait pas de place pour les muscles fléchisseurs du bras.
- et par la Condylo - Radiale
La cupule radiale est abrasée d'un coin interne pour la condylo - trochléenne; c'est un cylindre creux qui reçoit l'hémisphère condylienne.
En flexion complète, la tête radiale, s'engage dans la fossette sus condylienne.
Pro / Supination de l'avant bras par la Radio-Cubitale supérieure  avec son homologue  la RC inférieure.
C'est une articulation trochoïde à un seul axe de liberté : la rotation qui s'effectue dans la petite cavité sigmoïde et cravatée par le ligament annulaire.
La prono- supination ajoute un 3ème axe de liberté au poignet.
Ces différentes solutions biomécaniques optimisent le contrôle d'attitude de la main, sinon le poignet tout comme l'épaule serait une énarthrose. La prosupination a été rendue possible par l'introduction dans la Phylogenèse il y a 400 Millions d'années d'un 2ème os au niveau de l'avant bras le radius qui supporte à lui seul la main, lors du l'accession du poisson sur la terre ferme pour se transformer en amphybien tétrapode.
PRINCIPALES FORMES CLINIQUES 
1/ La Luxation postérieure du coude
La luxation du coude est l’accident le plus fréquent que l’on rencontre lors de la pratique sportive au niveau du coude.
Elle se présente comme une urgence véritable de diagnostic facile par la seule inspection lorsqu'il s'agit d'une luxation postérieure ou postéro externe qui se rencontre fréquemment au Judo, après chute coude et main en hyper-extension. Se rencontre également en ski, rugby, handball etc.
Clinique




Signes immédiats: sensation de déboîtement et de malaise général, douleur intense, position du coude caractéristique : fléchi à 60° avec saillie postérieure de l'olécrâne, avant bras qui paraît raccourci en semi pronation soutenu par la main contro-latérale, impotence totale et toute tentative de mobilisation est impossible.
La première chose à faire: est d'asseoir puis de relever le blessé tout en maintenant son membre supérieur afin de procéder au premier bilan clinique qui doit se faire au mieux dans les vestiaires, plutôt que sur le terrain en attendant les premiers secours; l'examen sommaire est essentiellement neuro-vasculaire et comparatif car il peut y avoir nécessité d'orienter le blessé vers un service spécialisé en cas de problème vasculaire:
- palpation des pouls huméraux et radiaux, coloration et chaleur des téguments
- sensibilité du majeur, flexion du poignet et des doigts pour le nerf médian
- sensibilité thénar, abduction du pouce et extension du poignet pour le nerf radial
- sensibilité loge hypo-thénar et écart des doigts contre résistance pour le nerf cubital.
Ensuite la conduite à tenir est fonction de la durée d'intervention des premiers secours et de la durée du transport vers le centre hospitalier le plus proche afin de calmer convenablement le blessé, de radiographier le coude à la recherche d'une fracture associée et de réduire la luxation sous anesthésie générale.
Si les secours tardent à venir et l'établissement hospitalier lointain, il est licite de tenter comme pour l'épaule, de réduire prudemment la luxation si l'on est un médecin expérimenté et en l'absence de lésion neuro vasculaire : le patient est allongé sur le sol, le médecin doit prendre le coude à deux mains au niveau de la moitié proximale de l’avant bras. Il place l’avant-bras en supination, en posant ses doigts sur l’olécrane, et les pouces sur la face antérieure de l’avant-bras.
La manœuvre de réduction doit associer de façon très progressive une flexion du coude, une traction dans l’axe de l’humérus, et une pression descendante sur l’ olécrâne et la tête radiale. Toutes ces actions doivent être faites progressivement, de façon continue, sans à-coup et dans le plus grand relâchement possible.
En cas de résistance, la manœuvre doit être abandonnée et le blessé évacué vers le service d'urgence le plus proche, dans les meilleures conditions possibles. La réduction du coude se manifeste par un claquement ressenti avec une restitution anatomique des surfaces articulaires. La douleur est nettement et spontanément diminuée.
Une fois la réduction réalisée, le membre supérieur sera immobilisé avec tout mode de contention disponible sur le terrain ou à proximité de l’accident et le blessé dirigé vers un service d’urgences pour une radiographie du coude.


