Avis à lire par tous les lecteurs:

Les premiers articles du blog "Un médecin du sport vous informe" datent de 2013, mais la plupart sont mis à jour pour pouvoir coller aux progrè médicaux. Ce blog inter-actif répond à la demande de nombreux confrères, kinésithérapeutes, étudiants en médecine et en STAPS, patients et sportifs. Il est le reflet de connaissances acquises tout le long de ma vie professionnelle, auprès d'enseignants remarquables, connaissances sans cesse actualisées que je me suis efforcé de rendre accessibles au plus grand nombre par le biais d’images trouvées sur le Net, images qui sont devenues par la force des choses, la propriété intellectuelle de tous; si cela dérange, ces images seront retirées.

Certains articles peuvent apparaître un peu plus polémiques que d'autres et indisposer, mais il n'est pas question pour l'auteur de tergiverser ou de se taire, quand il s'agit de problèmes d'éthique, en particulier en matière de dopage et quand la santé des sportifs est en jeu, compte tenu du nombre élevé de blessures liées au surentraînement et à une pratique imbécile d'une certaine musculation, qui n'est plus au service de la vitesse et de la force explosive utile (et non de la force maximale brute), qui sont les deux qualités physiques reines, qui ne respecte pas les règles de la physiologie musculaire et qui, au lieu d'optimiser la performance, fait ressembler certains sportifs body-buildés à l'extrême, davantage à des bêtes de foire gavées aux anabolisants, qu’à des athlètes de haut niveau.

Ce blog majoritairement consacré à la traumatologie sportive, est dédié à mes maîtres les Prs Jacques Rodineau, Gérard Saillant et à tous les enseignants du DU de traumatologie du sport de Paris VI Pitié Salpétrière et en particulier aux docteurs Jean Baptiste Courroy, Mireille Peyre et Sylvie Besch. L'évaluation clinique y tient une grande place: "la clinique, rien que la clinique, mais toute la clinique" et s'il y a une chose à retenir de leur enseignement, c'est que dans l'établissement d'un diagnostic, l'examen clinique, qui vient à la suite d'un bon interrogatoire, reste l'élément incontournable de la démarche médicale. Toutefois dans le sport de haut niveau et guidé par la clinique, l'imagerie moderne est incontournable : radiographie conventionnelle, système EOS en trois dimensions pour les troubles de la statique rachidienne, échographie avec un appareillage moderne et des confrères bien formés, scanner incontournable dans tous les problèmes osseux et enfin IRM 3 Tesla, le Tesla étant l'unité de mesure qui définit le champ magnétique d'un aimant; plus le chiffre de Tesla est élevé et plus le champ magnétique est puissant ("à haut champ") et plus les détails des images sont fins et la qualité optimale.

Hommage aussi au Pr Robert Maigne et à son école de médecine manuelle de l'Hôtel Dieu de Paris ou j'ai fais mes classes et actuellement dirigée par son fils, le Dr Jean Yves Maigne. Je n'oublie pas non plus le GETM (groupe d'étude des thérapeutiques manuelles) fondé par le Dr Eric de Winter et ses enseignants, tous des passionnés; j'y ai peaufiné mes techniques et enseigné la médecine manuelle-ostéopathie pendant 10 années.

Dr Louis Pallure, médecin des hôpitaux, spécialiste en Médecine Physique et Réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE, ex médecin FFRugby et USAP Perpignan, Athlé 66, comité départemental 66, ligue Occitanie et Fédération Française d’Athlétisme, médecin Etoile Oignies Athlétisme.

A l'attention des lecteurs de ce blog : certains d'entre vous m'interrogent pour des problèmes de santé en rapport avec les différents articles. Pour une raison que j'ignore les questions posées ne me parviennent pas comme auparavant, et je ne peux donc pas y répondre. Merci de me faire parvenir vos éventuelles questions sur ma boîte Mail : p6654@msn.com Dr LP
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lundi 4 février 2013

Embryologie et anatomie du rachis cervical et application aux techniques de manipulations vertébrales cervicales
Ce rappel anatomique et embryologique est intéressant à connaître en traumatologie sportive en particulier pour les médecins qui encadrent les équipes de rugby.
En effet dans ce sport, le rachis cervical est particulièrement exposé, surtout au niveau des 1ères lignes. Intérêt également en médecine manuelle, les manipulations vertébrales constituant une arme thérapeutique sans pareille dans le traitement des cervicalgies communes mais également une contre indication absolue en cas de malformations en particulier de la jonction cranio- rachidienne. 
Les médecins du rugby et ceux de médecine manuelle doivent absolument faire la traque aux malformations cervicales qui  contre indiquent la pratique du rugby et les manipulations vertébrales cervicales dans le traitement des cervicalgies ou des céphalées d'origine cervicale et pour cette traque à la malformation, la connaissance de l'embryologie du rachis cervical est la bienvenue en vertu de cet aphorisme: "on trouve ce que l'on cherche, on cherche ce que l'on connaît et l'on connaît ce que l'on a bien appris parce que bien enseigné".
I/ RAPPEL  EMBRYOLOGIQUE cours des Pr PIGANIOL  et du Dr de WINTER

Pr Guy Piganiol

7 vertèbres , chiffre remarquablement constant chez tous les mammifères composent le rachis cervical; elles s'inscrivent dans la lordose cervicale conditionnée par l'épaisseur vers l'avant des disques intervertébraux cervicaux qui sont également hauts(1/3).
A cause de l'indépendance de la tête qui a sa mobilité propre , très vite est apparu dans la phylogenèse une différenciation des 2 premières vertèbres cervicales et de leur articulation avec le crane dont la surface articulaire de sa partie postérieure est déjà un condyle, des 5 autres et ce des le début de la vie terrestre avec les premiers reptiles.

La phylogenèse, évolution de l'espèce et l' évolution embryologique ou ontogenèse sont intéressantes à considérer car alors que l'anatomie descriptive montre des vertèbres cervicales très différentes des autres étages vertébraux , phylogenèse et ontogenèse orientent vers une analyse globale du rachis avec une vertèbre type dite fondamentale et des variations régionales imposées par la fonction qui module l'organe.

Elles fournissent également l'explication aux variations et autres anomalies observées en clinique humaine ; l'ontogenèse suit le même cheminement que la phylogénie avec ces 3 stades (mésenchymateux puis cartilagineux puis osseux ) par la mise en place d'une notochorde mésenchymateuse dès la 3ème semaine a partir du 3ème feuillet tissulaire primordial le chordomésoderme.

La chorde dorsale ou notochorde se complète par 2 colonnes mésodermiques paramédianes, ébauche de la future colonne vertébrale et de ses muscles avec dès la 4ème semaine 2 centres cartilagineux de part et d'autre de la notochorde suivis de l'arc neural
 (la chorde disparaît sauf au niveau discal avec la présence de quelques cellules physaliformes; des reliquats chordaux existent aussi sur l'occipital et le sacrum à l'origine de chordomes) .


