Avis à lire par tous les lecteurs:

Les premiers articles du blog "Un médecin du sport vous informe" datent de 2013, mais la plupart sont mis à jour pour pouvoir coller aux progrè médicaux. Ce blog inter-actif répond à la demande de nombreux confrères, kinésithérapeutes, étudiants en médecine et en STAPS, patients et sportifs. Il est le reflet de connaissances acquises tout le long de ma vie professionnelle, auprès d'enseignants remarquables, connaissances sans cesse actualisées que je me suis efforcé de rendre accessibles au plus grand nombre par le biais d’images trouvées sur le Net, images qui sont devenues par la force des choses, la propriété intellectuelle de tous; si cela dérange, ces images seront retirées.

Certains articles peuvent apparaître un peu plus polémiques que d'autres et indisposer, mais il n'est pas question pour l'auteur de tergiverser ou de se taire, quand il s'agit de problèmes d'éthique, en particulier en matière de dopage et quand la santé des sportifs est en jeu, compte tenu du nombre élevé de blessures liées au surentraînement et à une pratique imbécile d'une certaine musculation, qui n'est plus au service de la vitesse et de la force explosive, les deux qualités physiques reines, qui ne respecte pas les règles de la physiologie musculaire et qui, au lieu d'optimiser la performance, fait ressembler certains sportifs body-buildés à l'extrême, davantage à des bêtes de foire gavées aux anabolisants, qu’à des athlètes de haut niveau.

Ce blog majoritairement consacré à la traumatologie sportive, est dédié à mes maîtres les Prs Jacques Rodineau, Gérard Saillant et à tous les enseignants du DU de traumatologie du sport de Paris VI Pitié Salpétrière et en particulier aux docteurs Jean Baptiste Courroy, Mireille Peyre et Sylvie Besch. L'évaluation clinique y tient une grande place: "la clinique, rien que la clinique, mais toute la clinique" et s'il y a une chose à retenir de leur enseignement, c'est que dans l'établissement d'un diagnostic, l'examen clinique, qui vient à la suite d'un bon interrogatoire, reste l'élément incontournable de la démarche médicale. Toutefois dans le sport de haut niveau et guidé par la clinique, l'imagerie moderne est incontournable : radiographie conventionnelle, système EOS en trois dimensions pour les troubles de la statique rachidienne, échographie avec un appareillage moderne et des confrères bien formés, scanner incontournable dans tous les problèmes osseux et enfin IRM 3 Tesla, le Tesla étant l'unité de mesure qui définit le champ magnétique d'un aimant; plus le chiffre de Tesla est élevé et plus le champ magnétique est puissant ("à haut champ") et plus les détails des images sont fins et la qualité optimale.

Hommage aussi au Pr Robert Maigne et à son école de médecine manuelle de l'Hôtel Dieu de Paris ou j'ai fais mes classes et actuellement dirigée par son fils, le Dr Jean Yves Maigne. Je n'oublie pas non plus le GETM (groupe d'étude des thérapeutiques manuelles) fondé par le Dr Eric de Winter et ses enseignants, tous des passionnés; j'y ai peaufiné mes techniques et enseigné la médecine manuelle-ostéopathie pendant 10 années.

Dr Louis Pallure, médecin des hôpitaux, spécialiste en Médecine Physique et Réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE, médecin Athlé 66, comité départemental, ligue Occitanie et Fédération Française d’Athlétisme.

jeudi 21 mars 2013

La performance physique

Si la performance physique est l'aptitude d'un individu à transformer de l'énergie à partir des filières aérobie et anaérobie  grâce au système neuro musculaire: force et technique et à l'intervention de facteurs psychologiques: motivation et intelligence tactique (P.O. Astrand), d'autres facteurs interviennent dans la performance et en particulier l'absence de blessures, en rapport le plus souvent avec la préservation de l'intégrité de la colonne vertébrale.

Le schéma d'Astrand, malgré le temps qui passe garde toujours sa pertinence :



                                 PERFORMANCE PHYSIQUE =
                                 DEPENSE ENERGETIQUE
                                 - Processus aérobies (endurance)
                                 - Processus anaérobies (vitesse)
                                 ACTIVITE NEUROMUSCULAIRE
                                 - Force
                                 - Technique
                                 FACTEURS PSYCHOLOGIQUES
                                 - Motivation
                                 - Intelligence tactique

I-LA DEPENSE ENERGETIQUE
1- L'ATP. 
En biologie cellulaire, l'ATP (adénosine tri phosphate) a une importance fondamentale dans le domaine des échanges d'énergie.