Conclusion
Il faut, avant de réduire une luxation postérieure du coude, vérifier l’aspect isolé de cette luxation, sans autre complication. Cette réduction sur le terrain reste possible si le médecin a l’habitude de cette pratique. Si ce n’est pas le cas, une évacuation au mieux par un service d’urgences est nécessaire le plus rapidement possible.
Il va sans dire que le médecin du sport qui intervient doit être agréé auprès de la fédération sportive auquel appartient le blessé et assuré en conséquence.
2/ Fracture de la tête radiale
Avec la luxation postérieure du coude, la fracture de la tête radiale est une des lésions traumatiques du coude les plus fréquentes et sans doute aussi des plus mésestimées car elle peut passer inaperçue dans les formes sans déplacement ou en cas de lésions associées, ligamentaires ou autres.



Clinique
Le mécanisme lésionnel est celui d'une chute sur le talon de la main, coude en hyperextension.
Signes immédiats: craquement et douleurs de la face externe du coude, gonflement localisé, parfois ecchymose  retardée.
La mobilisation du coude est limitée en extension et douloureuse en prosupination.
Il existe une douleur exquise à la palpation de la tête radiale et à sa mobilisation.
Le diagnostic de certitude viendra des radiographies qui doivent dérouler la tête radiale.
 Le traitement sera fonction de la sévérité de la lésion osseuse:



Il doit privilégier le port d'une attelle articulée  qui autorisera une rééducation précoce qui préviendra la raideur du coude qui guette toutes les traumatismes du coude qui sont immobilisés trop longtemps
3/ Entorses du LLI du coude




Les 3 faisceaux (antérieur, postérieur , oblique) du LLI (ligament collatéral médial), photo B.

Les entorses médiales du coude sont de mécanisme lésionnel non univoque.
En effet, elles peuvent survenir:
- sur un mécanisme de valgus forcé du coude par une clef de bras
- ou se voir après chute coude en hyperextension et être soit isolées, soit être associées à une luxation postérieure ou à une fracture de la tête radiale;
- toutefois le plus souvent il s'agit d'un mécanisme d'hypersollicitation du coude (sports de lancer: base ball, handball, javelot)
 par déstabilisation progressive du compartiment médial du coude lié à des contraintes répétées en valgus avec étirement du LLI qui finit par se déchirer.



Clinique: douleurs médiales (internes) du coude, gonflement localisé et ecchymose parfois présente. La mobilité du coude est peu affectée. Il existe une laxité médiale en valgus et la palpation du LLI est  sensible.



L'imagerie : radiographies et échographie peuvent aider au diagnostic surtout en cas de lésions associées. Le traitement sera variable en fonction du mécanisme lésionnel et visera à faciliter une rééducation précoce par le port d'une attelle articulée.
En cas d'échec du traitement médical et persistance d'une instabilité douloureuse, le recours à la chirurgie s'avérera indispensable.
Chez les jeunes sportifs et sportives de lancers, de gymnastique au sol, d’haltérophilie une forme clinique de traumatologie du coude doit rester présente à l'esprit: l'ostéochondrite disséquante (elle fait l'objet d'un article spécifique que l'on peut consulter dans le sommaire).
A SAVOIR: REEDUCATION DES FRACTURES DU COUDE
Les fractures de l'extrémité inférieure de l'humérus ostéosynthésées et dont le montage est solide sont rééduquées d'emblée par mobilisations passives manuelles et postures en flexion-extension. La mobilisation active non aidée peut être introduite à partir du 60° jour. Les fractures de l'extrémité supérieure du cubitus sont rééduquées immédiatement lorsque l'olécrâne est ostéosynthésé et la mobilisation active sans aide à J45.
Les fractures déplacées de la coronoïde ne se rééduquent pas d'emblée et la mobilisation active est guidée par le suivi radiologique.
Les fractures de la tête radiale vissées ou prothèsées se rééduquent immédiatement.
Le problème de la traumatologie du coude est celui de la raideur post traumatique; toutefois malgré le montage d'ostéosynthèse qui doit toujours être stable, il ne faut pas mobiliser trop précocément un coude traumatique, afin de prévenir la raideur, car le risque d'algo-neuro-dystrophie (AND) et de pseudarthrose est trop élevé; mieux vaut accepter de la raideur post traumatique dans un premier temps et procéder à une arthrolyse secondaire (mobilisation sous anesthésie générale qui permet de libérer les adhérences et retrouver ainsi de amplitudes correctes), que risquer d'avoir un déficit d'immobilisation, qui donnera à tous les coups une pseudarthrose. On rappelle que le secteur utile de mobilité du coude en F/E  est compris entre 30° et 130° (N= 0° à 145°) et que celui de la pro-supination est de 100° (N= 85° X 2). 