Les 2 colonnes mésodermiques vont subir 2 segmentations successives : 
1-La première segmentation Elle aboutit à 42 paires de somites dont:
- 4 occipitales dont les sclérotomes vont fusionner pour former l'os occipital, le canal condylien étant l'équivalent d'un trou de conjugaison et le nerf hypoglosse peut être considéré comme la réunion de 3 nerfs; la vertèbre occipitale s'intégrant dans l'os occipital avec en particulier les condyles, mais aussi s'intégrant dans l'arc antérieur de l'atlas et l'extrême pointe de la dent avec possibilité de vestiges sous la forme d'un condyle médian ou d' une articulation entre occipital par l'intermédiaire d' un tubercule ou troisième condyle occipital qu'on retrouve chez les tortues, les crocodiles et certains oiseaux et la pointe de la dent, considérée comme un vestige de disque normalement remplacé par le ligament suspenseur, ou d'un arc antérieur entre occiput et atlas ou par une ossification du ligament occipito-odontoidien.
L'atlas se developpe à partir de 2 centres primitifs latéraux , futures masses latérales fusionnant vers l'arrière pour constituer l'arc postérieur et 2 points d'ossification antérieurs secondaires qui apparaissent au 5ème mois de vie extra utérine pour fusionner et constituer l'arc antérieur avec sa fissure antérieure ou postérieure et formation d'un rachis-chisis.
 ll existe des occipitalisations de l'atlas et des manifestations de la vertèbre occipitale .
L'axis se développe à partir de 4 centres :
-1 centre inférieur médian qui va donner C2 
- 3 centres odontoïdes à considérer comme le corps de C1: 1 supérieur ou os terminal qui apparaît à 2 ans et se soude aux 2 autres vers 12 ans et 2 centres odontoïdiens inférieurs qui se soudent entre eux puis la dent se fixera en bas au corps de C2 vers I'age de 4 ans .
Les zones cartilagineuses peuvent persister chez l'adulte et ne doivent pas être confondues avec des traits de fracture et il existe des dents de l'axis malformées, mobiles . 
L'anomalie la plus importante est l'impression basilaire qui fait passer la pointe de l'odontoïde au dessus du trou occipital et s'accompagne fréquemment de luxation intra occipitale de la dent avec manifestations neurologiques .
ll existe de fréquentes transformations de la gouttière de l'artère vertébrale des 2 cotés ou d'un seul côté et plutôt à droite, en un canal vertébral qui fixe l'artère vertébrale et la rend vulnérable dans une manipulation vertébrale.
- 7 cervicales 
- 12 thoraciques avec des points costaux détachés des ébauches vertébrales et évoluant indépendamment
- 5 lombaires dont les ébauches costales vont constituer les apophyses costiformes,
- 5 sacrées qui fusionneront pour former le sacrum (l'absence de soudure entre S1 et S2 déterminera la lombalisation de S1 , tandis que l'extension de la soudure entre L5 et S1 constituera la sacralisation de L5 )
-  8 coccygiènnes dont 5 vont régresser.
Chaque somite correspond à un métamère avec en para-médian un sclérotome qui va se développer:
- vers l'avant et fusionner avec son alter ego en séparant la notochorde des autres éléments de l'endoderme : intestin primitif et éléments vasculaires ( l'absence de fusion ou rachischisis antérieur s'associe avec des anomalies intestinales et vasculaires).
- vers l'arrière ou le sclérotome va envelopper la notochorde en la séparant du tube 
neural , futur cordon nerveux ou moelle épinière ; tube neural qui sera à son tour isolé et protégé vers l'arrière par 2 hémi-arcs qui vont fusionner en arrière ( absence de fusion égale myéloméningocèle par spina bifida).
- en postéro latéral un dermatomyotome, future musculature qui conservera la disposition segmentaire primitive .
2- La 2ème segmentation
Elle ne touche que le sclérotome et consistera en une fissuration transversale du sclérotome qui va former le disque (si défaut = bloc vertébral ) tandis que les 2 hémisclérotomes cranial et caudal vont constituer le corps vertèbral ( avec en cas de soudure absente ou partielle: hémivertèbre unique ou multiple).
 Chaque vertèbre se trouve donc à cheval sur 2 métamères , les muscles antérieurs vertébraux s'insérant sur les disques et par des arcades sur les 2 corps vertébraux adjacents.
L'innervation des muscles rachidiens 
Elle s' explique par l'embryologie :
- la musculature dorsale para vertébrale est innervée par les branches postérieures des nerfs rachidiens et ceci chez pratiquement tous les vertébrés
- les muscles antérieurs et des ceintures lesquels recouvrent les muscles des gouttières, le sont par les branches antérieures avec des exceptions : Trapèze et SCM (sterno cléido mastoidien) secondairement annexés au membre supérieur sont innervés par la branche externe du spinal (XI).
- les muscles en position intermédiaire comme les serratus posterior inferior et superior (petit dentelé supérieur et inférieur) sont innervés par les branches antérieures et postérieures parce qu'issus du développement somitique mixte .
II/ Anatomie descriptive et fonctionnelle il est intéressant de scinder le rachis cervical en 3 étages comme le propose ERIC DE WINTER et son GETM repris par l'école de médecine manuelle  Bourguignone, ce qui sur le plan clinique et des techniques manuelles s'avère judicieux .
1-La jonction cranio rachidienne



Cette zone correspond à 'extrémité céphalique du rachis a qui incombe le support mais aussi l'orientation ample de la tête dans l'espace avec conservation pour les besoins de l'équilibre de l'horizontalité du regard et de l'homéostasie des canaux semi-circulaires, et bien entendu la protection des éléments nerveux et de l'artère vertébrale.
Ce programme est réalisé à partir de :
- 3 éléments osseux : ce qu'il est convenu d'appeler la vertèbre occipitale ou C0 , l'atlas ou C1 et l'axis ou C2.
- 6 articulations : 2 C0-C1 : entre condyles occipitaux biconvexes et glènes atloidiennes concaves priviliégeant le mouvement sagittal et les inclinaisons latérales
4 C1-C2: trépied articulaire :
- médian antérieur avec C1- Dent ( portion de cylindre creux arc antérieur de l'atlas - cylindre plein de l'atlas encroûté de cartilage +++)
- médian postérieur Dent - Ligament transverse, située dans un plan plus bas que l'antérieure et donc autorisant des mouvements de rotation appuyée.