L'ATP 'est une molécule chimique riche en énergie qui en se combinant aux 2 protéines contractiles musculaires d'Actine et de Myosine va libérer de l'énergie. Il intervient pour transporter l'énergie à l'intérieur de chaque cellule humaine depuis la graisse ou le sucre apporté par la circulation dans les cellules jusqu'à l'usine qu'est la Mitochondrie où vont se produire les réactions chimiques successives nécessaires à la contraction musculaire.



La réserve d'énergie sous forme d'ATP dont dispose l'organisme pour accomplir un travail musculaire est faible et ne permet qu'un exercice physique de quelques secondes. Seul le renouvellement constant des molécules d'ATP va permettre à la contraction musculaire de se poursuivre.
2- L'OXYGENE (O2). 
L'oxygène est une molécule chimique déterminante dans l'activité musculaire. Sa présence ou son absence dans la cellule musculaire au moment de l'activité physique va conditionner le déroulement de la réaction chimique productrice d'énergie.
- en présence d'O2 (en aérobiose) le bilan énergétique provenant de la dégradation d'une molécule gramme de glucose (soit 180 grammes), carburant de toute cellule animale ou végétale et mis en réserve dans le foie et les muscles chez l'homme est de 39 ATP, soit 400 000 calories.
- en absence d'O2 (en anaéorobiose) le bilan énergétique provenant de la dégradation d'une molécule gramme de glucose est de 2 ATP. En anaérobiose la cellule musculaire a donc besoin de 19 fois plus de glucose pour produire la même quantité d'énergie et le même travail musculaire (rendement en anaérobiose 19 fois inférieur).
Cet oxygène prélevé au niveau atmosphérique est acheminé jusqu'au muscle par une chaîne dîte "de  transport de l'oxygène"; le renouvellement de l'ATP au sein de la cellule musculaire va dépendre de la présence ou non de cet oxygène. 
3- LES FILIERES DE RENOUVELLEMENT DE L'ATP


Trois filières vont intervenir dans le renouvellement des molécules d'ATP:

- la 1ère filière est la filière Aérobie qui ne produit pas ou peu de déchets.
- les 2 autres sont des filières Anaérobies, dont l'une produit des déchets lactiques.
a-La filière aérobie

La filière aérobie correspond au processus de régénération de l’ATP à partir de la dégradation complète des glucides (cycle de Krebs), des lipides (béta oxydation des acides gras) et même des Acides Aminés pour les performances de longue durée > 3 heures.
Cette filière O2 qui utilise majoritairement comme carburant les sucres et les graisses (glycogène et acides gras) est inépuisable quand elle utilise comme carburant les graisses. 
Elle permet une production constante et élevée d'ATP. Dans un effort de longue durée cette filière permet la reconstitution du stock d'ATP sous forme de Phosphagène,  très vite épuisé et l'élimination de l' Acide lactique, déchet d'une des 2 filières anaérobies. Ce dernier mécanisme d'élimination des déchets lactiques est encore appelé "paiement de la dette d'oxygène. Championne toute catégorie de la production d'énergie cette filière Aérobie a toutefois un inconvénient, sa  grande inertie, le débit maximal  n'étant obtenu qu'après plusieurs minutes d'effort.
b- La filière du Phosphagène ou filière ATP-PC anaérobie alactique
C'est la 1 ère filière Anaérobie conduisant au renouvellement de l'ATP ou filière du Phospagène qui représente l'ensemble des réserves d'ATP et de Créatine phosphate (PC) présentes au niveau des muscles. C'est une source d'énergie précieuse intervenant dans les efforts brefs et de grande intensité de quelques secondes en puissance (pic de puissance à 6 secondes), qualité naturelle peu améliorable et correspondant au débit du robinet, jusqu'à 20-25 secondes en capacité (qualité acquise grâce à un entraînement spécifique dit de capacité de vitesse et correspondant au réservoir). Cette filière ne produit pas de déchet (filière alactique).
c- Conception classique de la filière LACTIQUE (AL). C'est la 2ème filière Anaérobie de production d'ATP. Elle utilise comme carburant le glucose. Ce glucose utilisé en anaérobiose aboutit à la production d'Acide lactique, poison musculaire qui s'accompagne de douleurs et de contractures musculaires locales caractéristiques et d'une fatigue réelle. Cette filière lactique capable de fournir de l'énergie pendant 30 secondes à une mn en puissance (robinet) et jusqu'à 3 minutes en capacité (réservoir) n'atteint son débit maximal qu'après quelques secondes; elle intervient dans les efforts supra-maximaux (400 m en athlétisme, 100 m en natation).
d- Conception moderne de la filière lactique. Pour résumer la conception moderne de la filière lactique, les lactates ne sont plus le méchant de la classe et  la toxicité des lactates est un mythe que G Tavaillant  résume par la formule suivante: " il est à présent incontestable que le lactate ne peut plus être considéré comme l'ennemi du sportif. Au contraire, tout indique que de nombreux aspects de la production de lactate sont bénéfiques pour les performances athlétiques. Il est donc nécessaire de balayer immédiatement dans l’esprit des actuels et futurs éducateurs sportifs ces croyances infondées - et malheureusement si communes - par les arguments présentés et décrits dans ce document, plus conformes à la réalité physiologique."
 En se basant sur les références ci-dessous:
• Cairns S.P. (2006) Lactic acid and exercise performance : culprit or friend? - Sports Med.
• Cazorla G. et coll. (2001) Lactate et exercice : mythes et réalités - STAPS
• Kristensen M. et coll. (2004) Lactate and force production in skeletal muscle - J Physiol.
• McKeena M.J. et coll. (2007) Muscle K+, Na+, Cl- disturbances and Na+, K+-pump inactivation: implications for fatigue - J Appl Physiol.
• Nielsen O.B. et coll. (2001) Protective effects of lactic acid on force production in rat skeletal muscle. J Physiol.
• Pedersen T.H. et coll. (2004) Intracellular acidosis enhances the excitability of working muscle - Science
• Schwane J.A. et coll. (1983) Delayed-onset muscular soreness and plasma CPK and LDH activities after downhill running - Med Sci Sports
Exerc.
• Thibault G., Péronnet F. (2005) La mauvaise réputation - Sport et Vie n°92 
4- LA CONTINUITE ENERGETIQUE. l'ATP est la forme immédiate d'énergie renouvelable par 3 filières: une Aérobie, les deux autres Anaérobies. La capacité de chaque filière à fournir de l'ATP va dépendre du type d'activité exercé.