lundi 28 janvier 2013

Les épicondylites et autres douleurs du coude

Dans la vie professionnelle, les épicondylites font partie des troubles musculo-squelettiques (TMS). Ces TMS sont considérés par l'Assurance Maladie comme un véritable problème de santé publique et pris en charge au titre des maladie  professionnelle N° 57B. Dans la pratique sportive, les TMS du coude touchent préférentiellement les sportifs de raquette et de golf.



I/ QUELQUES MISES AU POINT
1- au terme de tendinite il faut préférer celui de tendinopathie, de l'enthèse (insertion osseuse) jusqu'à la jonction tendino-musculaire et à celui d'épicondylite latérale ou médiale devenu trop limitatif, il faut préférer le terme d'épicondylalgies du fait de la quadruple participation étiologique potentielle.
2- longtemps, une douleur chronique du coude latérale ou médiale d'origine microtraumatique se résumait à une atteinte d'un tendon le plus souvent épicondylien latéral et à un seul signe clinique, une douleur à la palpation.
3- actuellement on ne peux parler de tendinopathie qu'en présence de la triade clinique classique:
- douleur provoquée à la contraction isométrique résistée
- douleur à l'étirement
- douleur à la palpation du tendon lésé.
4- des études anatomiques sur cadavre ont permis d'individualiser que l'insertion tendineuse des muscles épicondyliens latéraux se fait en feuillet de livre avec une lame aponévrotique superficielle englobant le tendon commun au 2ème radial et à l'extenseur commun des doigts et une lame profonde épaisse englobant en particulier le chef superficiel du court supinateur, ce qui  justifie quand une indication chirurgicale est posée de recourir à une double aponévrotomie, le chirurgien se guidant  la fois sur le testing tendineux clinique et sur les examens complémentaires.

       

5-triade clinique symptomatique d'une épicondylite du coude:
1- Douleur à la palpation du tendon épicondylien latéral ou médial lésé.
2 - Douleur à la manoeuvre spécifique de contraction isométrique contre résistance du tendon lésé  (résistance à l'extension du poignet pour le 2è Radial et à l'extension des doigts pour l'Extenseur Commun : très précisément sur P1 des 3ème et 4ème doigts qui n'ont pas d'extenseur propre etc) .
3- Douleur à la manoeuvre spécifique d'étirement du tendon lésé (manoeuvre de Mills pour l'épicondylite latérale).
6- les 4 Stades fonctionnels de Blazina d'une tendinopathie:
- Stade 1: douleur du tendon hyper-sollicité ressentie après l'effort et cédant complètement.
- Stade 2: douleur en début d'effort puis qui disparaît et peut réapparaître à la fatigue si l'effort se prolonge dans le temps.
- Stade 3: douleur permanente (et donc d'allure pseudo inflammatoire) qui constitue une atypie clinique.
Stade 4 : rupture du tendon avec impotence totale et signes cliniques spécifiques de perte de continuité tendineuse.