 - latéral C1-C2 ( facette articulaire C1 convexe - facette articulaire supérieure de C2 en épaulette convexe aussi , l'incongruence favorisant la mobilité corrigée par un épais cartilage), avec quelques caractéristiques :
1- l'absence de disque intervertébral et la rupture de la colonne des apophyses articulaires,  qui modifie considérablement les forces de transmissions.
2- l'absence de corps vertébral de C1 (en fait incorporé dans C2 :l'apophyse odontoïde. L'existence de ce pivot osseux permettant un défilement panoramique du regard
3- une musculature globalement complexe:faite de fibres longues , moyennes et courtes, un même muscle pouvant être à la fois tonique pour le maintien de la posture et phasique intervenant dans la mobilité comme la musculature courte sous occipitale de vigilance faite de 14 muscles dont 8 postérieurs, le centre de gravité de la tête situé en avant des condyles occipitaux ne reposant qu'en hyperextension sur le coussinet musculaire postérieur et nécessitant de puissants haubans. 
Rôle également dynamique de ces haubans courts avec:
- une extension de la tête en cas de contraction bilatérale 
- une rotation homolatérale en cas de contraction unilatérale.
La musculature moyenne et longue aussi bien adaptée , oriente la tête et contribue à la fonction oculocéphalogyre. 




- des ligaments intra canalaires : le cruciforme et les 2 alaires
Au total cette zone proximale, complète, ajuste et amortit grâce à la richesse en propriocepteurs de la musculature sous occipitale, tous les mouvements du rachis cervical.
2-La zone discocervicale de C2-C3 à C7.
Elle assure le transit des éléments vasculonerveux, complète le placement dans l'espace des organes sensoriels, solidarise le rachis cervical avec le squelette appendiculaire et le thorax, est capable de résister aux phénomènes de compression axiale grâce au haubans parallèles qui serrent tandis que les haubans obliques ont un effet de frettage.
 Elle possède des axes de mouvements interapophysaires qui s'inclinent différemment sur l'horizontale privilégiant l'inclinaison latérale en zone moyenne et la rotation presque pure en zone charnière.
 Enfin son inscription dans la lordose cervicale favorise les inversions des actions musculaires et l'exemple des SCM est très explicite :
   - leur contraction simultanée étend la tête et fléchit le cou sur le thorax si le rachis est rendu rigide par la contraction des muscles prévertébraux et fléchit la tête et le cou si le rachis est souple.
   - en position normale, il n'y a aucune contraction.
   - tandis qu'ils se contractent fortement pour maintenir la tête droite lors du passage couché - assis.
   - à partir d'une position de légère extension ils deviennent extenseurs cervicaux.
  - leur contraction unilatérale induit une inflexion homolatérale et un rotation controlatérale.
Les scalènes sont rotateurs et inclinateurs homolatéraux.
 Le trapèze est extenseur homolatéral et rotateur controlatéral.
Quelques caractéristiques :



- Le corps vertébral cervical est quadrangulaire à grand axe transversal et relevé à sa partie supérieure par 2 saillies latérales les uncus transformant la vertèbre cervicale en un rail et la colonne cervicale en une pile d'assiette particulièrement stable mais siège d'une dégénérescence rapide dès 18 ans et limitant considérablement le mouvement disco-corporéal cervical protégeant ainsi l'artère vertébrale qui chemine dans le canal inter-transversaire.



- Les apophyses articulaires sont planes et inclinées à 45°et possèdent des formations méniscoides.
- Les épineuses sont peu développées et bifides de C2 à CG , C7 est proéminente
Les apophyses transverses sont trouées par le canal transversaire pour l'artère vertébrale à partir de C6 et la veine vertébrale en C7, formées à partir de la fusion des 2 points d'ossification vertébral et costal, la persistance de ce dernier signe la présence d'une côte cervicale souvent unilatérale et gauche.
- La présence d'un disque rend ce système tripode hyperstable mais aussi sujet à dégénérescence parce que mobile au niveau des surplombs les plus hauts (surtout en C5-C6).
 Au total le rachis disco cervical est une zone plutôt exposée mais aussi plutôt mécaniquement bien adaptée aux contraintes physiologiques. 
Les traumatismes en hyperextension réduisant le rapport contenant/ contenu sont graves en C5-C6; la mobilité globale cervicale cache des inégalités d'amplitude segmentaires des différents étages cervicaux (rotation quasi pure en cervical bas et plutôt inflexion latérale au début) dont on doit tenir compte dans les thérapeutiques manuelles.
3- La charnière cervico-thoracique



Cette " troisième " zone du rachis cervical est une zone carrefour de la base du cou, du sommet du thorax et du hile du membre supérieur avec son appendice scapulaire; dans cette zone, il y a intrication avec la pathologie abarticulaire de l'épaule et celle de l'apex pulmonaire.
Du côté cervical : 
- C6 est très mobile et s'efface en extension.
-  C7 présente une épineuse proéminente non bifide qui ne s'efface pas en extension.
Possibilité de côte cervicale bilatérale ou unilatérale gauche par non fusion des ébauches costales et vertébrales de l'apophyse transverse et triade clinique : trouble vasculaire/névralgie cubitale/masse osseuse palpable dans le creux sus claviculaire.
Du côté thoracique : 
- T1 est peu mobile ; présence du dôme pleural et du ganglion étoilé; ligne brisée de la 1ère côte de 3 cm de rayon inscrite dans la concavité de la 2ème côte et ses trois segments aux angles très marqués :
-segment postérieur articulaire avec le rachis et ses attaches costo-vertébrales et costo-transversaires. 
- segment moyen vasculo-nerveux avec l'artère sous clavière et les racines nerveuses C8 et T1 qui forment une pince autour du col de la 1ère côte pour former le tronc primaire inférieur du plexus brachial.
- segment antérieur musculaire avec les scalènes et la veine sous clavière.
III/ Application aux techniques de manipulations vertébrales cervicales
Seules les cervicalgies communes relèvent de traitements par médecine manuelle; il faut  quasi exclure les manipulations vertébrales cervicales du traitement des névralgies cervico- brachiales par hernie discale molle ou dure et totalement les exclure dans la myélopathie cervicarthrosique et les cervicalgies symptomatiques.
Extrêmement efficaces dans les cervicalgies communes, les manipulations vertébrales cervicales sont de réalisations aisées; il est toutefois impératif de les réserver à des médecins de médecine manuelle chevronnés et qui respectent les recommandations de la société française de médecine manuelle- ostéopathie- orthopédie SOFMMOO 
( indications,  contre indications relatives et absolues et en les faisant précéder des tests habituels vasculaires). En effet manipuler un rachis cervical implique d'avoir à l'esprit 3 pièges potentiels:
1- l'apophyse odontoïde de C2 qui peut être dysplasique et toute manoeuvre cervicale doit être obligatoirement précédée de clichés du rachis, surtout quand il y a la notion de traumatisme récent ou ancien.
2- le système vertébro-basillaire qui présente souvent des anomalies de calibre 
(2 fois sur 3 en ce qui concerne l'artère vertébrale) et un débit artériel vertébral qui physiologiquement est modifié du côté opposé à la rotation cervicale, si cette dernière dépasse 30°.
3- les trous vertébraux situés de part et d'autre du corps vertébral, peuvent être le siège de rétrécissements potentiels soit par cloisonnement et d'origine constitutionnelle, soit sur dégénérescence acquise.
 Les manoeuvres les plus usuelles se font en décubitus dorsal et tête sur table. 
Mais il en existe tout un tas d'autres: tête libre, en décubitus ventral type menton pivot, en décubitus latéral type mandoline, en position assise et en désinflexion, etc, que l'on apprend dans toutes les bonnes écoles de médecine manuelle et qu'il est bon de faire précéder pour détendre le patient de techniques de massages et de mobilisations  cervico-scapulaires.
1-Manoeuvres sur la jonction crânio rachidienne C0/C1 et C1/ C2
Dans les manoeuvres cranio-rachidiènnes, il y a 1 interdit c'est la manoeuvre Hole in line, qui porte le cou en inflexion latérale avec appui direct sur la face latérale de l'axis, sujet positionné en décubitus latéral. Le praticien doit avoir la hantise de la dissection de l'artère vertébrale et la plus grande prudence est recommandée en particulier le respect des règles  éditées par la SOFMMOO. Il faut savoir aussi que les dysfonctions cranio rachidiennes se décompensent sur l'étage inférieur C2/C3 et que le traitement manuel de ce joint donne d'excellents résultats avec une toxicité potentielle nettement moindre++.