A une extrémité il y a les activités brèves et intenses inférieures à 20 secondes: sprint, accélérations, dans lesquelles la presque totalité de l'ATP provient de la filière du Phosphagène. A l'autre extrémité l'énergie nécessaire aux activités de longue durée (de 15 mn jusqu'à l'infini) est du ressort presque exclusif de la filière O2 . Entre les deux se situe la filière lactique. Pour progresser dans une activité physique donnée il s'agira pour le sportif d'améliorer sa vitesse dans sa filière dominante.




Dans les activités sportives ou les 3 filières sont sollicitées comme dans les sports collectifs: rugby, football, hand, basket), c'est la vitesse des 3 filières qu'il va falloir entraîner.




II- L'ACTIVITE NEURO-MUSCULAIRE
Le système musculaire constitue une part importante de la masse totale de l'organisme. Sa structure et ses dimensions sont telles qu'il l'emporte sur n'importe quelle espèce pour la diversité de ses aptitudes. 




Ce système musculaire, organe essentiel de la mobilité, a une possibilité de travail incroyable. Il est capable de multiplier par 100 l'intensité de ses processus métaboliques; c'est à dire qu'à l'effort, l'activité musculaire peut être 100 fois supérieure à son activité de repos, record absolu par comparaison avec les autres tissus. L' activité musculaire est sous la dépendance de multiples fonctions, respiratoires et circulatoires pour lui amener de l'O2, digestive pour lui procurer de l'énergie par les aliments, endocrines (glandes) pour la régulation, cérébrale pour la réception des informations en provenance des muscles et des articulations et par l'envoi d'influx nerveux à ces mêmes muscles. Cette activité musculaire va dépendre localement des changements de longueur du muscle (étirement- raccourcissement) déterminés par le glissement des 2 éléments protéiniques de la fibre musculaire, l'Actine et la Myosine qui ne sont pas spontanément contractiles.



1- La contraction musculaire





Pour que la contraction musculaire puisse se dérouler, il faut que le milieu dans lequel baigne les fibres musculaires contienne un corps chimique particulier: l'ATP, mais également du Calcium et du Magnésium.








Chaque fibre musculaire est reliée à un neurone moteur (motoneurone alpha) de la corne antérieure de la moelle épinière par une connexion nerveuse, la plaque motrice (jonction neuro-musculaire).