       
                                                             Stade 4 de BLAZINA à l'IRM

II/ EPIDÉMIOLOGIE
Les populations exposées sont celles qui ont une gestuelle répétitive du poignet et de la main liée à: 
1une pratique sportive: population  jeune; sports de raquette (tennis++), golf; lésion unilatérale sur le bras dominant; responsablité du matériel (technopathie); sur le plan étiologique la tendinopathie est prédominante; sur le plan anatomique elle prédomine sur le feuillet superficiel et sur le plan histologique elle est d'origine dégénérative (contrairement aux lésions de la coiffe des rotateurs de l'épaule qui sont plutôt de nature inflammatoire).
Préférer sur le plan thérapeutique, les antalgiques aux AINS, mais les infiltrations de dérivés cortisonés restent efficaces au moins dans les stades précoces 1 et 2 de Blazina.


2- une pratique professionnelle dont les mécanismes lésionnels sont les mouvements de préhension-extension-flexion et de pro-supination (Tableau No 57 B des maladies professionnelles) et à une pratique ménagère et de loisirs comme le jardinage et le bricolage.
Ce sont les cas les plus nombreux; la population est plus âgée; les lésions sont souvent sur les 2 feuillets aponévrotiques; elles sont bilatérales; la participation de l'articulation huméro-radiale est constante; les atypies cliniques sont nombreuses.


           Epicondylite professionnelle Tableau 57B des Maladies Professionnelles

III/ PHYSIOPATHOLOGIE
1-  L' épicondyle latéral est une apophyse de traction qui subit à l'effort des contraintes importantes de la part des insertions des muscles épicondyliens par un tendon commun composé de 2 lames aponévrotiques, une superficielle et une profonde.
La contrainte mécanique apophysaire se complète par une contrainte associée des articulations adjacentes huméro- radiale et radio- ulnaire supérieure et une compression dynamique lors de la pro-supination du nerf interosseux postérieur dans le tunnel radial ou au niveau de l'arcade superficielle du muscle court supinateur souvent épaissie (arcade de Fhröse).

          


2- Les épicondylalgies médiales sont 10 fois moins nombreuses que les latérales, les contraintes musculo-tendineuses des épitrochléens étant bio-mécaniquement mieux réparties (à la fois sur l'apophyse mais aussi sur le cubitus).
La proximité anatomique du nerf Ulnaire dans la gouttière épitrochléo-olécranienne et contre l'arcade du muscle Cubital Antérieur rend compte toutefois de l'implication fréquente de ce nerf dans les atteintes lésionnelles médiales.

                