La crânio rachidienne = Sama de l'extrémité céphalique; indications:céphalées, névralgie d'Arnold , attitude antalgique, difficulté à l'hyper extension du cou, à tourner la tête, contracture du triangle de Tillaux, cellulalgies de Maigne.
Recherche clinique de la restriction du mouvement dans le paramêtre de moindre amplitude : la rotation pour C0/C1 et l'inflexion pour C1/C2 patient en décubitus dorsal dans le positionnement de la manipulation cranio- rachidienne avec manoeuvres de sécurité préalables : surveiller yeux ouverts du patient,tête sur table. 
- mobilisation qui recrute tout le rachis cervical dans le sens libre et qui permet de bien  positionner la main manipulatrice sur la cranio-rachidienne
- ensuite  par un petit déplacement latéral (jeu corporel) dans le sens inverse restreint par la main mobilisatrice controlatérale cranienne:verrouiller la crânio rachidienne en hyper extension
- puis rechercher la restriction de mobilité d'abord en inflexion pouce vers mandibule puis en rotation pouce vers orbite
- manipulation en dérotation C0-C1 ou en désinflexion C1- C2 avec pulsion dans le sens libre. 
2- MANOEUVRES DISCOCERVICALES de C2/C3 à C7/T1
 Ce sont des manoeuvres en détorsion ( combiné de flexion et d'extension et de rotation et d'inflexion latérale); la pulsion se fait sur le joint supérieur dans le sens libre.




Principe similaire aux 2 manoeuvres précédentes: recrutement dans le sens libre en faisant rouler la tête sur la table, ce qui permet de bien placer la butée manipulatrice sur le joint à manipuler, revenir dans le sens restreint par déplacement latéral jusqu'au verrouillage du joint à  manipuler, pulsion dans le sens libre. 
3- Manoeuvres sur la charnière cervico / thoracique 
- technique en menton pivot:
 technique très utilisée; pulsion par le talon de la main caudale ou mieux du Pisciforme sur l'apophyse transverse de T1; la main céphalique avec contact palmaire sur l'occiput ne bouge pas; les coudes restent tendus


- technique en mandoline
= manoeuvre en désinflexion; la pulsion se fait sur le joint supérieur C7 par un mouvement de couple des épaules de l'opérateur, le pouce caudal sur la face latérale du joint inférieur T1 assiste mais n'intervient pas.



- technique à la Récamier
 = manoeuvre en désinflexion; la pulsion se fait par le pouce caudal sur la face latérale de l'épineuse  de T1.




En conclusion: Les techniques manuelles cervicales sont remarquablement efficaces mais elles doivent impérativement être précédées des manoeuvres préalables  de sécurité comme recommandé par la SOFMMOO+++.
Les 5 recommandations de la SOFMMOO:
• au cours de l’interrogatoire, il est essentiel de questionner le patient afin de 

savoir si il a déjà eu un traitement par manipulation cervicale et si ce traitement a été suivi d’effets indésirables, en particulier vertiges ou état nauséeux.

• cervicalgie d’apparition brutale : examen neurologique simple indispensable afin d’éliminer un accident vertébro-basilaire ischémique en cours de constitution qui peut se manifester par des douleurs cervicales.

• Les manipulations cervicales sont absolument contre indiquées lorsque la douleur pour laquelle le patient est venu consulter ne peut être rapportée au rachis cervical.
• Le médecin manipulateur ne doit pas pratiquer de manipulation cervicale s’il n’ a pas au moins un an d’exercice continu des techniques manipulatives depuis l’acquisition de son diplôme universitaire.
• Il n’est pas recommandé de recourir aux manipulations cervicales en rotation chez la femme de moins de 50 ans.
Cinq recommandations pour les médecins ostéopathes
La SOFMMOO a proposé 5 recommandations pour que les manipulations vertébrales – et en particulier cervicales - soient strictement encadrées. Ces recommandations ont été proposées aux praticiens qui pratiquent les manipulations afin qu’ils puissent, à la lumière d’un diagnostic médical précis, choisir l’acte manipulatif – entre autres traitements – et le réalisent eux mêmes. Elles ne s’adressent qu’aux médecins ostéopathes - les ostéopathes exclusifs n’ont pas été signataires de ce travail.
Avant tout, le médecin manipulateur doit être diplômé et techniquement très compétent. Un an d’exercice continu des techniques manipulatives après l’acquisition du diplôme universitaire de troisième cycle est indispensable avant de réaliser des manipulations rachidiennes.
Le premier temps de la consultation est déterminant : il s’agit d’un interrogatoire pré-manipulatif qui a pour but de préciser l’existence d’antécédents d’effets indésirables en lien avec des manipulations antérieures (vertiges, état nauséeux..). Tout événement indésirable préalable doit faire réfuter une nouvelle manipulation.
L’examen clinique neurologique et vasculaire ensuite est indispensable avant toute manipulation, en particulier cervicale.
Pour la SOFMMOO, « au cours de la première consultation, il n’est pas recommandé de recourir aux manipulations cervicales chez la femme de moins de 50 ans. Ces manipulation ne peuvent être proposées qu’après l’échec des traitements médicamenteux et physiques habituels. Dans ce cas, après l’accord éclairé du patient à qui on explique de manière simple, loyale et intelligible en quoi consiste la manipulation et ses risques et après réalisation clinique de test vasculaires prémanipulatifs. La technique manipulative doit être réalisée avec douceur et doigté et le moins de rotation possible (geste de grande technicité). Un suivi médical doit être assuré ».
Dans le cas où le geste de manipulation cervicale est réalisé par un non médecin, un certificat médical de non contre indication doit être rédigé avant l’acte.
REFERENCES :
Vautravers P. Manipulations vertébrales-ostéopathie. Indications raisonnées, complications. Entretiens de Bichat, 26 septembre 2014.
Vautravers P, Maigne JY. Cervical manipulation and the precautionary principle. Joint Bone Spine 2000 ; 67 : 349-354

samedi 22 décembre 2012

Les cervicalgies.

Les cervicalgies sont des douleurs des régions du cou et de la nuque d'origines diverses, désagréables au quotidien et invalidantes par certaines de leurs complications (céphalées, syndrome de Barré et Liéou, névralgies cervico-brachiales, myélopathie cervicarthrosique).



I - ANATOMIE ET EMBRYOLOGIE DU RACHIS CERVICAL

Ce chapitre plutôt complexe fait l'objet d'un article à part (consulter le sommaire).
II - DEMEMBREMENT DES CERVICALGIES
                                                        

A- Les cervicalgies symptomatiques:

Elles peuvent être d'origine tumorales, infectieuses, inflammatoires, traumatiques avec lésions osseuses. Ces cervicales symptomatiques sont à traquer absolument par réévaluation clinique au moindre signe d'évolution défavorable de la cervicalgie. Elles sont impérativement à débusquer avec l'aide des examens complémentaires sans s'attarder sur les signes de cervicarthrose radiologique qui n'expliquent que rarement les troubles; elles sont une contre indication absolue des manipulations.



B- Les cervicalgies de l'arthrose cervicale :
L'arthrose cervicale correspond à l'atteinte mécanique dégénérative de la colonne cervicale; elle est quasi constante après l'âge de 40 ans et siège sur la portion la plus mobile du rachis cervical: les étages C4-C5, C5-C6 et C6-C7; au niveau des disques c'est la discarthrose; sur les uncus c'est l'uncarthrose; elle peut retentir sur les éléments de voisinage du canal transversaire: artère et veine vertébrales avec troubles vasculaires et sur le système nerveux sympathique cervical avec symptomatologie de type Barré et Liéou (décrit avec les formes cliniques). Malgré sa grande fréquence elle doit rester un diagnostic d'élimination qui peut masquer une autre pathologie.
Formes cliniques 
a- Les cervicalgies aigües avec le fameux torticolis dont la forme traînante peut masquer une tumeur de la fosse postérieure ou une malformation cranio-rachidienne
b- Les cervicalgies chroniques dont le tableau douloureux est en règle modéré et s'accompagne d'une limitation fonctionnelle en rotation homolatérale et de contractures musculaires; l'évolution se fait par poussées de cervicalgies douloureuses aigues sur un fond chronique.



c- Les céphalées (maux de tête) d'origine rachidienne cervicale haute de Robert Maigne
Ces céphalées ont pour origine les 3 premières racines nerveuses cervicales dont les branches postérieures innervent le vertex (C3 est interne, C2 est médian, C1 est externe). En cas d'irritation des branches antérieures la palpation retrouve classiquement:
- des signes d’examen rachidien: empâtement douloureux du massif articulaire postérieur, habituellement C2-C3.
- des signes crânio-faciaux: palper rouler douloureux avec pli cutané épaissi, notamment au niveau du sourcil, de la tempe, de l’angle maxillaire inférieur, signe du shampoing à l’occiput et plus spécifiquement une zone cellulalgique pour C3 sur sourcil et joue; pour C2 sur la tempe; pour C1 en temporal sus et rétro auriculaire. Les douleurs localisées le plus souvent au-dessus des yeux et à l’arrière de la tête sont possiblement accompagnées de nausées.


       

Les céphalées d’origine cervicale sont très fréquentes et les patients ont de plus en plus recours aux thérapeutiques manuelles, excepté s'il existe des contre-indications des manipulations. 
A retenir:
Lorsqu’aucune affection organique n’est démontrée, susceptible de prendre le pas sur l’étiologie rachidienne fonctionnelle et si le bilan radiographique l’y autorise, un traitement manuel est indiqué, qui devrait faire disparaître les signes fonctionnels et les signes d’examen physique. 
d- Le syndrome de Barré et Liéou
Le syndrome de Barré et Liéou est un ensemble de manifestations neuro-sensorielles de type ophtalmologique, audio-vestibulaire, pharyngé touchant préférentiellement le sexe féminin et après 50 ans qui accompagnent les céphalées cervicales, liés à l'irritation du système nerveux sympathique cervical supérieur avec entre autres des vertiges. Ces symptômes apparaissent rarement tous ensemble. Leur combinaison de même que leur intensité varient selon chaque individu et peuvent inclure des:
- Troubles vestibulaires: vertiges+++, étourdissements, particulièrement lors de mouvements rapides du cou, et sensation de perte d’équilibre.
- Troubles de l'audition: sensation d’entendre moins bien et bourdonnements ou sifflements dans les oreilles (acouphènes). 
- Troubles visuels: fatigue visuelle, sensation d’avoir de la poussière dans les yeux ou de voir des petits points dansants. 
- Troubles pharyngés: sensation d’avoir quelque chose dans la gorge, difficulté à avaler 
- Troubles des sécrétions: avoir des chaleurs, transpiration abondante, sécrétion nasale et lacrymale. 
- Troubles cérébraux: difficulté à se concentrer, perte de mémoire, anxiété. 


 Schéma du système nerveux sympathique cervical (Netter)
Le système nerveux sympathique cervical supérieur (ganglion cervical supérieur) et proche du rachis cervical supérieur est situé dans la partie latérale du cou; il innerve les organes sensoriels (appareil audio-vestibulaire, yeux, pharynx, larynx, glandes salivaires, appareil lacrymal et nasal, etc.) de la face et va se trouver contraint par les contractures cervicales hautes à l'origine du syndrome de Barré et Liéou.
La suite fait l'objet d'un article à part (voir dans le sommaire).
e - La névralgie cervico-brachiale (NCB)



Une NCB est une mono-radiculalgie à irradiation brachiale et trajet spécifique sur les métamères C5, C6, C7, C8, T1 associant troubles sensitif, moteur et réflexe.
Intrication avec:
- la pathologie abarticulaire de l'épaule (C5); du coude (épicondylalgie C6 et épitrochléalgie C8); du poignet et pseudo syndrome du canal carpien ou de Guyon (C6, C7 , C8).
- la pathologie de l' apex pulmonaire et du ganglion stellaire pour C8 et T1 (syndrome de Pancoast- Tobias et lyse 1ère côte).
Causes : hernie discale vraie molle, ou dure unco-discarthrosique, facilement curable médicalement car répond très bien à la cortisone avec seulement 1 NCB opérée pour 500 névralgies Sciatiques.