IV/ ORIGINALITÉ
Elle tient à la simplicité du diagnostic et de traitement, en particulier chez les sportifs: 80% de guérison dans un temps inférieur à 4 mois ( Génety 1975 et GEEC 2002).
Par contre, dans la population tout venant (plus âgée), le diagnostic et le traitement s'avère plus difficile du fait de pathologies potentiellement intriquées (vertébrale cervicale, huméro-radiale et syndrome canalaire).
L'existence de diagnostics différentiels :
- post entorse des ligaments latéraux du coude
- syndrome du défilé thoraco-brachial
- ostéome ostéoïde du col du radius
- syndrome des loges de l'avant bras
- autres syndromes canalaires du Médian (nerf interosseux antérieur); du nerf Musculo Cutané et du nerf Brachial Cutané interne.
- ostéodystrophies de croissance du coude de l'enfant (maladie de Panner) et de l'adolescent  sportif (ostéochondrite disséquante) des jeunes lanceurs de javelot, des jeunes gymnastes.
- pathologie inflammatoire ou arthrosique articulaire du coude à démembrer par la clinique et des examens complémentaires simples.
V/ LES EPICONDYLALGIES D'ORIGINE VERTEBRALE CERVICALE
Rappel anatomique
Le membre supérieur est entièrement innervé par les branches du plexus brachial issues des branches antérieures des nerfs rachidiens de C5 à T1:
1- les branches postérieures du Nerf Rachidien sont à l'origine :
- de contractures para-vertébrales d'origine inter-segmentaire  C5 à T1
- d'un trouble du mouvement intervertébral localisé accessible à l'examen clinique du rachis cervical
- de la cellulalgie inter-scapulaire à rechercher par le palpé roulé en dedans des omoplates.
2 - les branches antérieures du Nerf rachidien sont à l'origine:
- des névralgies cervico-brachiales C5 à T1
- ou de leur forme atténuée la cervicobrachialgie avec Lasègue cervical
- ou très souvent de la forme projetée le syndrome cellulo-téno-périosto-myalgique de Maigne (SCTPM) sur un même métamère (douleur référée).
Expression des SCTPM au niveau du coude
Le SCTPM s'exprime par une tendinalgie et une cellulalgie de localisation différente suivant la racine impliquée:
- racine  C5: tendinalgie bicipitale et cellulalgie sus épicondylienne latérale
- racine C6: épicondylalgie latérale et cellulalgie latérale sous épicondylienne latérale
-  racine C7: cellulalgie et tendinalgie de l'olécrâne
- racine C8 et T1: épicondylalgie et cellulalgie médiale sous et sus épitrochléenne
Autres syndromes s'exprimant au niveau du coude
1- Les syndromes lésionnels des 3 troncs primaires du plexus brachial
 ( macrotraumatiques: accident de moto très souvent).
2- Le syndrome thoraco-brachial ou du défilé des scalènes avec intrication de signes vasculaires.
3- Les syndromes canalaires potentiellement intriqués dans les épicondylalgies:
 - essentiellement du nerf interosseux postérieur (NIP) du radial
- du nerf ulnaire (cubital ): douleur du bord interne de l'avant bras et signe de Froment de la pince pouce - index
-  plus accessoirement du nerf interosseux antérieur (NIA) du médian des 3 muscles sous épitrochléens. Le NIA étant un nerf moteur pur avec signe de la pince carrée pouce - index en cas d'atteinte lésionnelle.
VI/ EVALUATION CLINIQUE
L'interrogatoire est d'une importance capitale pour rechercher :
- les stades de Blazina
- les atypies cliniques : 
1- en particulier le Blazina 3 et sa douleur permanente pseudo inflammatoire.
2- les signes articulaires (souris articulaire, craquements, pseudos blocages fugaces ) en général plus aigus, sans irradiation, majorés par les mouvements du coude. 
3- les signes canalaires : maladresse et faiblesse du geste, douleur nocturne, douleur irradiée vers le haut et surtout sur le bord externe de l'avant bras avec hypoesthésie du dos du carpe très précoce (le NIP n'est pas uniquement un nerf moteur et il ne pas faut pas attendre les signes de déficit moteur qui sont tardifs).
L'examen 
après le temps de
- l'inspection
- de l'étude de la mobilité et de la stabilité du coude,
- il est indispensable de pratiquer un testing analytique isométrique des différents tendons contre résistance et d'élargir le testing en cas de syndrome canalaire aux autres muscles non épicondyliens innervés soit par le NIP, soit par le nerf Ulnaire, voire par le NIA du Médian.