C- Complications de la cervicarthrose:
a/ Complications bénignes:
La cervicarthrose est:
- souvent muette: impression de grain de sable; raideur progressive.
- parfois symptomatique avec cervicalgie aigue ou chronique, NCB.
- formes intriquées du syndrome de Barré et Liéou: manifestations neuro-sensorielles précédemment décrites de type ophtalmologique, audiovestibulaire, pharyngés touchant préférentiellement le sexe féminin et après 50 ans, associées a des céphalées.
Complication sévère: la myélopathie cervicarthrosique : 
Elle correspond a une compression lente de la moelle sur un ou plusieurs étages cervicaux par la dégénérescence unco-disco-ostéophytique; touche le sujet âgé avec un mode de début insidieux, parfois progressif, parfois brutal et iatrogène après manipulation cervicale intempestive ou secondaire à traumatisme en hyper-extension.
 Sur le plan clinique il y a association: syndrome lésionnel avec mono ou pluri radiculalgie cervico brachiale suivant le niveau de l'atteinte + syndrome sous lésionnel : syndrome irritatif pyramidal + trouble sensitifs discrets : fourmillements et pseudo algie sciatique.



Les signes d'examen 
Ils sont majorés à la fatigue , minorés par le repos; 2 signes sont à rechercher : les signes de Lhermitte et de Aboulker (astéréognosie pour les mouvements fins comme se boutonner la chemise par exemple).
Signes négatifs : aucun signe d'atteinte supra-médullaire++ ; confirmation diagnostique par radio conventionnelle et IRM++. 
Diagnostic différentiel :
La SLA de Charcot (présence de signes supra-médullaires bulbaires et pseudo-bulbaires).
III- Mise au point sur les prothèses discales cervicales
Les indications de mise en place d'une prothèse discale cervicale concernent des patients âgés de 18 à 60 ans, présentant une névralgie cervico-brachiale compressive (NCB) par une hernie discale molle ou dure, ou une myélopathie cervicarthrosique débutante; après échec du traitement conservateur de plus de 6 semaines, avec mobilité conservée en flexion-extension de 4° minimum sur les clichés dynamiques du rachis cervical.
Les contre-indications des prothèses discales cervicales: 
- cervicarthrose trop évoluée avec faible mobilité sur les clichés dynamiques et a priori présence de lésions articulaires postérieures sévères
- antécédents d’infection, de traumatismes (coup du lapin, accidents de sports) ayant pu entraîner une hypermobilité ou une déformation d'un étage vertébral cervical
- l'ostéoporose.
IV- Traitement des cervicalgies communes 
Un traitement médical conservateur doit être proposé en première intention dans les cervicalgies exemptes de tout déficit neurologique. 
Il comprend:
- une immobilisation cervicale par collier souple de quelques jours
- un traitement médicamenteux avec antalgiques et anti-inflammatoires stéroïdiens de préférence aux non stéroïdiens 
- des tractions axiales mécaniques sur table ou manuelles 
- de la kinésithérapie avec physiothérapie 
- les manipulations cervicales en suivant bien les recommandations de la SOFMMOO sont très efficaces (mais hautement discutables en présence de hernie dure ou molle, voir paragraphe suivant)
- les infiltrations épidurales ou foraminales sous contrôle scannographique 
- la chirurgie pratiquée si échec de toutes ces méthodes ou en cas de déficit moteur, par voie antérieure: la dissectomie seule, expose à la cyphose; le comblement de I'espace discal peut se faire par greffe autologue, cage, ou prothèse chez les sujets les plus jeunes.
V- Traitement des cervicalgies communes par manipulations vertébrales cervicales
Seules les cervicalgies communes relèvent de traitements par médecine manuelle; il faut quasi exclure les manipulations vertébrales cervicales du traitement des névralgies cervico- brachiales par hernie discale molle ou dure et totalement les exclure dans la myélopathie cervicarthrosique et les cervicalgies symptomatiques.
Extrêmement efficaces dans les cervicalgies communes, les manipulations vertébrales cervicales sont de réalisations aisées; il est toutefois impératif de les réserver à des médecins de médecine manuelle chevronnés et qui respectent les recommandations de la société française de médecine manuelle- ostéopathie- orthopédie SOFMMOO (indications, contre indications relatives et absolues et en les faisant précéder des tests de postures cervicaux +++).
Rappel des principes de ces tests . 
Ils peuvent s’effectuer en extension, ou flexion pure, en rotations pures, ou avec latéroflexion combinée.
La manœuvre classique, la plus recommandée, est la mise en extension + rotation d’un côté + latéroflexion opposée, qui a pour effet de solliciter dans son étirement le plus important, l’artère vertébrale opposée à la rotation. La posture doit être douce, non forcée, maintenue au moins 20 secondes, et réalisée de chaque côté, le patient gardant les yeux ouverts. Dès le moindre signalement de troubles d’équilibre, ou céphalée, ou nausée, acouphènes, ou l’apparition d’un nystagmus, la manœuvre est interrompue, et des explorations complémentaires sont effectuées.
Techniques
Les manoeuvres les plus usuelles se font en décubitus dorsal et tête sur table. 
Mais il en existe tout un tas d'autres: tête libre, en décubitus ventral type menton pivot, en décubitus latéral type mandoline, en position assise et en désinflexion, etc, que l'on apprend dans toutes les bonnes écoles de médecine manuelle.
1- Manoeuvres sur la jonction crânio rachidienne C0/C1 et C1/ C2.
Dans les manoeuvres crânio-rachidiennes, il y a un interdit c'est la manoeuvre Hole in line, qui porte le cou en inflexion latérale avec appui direct sur la face latérale de l'axis, sujet positionné en décubitus latéral. Compte tenu des complications vasculaires potentielles, leur utilisation doit être limitée à un petit nombre de praticiens chevronnés et précédées toujours par les tests vasculaires pré-manipulatifs. Chez les femmes de moins de 50 ans et hyperlaxes, mieux vaut ne pas les utiliser, ou alors manipuler le joint du dessous C2/C3 en désinflexion.
A savoir++ dans certains cas, la pathologie crânio-rachidienne des 2 premiers étages cervicaux se décompense en C2/C3 et la manipulation de cet étage, beaucoup moins à risque, permet de libérer les 3 étages du rachis cervical supérieur+++. 
Cette crânio rachidienne = Sama (système articulaire mécaniquement asservi qui enrobe les 3 premiers étages cervicaux).
Indications: céphalées, névralgie d'Arnold, attitude antalgique, difficulté à l'hyper extension du cou, à tourner la tête, contracture du triangle de Tillaux, cellulalgies de Maigne.
Recherche clinique de la restriction du mouvement dans le paramêtre de moindre amplitude: la rotation pour C0/C1 et l'inflexion pour C1/C2 patient en décubitus dorsal dans le positionnement de la manipulation cranio- rachidienne avec manoeuvres de sécurité préalables debout.
Technique de manipulation tête sur table avec surveillance yeux ouverts du patient pendant la manipulation. 
- mobilisation qui recrute tout le rachis cervical dans le sens libre et qui permet de bien positionner la main manipulatrice sur la cranio-rachidienne
- ensuite par un petit déplacement latéral (jeu corporel) dans le sens inverse restreint par la main mobilisatrice controlatérale cranienne:verrouiller la crânio rachidienne en hyper extension
- puis rechercher la restriction de mobilité d'abord en inflexion pouce vers mandibule puis en rotation pouce vers orbite.
- manipulation en dérotation C0-C1 ou en désinflexion C1- C2 avec pulsion dans le sens libre, dans le respect des règles de Robert Maigne de manipuler dans le sens contraire de la douleur.
Précision complémentaire en cas d'impossibilité provisoire à manipuler le rachis cervical supérieur.
Dans un certain nombre d'indication de manipulation du rachis cervical supérieur, compte tenu d'une forte contracture des muscles para-vertébraux responsable d'une raideur majeure et douloureuse du haut du cou et en application des règles de Robert Maigne qui recommandent formellement de ne manipuler le rachis que si 3 directions au mieux et 2 au moins sont non douloureuses (schéma en étoile de Maigne et Lesage), il ne m'a pas été toujours possible de manipuler le rachis cervical supérieur de certains de mes patients. Aussi afin de lever cette contre indication technique provisoire, il m'a paru intéressant de traiter ces patients pendant quelques jours (de 3 à 10 jours) par des anti-inflammatoires stéroïdiens per os (cortancyl ou solupred à une dose variant de 20 mg à 60 mg/ jour, en une seule prise le matin au petit déjeuner, en adjoignant un protecteur gastrique). Ces corticoïdes ont fait céder le blocage douloureux et m'ont permis de manipuler le rachis sous-occipital, le segment C2-C3 et parfois C3-C4, en toute sécurité (sans oublier d'appliquer en pré-manipulatif les règles de sécurité à visée vasculaire).

Techniques sur la cranio-rachidienne de Robert Maigne

Règles de sécurité à respecter à cause du risque vasculaire lié à la présence dans le canal inter-transversaire cervical, de l'artère vertébrale


Artères vertébrales qui traversent le cou, au travers des vertèbres cervicales

Test vasculaire pré-manipulatif en position debout

Recommandations de la SOFMMOO (société française de médecine manuelle orthopédique et d'ostéopathie

Manipulation cervicale sous-occipitale sécurisée en latéro-flexion comme recommandé par Teisseire et la SOFMMOO:  rachis cervical positionné en sagittal en flexion et en latéro-flexion en frontal, à effectuer après tests de posture préalables debout, et couché lors de la mise en tension pré-manipulative.


2- Manoeuvres disco-cervicales de C2/C3 à C7/T1.
Ce sont des manoeuvres en détorsion (combiné de flexion et d'extension et de rotation et d'inflexion latérale); la pulsion se fait sur le joint supérieur dans le sens libre.
Chez les femmes de moins de 50 ans hyperlaxes, manipuler en désinflexion (latéro-flexion) uniquement comme dit précédemment+++.

Technique disco cervicale

Techniques disco-cervicale: principe similaire aux 2 manoeuvres précédentes: recrutement dans le sens libre en faisant rouler la tête sur la table, ce qui permet de bien placer la butée manipulatrice sur le joint à manipuler, revenir dans le sens restreint par déplacement latéral jusqu'au verrouillage du joint à  manipuler, pulsion dans le sens libre. 
3- Manoeuvres sur la charnière cervico / thoracique 
- en menton pivot:
Technique très utilisée; pulsion par le talon de la main caudale ou mieux du Pisciforme sur l'apophyse transverse de T1; la main céphalique avec contact palmaire sur l'occiput ne bouge pas; les coudes restent tendus.

Technique en menton-pivot

- en mandoline

C'est une manoeuvre en désinflexion; la pulsion se fait sur le joint supérieur C7 par un mouvement de couple des épaules de l'opérateur, le pouce caudal sur la face latérale du joint inférieur T1 assiste mais n'intervient pas.




Techniques en mandoline
- à la Récamier
 c'est aussi une manoeuvre en désinflexion; la pulsion se fait par le pouce caudal sur la face latérale de l'épineuse  de T1.


Technique en désinflexion à la Récamier


Risques liés aux manipulations vertébrales par le Dr Isabelle Catala (04 novembre 2014)
« Depuis 2002, les techniques d’ostéopathies ont été ouvertes par la loi aux non médecins et non kinésithérapeutes avec comme indication principale la dysfonction intervertébrale mineure (douleur, contracture, restriction de mobilité). Mais, bien qu’une prescription médicale soit nécessaire pour certains actes – manipulation du rachis cervical, par exemple – on déplore chaque année des complications liées à ces gestes. Pour les plus graves s’agit principalement de lésions vasculaires entrainant des séquelles définitives neurologiques : dissection des artères vertébrales, accidents vasculaires cérébraux.. . Et pour les plus bénignes, on déplore une aggravation de la symptomatologie initiale ou des douleurs ou courbatures », explique le Dr Philippe Vautravers (CHU Haute-Pierre, Strasbourg): 1 incident / 4 millions de manipulations dorsales/lombaires et 1 à 3 incidents /100 000 manipulations cervicales
Pourtant, les accidents pourraient être minimisés si les ostéopathes respectaient les recommandations de la Société française de médecine manuelle orthopédique et ostéopathique (SOFMMOO) ainsi que le principe de précaution qui analyse le rapport bénéfice risque et conclut à un rapport favorable pour les manipulations dorsales ou lombaires (1 incident toutes les 4 millions de manipulations) et à la prudence pour les manipulations cervicales (1 à 3 incidents toutes des 100 000 manipulations).
La SOFMMOO a établi une liste des contre-indications aux manipulations vertébrales.
Contre-indications aux manipulations vertébrales:
- Absolues :