               
                             Testing isométrique contre résistance du Rond Pronateur

-Terminer par la palpation et la percussion soigneuse des différentes structures anatomiques du coude.
Enfin, un examen du rachis cervical qui peut être même inaugural tellement l'étiologie vertébrale est quasiment constamment présente avec recherche d'un signe de Lasègue cervical, de cellulalgies et de tendinalgies métamériques.
VII/ EN CONCLUSION : 6 IDÉES FORTES À RETENIR
1- une douleur projetée dans le coude d'origine vertébrale cervicale le plus souvent C5/C6 (syndrome cellulo-téno-périosto-myalgique de Robert Maigne: SCTPM) ou un dérangement fonctionnel huméro-radial ou radio-ulnaire proximal peut précéder de plusieurs mois ou années l'épicondylalgie, en faire le lit et pérenniser la pathologie, en particulier dans les formes professionnelles.
2- une épicondylalgie latérale ou médiale du coude est une urgence médico-chirurgicale: médicale à ses débuts et pour ne pas perdre de temps, strictement du ressort d'un médecin capable de bien maîtriser le traitement des étiologies potentielles (en particulier manipulations vertébrales cervicales très efficace avec respect des règles de sécurité bien codifiées par Maigne et Vautravers; infiltration de l'enthèse et ou articulaire du coude; traitement par acide hyaluronique, toxine botulinique ou par injection de PRP) après bilan initial simple par radiographies et échographie.
3- l'évolution doit être rapidement favorable dans des délais inférieurs à 2-3 mois.
4- toute atypie clinique ou toute résistance à un traitement médical bien conduit doit vite conduire à un avis, puis à un geste chirurgical spécialisé, après bilan complémentaire du seul choix du chirurgien ( IRM, EMG, etc ) guidé par la clinique.
La double aponévrotomie chirurgicale, souvent justifiée, lève la traction sur l'apophyse et décomprime en parallèle l'articulation huméro- radiale et le tunnel radial et cela peut s'avérer suffisant s'il n'y a pas eu de perte de temps.
5- Tout retard expose à l'extension de la lésion tendino- périostée à l'os sous- jacent, à une souffrance huméro-radiale ou radio ulnaire organique, à des signes de déficit moteur du NIP radial dans les formes latérales ou du nerf ulnaire dans les formes médiales qui seront autant de facteurs péjoratifs qui compliquent le geste opératoire qui ne pourra entièrement régler la maladie régionale et qui peuvent conduire au reclassement professionnel ou à une baisse du niveau sportif ou simplement à l' impossibilité d'exercer des activités d'agrément.
6- surveiller et traiter préventivement le rachis cervical et la dysfonction articulaire de voisinage (avec infiltration huméro- radiale si besoin précédée par le test à la xylocaine) des populations à risque.
Nouvelles approches thérapeutiques médicales de la tendinopathie des épicondyliens
David Gasq du service d' Explorations Fonctionnelles Physiologiques au CHU Rangueil et Olivier  Ucay du service de Médecine Physique et Réadaptation, CHU Rangueil ont passé en revue les différentes thérapeutiques dans le traitement de la tendinopathie des épicondyliens:
1- La rééducation
Elle est largement utilisée dans la prise en charge de la tendinopathie épi- condylienne (TE). Les étirements des muscles épicondyliens, associés à des massages transverses profonds et à de la physiothérapie antalgique montre une efficacité modérée. Le travail musculaire excentrique a montré une efficacité à moyen terme (plus de 6 semaines) par rapport à une rééducation plus classique. Elle doit être associée à un arrêt des sollicita- tions tendineuses excessive pour apporter un bénéfice à la prise en charge. 
2- Les infiltrations de corticoïdes 
Elles sont efficaces à court terme (6 semaines). Leur indication est controversée en raison d’un fort pourcentage de récidive au delà de 3 mois, et d’un résultat à long terme inférieur aux étirements associés à un travail excentrique. Leur indication éventuelle reste limitée au début de la prise en charge afin de passer un cap douloureux, avant de pouvoir débuter la ré- éducation. 
3- La médecine manuelle-ostéopathie 
Les épicondylalgies latérales d’origine cervicale liées à un dysfonctionnement métamérique C5-C6 relèvent d'un traitement par manipulation vertébrale élective du segment cervical C5/C6, associées à des techniques manuelles articulaires locales sur le coude. 
4- Le Monoxyde d’azote 