Toute pathologie des artères vertébrales
Affections rachidiennes, tumorales, infectieuses, fracturaires, malformatives (Arnold-Chiari, canal cervical étroit…), inflammatoires, post-traumatiques récentes (moins de six semaines)
Névralgie cervico-brachiale par hernie discale ou ostéophytose
Ostéoporose
- Relatives :
Anticoagulation
Facteurs de risque vasculaires cervico-crâniens (oestroprogestatifs, tabac, HTA…)
Patient âgé
Enraidissement important du rachis cervical
- Techniques :
Non respect possible des règles fondamentales d’application des manipulations vertébrales
- Non indication :
Jeune âge avant 15 ans
Affections psychiatriques (névrose…)
Pathologie organique de voisinage (ORL, neurologique, pulmonaire…)
Fibromyalgie
Cinq recommandations pour les médecins ostéopathes
La SOFMMOO a proposé 5 recommandations pour que les manipulations vertébrales – et en particulier cervicales - soient strictement encadrées. Ces recommandations ont été proposées aux praticiens qui pratiquent les manipulations afin qu’ils puissent, à la lumière d’un diagnostic médical précis, choisir l’acte manipulatif – entre autres traitements – et le réalisent eux mêmes. Elles ne s’adressent qu’aux médecins ostéopathes - les ostéopathes exclusifs n’ont pas été signataires de ce travail.
Avant tout, le médecin manipulateur doit être diplômé et techniquement très compétent. Un an d’exercice continu des techniques manipulatives après l’acquisition du diplôme universitaire de troisième cycle est indispensable avant de réaliser des manipulations rachidiennes.
Le premier temps de la consultation est déterminant : il s’agit d’un interrogatoire pré-manipulatif qui a pour but de préciser l’existence d’antécédents d’effets indésirables en lien avec des manipulations antérieures (vertiges, état nauséeux..). Tout événement indésirable préalable doit faire réfuter une nouvelle manipulation.
L’examen clinique neurologique et vasculaire ensuite est indispensable avant toute manipulation, en particulier cervicale.
Pour la SOFMMOO, « au cours de la première consultation, il n’est pas recommandé de recourir aux manipulations cervicales chez la femme de moins de 50 ans. Ces manipulation ne peuvent être proposées qu’après l’échec des traitements médicamenteux et physiques habituels. Dans ce cas, après l’accord éclairé du patient à qui on explique de manière simple, loyale et intelligible en quoi consiste la manipulation et ses risques et après réalisation clinique de test vasculaires prémanipulatifs. La technique manipulative doit être réalisée avec douceur et doigté et le moins de rotation possible (geste de grande technicité). Un suivi médical doit être assuré ».
Dans le cas où le geste de manipulation cervicale est réalisé par un non médecin, un certificat médical de non contre indication doit être rédigé avant l’acte.
REFERENCES :
Vautravers P. Manipulations vertébrales-ostéopathie. Indications raisonnées, complications. Entretiens de Bichat, 26 septembre 2014.
Vautravers P, Maigne JY. Cervical manipulation and the precautionary principle. Joint Bone Spine 2000 ; 67 : 349-354
En conclusion: 
Les techniques manuelles cervicales sont remarquablement efficaces, mais compte tenu de leurs dangers potentiels (risque vasculaire accru en cas de foramen arcualé entre autres), elles doivent être réservées à des praticiens chevronnés, obéir impérativement à la règle de la non douleur et du mouvement contraire de Robert Maigne et être précédées de manoeuvres préalables de posture de sécurité+++.  NB : tout spécialement chez les femmes de moins de 50 ans, hyperlaxes et dans les techniques sous-occipitales à risque vasculaire, ne faire que des manoeuvres en latéro-flexion comme recommandé par la SOFMMOO (société française de médecine manuelle et ostéopathie-orthopédie) +++.
Mise au point pour tous ceux qui n'arrivent pas à s'y reconnaître entre médecins-ostéopathes, kiné-ostéopathes,  ostéopathes non médecin et non kiné pratiquant les manipulations vertébrales et articulaires.
Les manipulations vertébrales sont des manoeuvres orthopédiques d'utilisation quotidienne dont les indications et contre indications ont été bien codifiées par les écoles de médecine manuelle et tout particulièrement en France, par celle de l'Hôtel Dieu de Paris du Dr Robert Maigne, et quelques autres comme le GETM d'Eric de Winter et l'école de Bobigny.
Elles s'adressent à la pathologie ostéo-articulaire bénigne essentiellement. Leur pratique ne souffre d'aucune approximation, et le diplôme de médecin n'exonère pas ce dernier d'un apprentissage long et méticuleux qui nécessite des connaissances médicales approfondies, tellement les pièges sont nombreux et les conséquences graves, en cas d'erreur de diagnostic. Cela aurait du inciter en 2002, le ministre de la santé Kouchner de l'époque qui s'est aligné sur des directives européennes, à réfléchir à deux fois avant d'autoriser leurs diffusions aux kinésithérapeutes dans un premier temps (passe encore), puis aux professions non médicales (ce qui est plus discutable, les diplômes obtenus n'étant pas des diplômes d'état et donc de difficultés variables).
Ainsi mises de nos jours dans beaucoup trop de mains, elles se voient utilisées à toutes les sauces, y compris les plus extravagantes comme peuvent l'être l'ostéopathie crânienne et viscérale, sans que pas grand monde s'en émeuve. Les Fédérations, les clubs et les sportifs et souvent les plus huppés sont très friands de ces techniques et avec juste raison, mais frappent-ils à la bonne porte en s'adressant à des non médecins qui ne sont pas et ne seront jamais des cliniciens, pour diagnostiquer les dysfonctions articulaires et vertébrales, ces dernières en raison du retentissement à distance par rapport à leur lieu d'origine de ces douleurs projetées de type référé, en l'occurence le syndrome cellulo-téno périosto-myalgique de Robert Maigne qui peuvent être de véritables pièges diagnostiques (je dis bien diagnostiquer, et non pas traiter, le traitement étant fonction de la sévérité de l'atteinte vertébrale ou articulaire et ne pouvant se résumer aux seules techniques de médecine physique et en particulier les manipulations vertébrales ou articulaires qui ont leurs indications et précautions d'emploi mais aussi des contre indications relatives ou absolues).
En 2002, une boite de Pandore a été ouverte au détriment des médecins, pionniers en France de ces techniques, qui voient tous les jours rétrécir le champ de leurs interventions dans la pathologie ostéo-articulaire. Un proche avenir nous dira si ce bon Dr Kouchner était dans le vrai, mais on peut en douter.
Les futurs médecins qui veulent pratiquer la médecine manuelle, doivent d'abord s'inscrire dans une faculté de médecine, ensuite une fois validé leurs très longues et difficiles années d'études poursuivre leur formation par une inscription dans une spécialité de médecine physique et réadaptation, de rhumatologie ou de médecine du sport et enfin s'astreindre à un long apprentissage avant de pratiquer les thérapeutiques manuelles, soit au bas mot une bonne quinzaine d'années de formation. Tout autre filière d'apprentissage risque de s'apparenter à du nivellement par le bas.