L’application de patch de trinitrine en regard des épicondyliens permet un passage transcutané de métabolites se transformant en monoxyde d’azote ou NO au sein du tendon. Le NO entraine une activation des fibroblastes favorisant la synthèse de collagène. En parallèle d’une prise en charge ré- éducative (étirements et renforcement musculaire), l’application de patch de trinitrate de glycérine (1,25 mg/24 heures) durant 6 mois a montré une amélioration des douleurs dès la 2e semaine, avec une amélioration de la force musculaire à 3 mois. Un suivi à 5 ans montre que les patients présentent toujours des douleurs, mais très nettement diminuées par rapport à l’évaluation initiale. Ce traitement semble donc intéressant en association avec la rééducation pour potentialiser les effets à court et moyen terme, mais ne modifie pas l’évolution à long terme. 
5- Les ondes de choc (oDc) extra-corporelles
Ce sont des ondes acoustiques, focales ou radiales, appliquées en regard des structures à traiter. Leurs mécanismes d’action sont proches de ceux des massages transverses profonds : libération locale d’endorphines ou de substances inhibitrices de la douleur, inflammation locale avec accroissement de la vascularisation et des processus de réparation tissulaire. Les résultats de la littérature restent discordants. Ce traitement ne doit en tout cas jamais être proposé sans une prise en charge rééducative associée, et doit être appliqué dans des conditions optimales. Il s’agit probablement d’un traitement de dernier recours en l’absence de preuve suffisante d’efficacité. 
6- L’injection in situ de plasma riche en plaquettes (PRP) autologues 
L’injection in situ de plasma riche en plaquettes (PRP) autologues ou de sang total autologue se développe dans la prise en charge de la TE depuis une dizaine d’années. L’obtention du PRP s’effectue en centrifu- geant un prélèvement sanguin autologue. Il existe une libération de facteurs de croissance par les plaquettes, qui permettent de stimuler la prolifération cellulaire et de relancer les processus de cicatrisation. L’injection de sang autologue est plus simple en terme de procédure et repose sur le même concept. L’injection de PRP a montré une amélioration supérieure à une injection de corticoïdes, à court terme et jusqu’à 2 ans, en termes de diminution de la douleur et d’amélioration de la fonction, en présence de TE chroniques. L’injection de sang autologue a une efficacité supérieure à une injection de corticoïdes à 8 semaines pour certains, alors que d’autres montrent une absence d’efficacité par rapport à un placebo, entre 2 semaines et 6 mois. Au total, l’utilisation du PRP (et peut être du sang autologue) en association avec un programme rééducatif, semble intéressante en présence d’une TE résistante au traitement initial, avec des résultats encourageants à court, moyen et long terme. 
7- L’injection locale de gel d’acide hyaluronique 
C'est une nouvelle option thérapeutique dans la TE. Des études animales ont suggéré le rôle de l’acide hyaluronique sur l’amélioration de la cicatrisation tendineuse. Une étude randomisée et contrôlée a montré une amélioration significative de la douleur, de la force musculaire, de la fonction et des possibilités de reprise du sport très en faveur des injec- tions du gel d’acide hyaluronique, à 1 mois, 3mois et 1 an. L’utilisation des gels d’acide hya- luronique pourrait donc être une alternative thérapeutique intéressante étant donné des premiers résultats encourageants avec des effets secondaires limités. 


8- L’injection intramusculaire de toxine botulique A 
Ces injections dans les muscles extensor carpi radialis brevis (ECRB) et extensor digitorum communis (EDC) des 3e et 4e doigts essentiellement, se développe dans la prise en charge de la TE. La toxine botulique agit au niveau des plaques motrices en bloquant la libération d’acétylcholine, ce qui diminue les capacités contractiles du muscle, mais présente égale- ment des propriétés antalgiques propres. La parésie induite permettrait une décharge rela- tive du tendon des épicondyliens, suivi d’une remise en charge progressive au fur et a me- sure de la diminution des effets de la toxine. Le principal effet secondaire de ce traitement est la perte de force de serrage et la difficul- té d’extension des 3ème et 4ème doigts que présentent certains patients. L’injection de toxine botulique (30 à 40 unités Botox dans l’ECRB) semble aussi efficace qu’une prise en charge chirurgicale en cas de TE chronique résistante aux traitements médicaux, avec environ 30 % d’amélioration à 3 mois, 60 % à 6 mois, 80 % à 1 et 2 ans. L’injection de toxine botulique semble être un traitement efficace de la TE chronique résistante aux autres approches médicales, qui peut être proposée en alternative à la chirurgie.