Au niveau de cette plaque motrice, de l'acétylcholine (médiateur chimique) est libéré et va déclencher la contraction musculaire de l'unité motrice et son relâchement selon la loi du tout ou rien. Chaque fibre musculaire est sous le contrôle d’un seul neurone moteur, mais un moto-neurone peut contrôler N fibres musculaires. L’unité formé par le neurone moteur et les fibres musculaires sous son contrôle, définit l'unité motrice qui correspond au plus petit élément contractile que le système nerveux puisse mettre en jeu.





Ces unités motrices ne sont pas toutes constituées du même nombre de fibres musculaires et leurs tailles varient en fonction de leur rôle: certaines ne comprennent que quelques fibres, ce qui leur donne une très grande précision mais un faible potentiel de contraction. 
A l'inverse, les muscles puissants possèdent des unités motrices de plusieurs centaines de fibres qui leur permet d'atteindre des tensions importantes. En moyenne, un moto-neurone alpha innerve 150 fibres musculaires. On en recense 2000 dans les gros muscles du dos et des membres inférieurs (Quadriceps, Jambier antérieur); 100 pour le Biceps Brachial. Les fibres musculaires d’une unité motrice sont toutes du même type structurel et métabolique et leur recrutement est sélectif: pour les charges de moindre importance, seules sont concernées les unités motrices contrôlant les fibre de type I; pour des charges plus importantes, les unités motrices des fibres IIb seront également recrutées.
2- Les 2 types de fibres musculaires




L'activité musculaire est différente en fonction de la vitesse de contraction des différentes fibres musculaires. Cette vitesse de contraction est étroitement corrélée à la vitesse d'hydrolyse de l'ATP. On en distingue 2 types qui sont de coloration différentes:
- les fibres de Type I ou fibres ST sont à contraction lente, leur puissance mécanique est faible et leur résistance à la fatigue élevée. Elles sont fortement colorées et riches en pigment musculaire, la Myoglobine qui va fixer l'O2, et en Mitochondries (petite usine à dégrader le Glucose). Elles sont à fort potentiel oxydatif et capables d'utiliser comme carburant le glucose, les lipides et même certains acides aminés dans les efforts de très longue durée. Elles abondent dans le système musculaire des individus génétiquement doués pour les activités d'endurance.
- les fibres de Type II ou fibres FT ont 2 sous groupes: FTA et FTB ou IIA et IIB. Elles sont à contraction rapide et à puissance élevée. Elles sont moins colorées que les fibres de type I. Leur potentiel oxydatif est faible avec peu de Myoglobine et de Mitochondries. Par contre, leur sarcoplasme est riche en enzymes qui leur permettront d'utiliser le glucose comme carburant (enzymes glycolytiques). Leur potentiel Anaérobie est élevé. Ce type de fibre II abonde chez les individus doués pour les activités de vitesse. 
Le classement en 2 sous groupes FTA et FTB est fonction de leur résistance à la fatigue. Les fibres FTA ou IIA, sont des fibres rapides-résistantes, capables d'assurer un métabolisme oxydatif important. Les fibres FTB ou IIB sont des fibres rapides fatigables dont le métabolisme est essentiellement anaérobie. 
L'entraînement en endurance va augmenter le potentiel oxydatif des fibres FTA à contraction rapides-résistantes, le potentiel oxydatif global I +IIA (ST + FTA) va alors devenir important si bien que le sujet entraîné et doué génétiquement aura des valeurs de consommation maximale d'O2 (VO2 Max) élevées. 
3 - un troisième type de fibre super-rapides a été décrit chez des étoiles du sprint (Colin Jackson où le sprinter fauve) avec la participation du coach d'athlétisme : PJ Vazel.
Ce troisième type de fibre musculaire (fibres II X), on les rencontre chez les sprinters, les astronautes et les grands paralysés. C'est une découverte que nous devons au docteur Scott Trappe, directeur du laboratoire de performance humaine à l’université d’Etat de Ball (Indiana) et chercheur pour la NASA, qui a analysé un prélèvement de la cuisse de Colin Jackson, détenteur du record du monde du 60 m haies (7 s 30). Son étude « Skeletal Muscle Signature of a Champion Sprint Runner », tout juste publiée dans le Journal of Applied Physiology, décrit pour la première fois dans une revue scientifique la composition des fibres musculaires d’un sprinteur de classe mondiale.
Colin Jackson est double champion du monde du 110 m haies, dont il détient toujours le record d’Europe depuis 1993), mais aussi sprinteur : champion d’Europe du 60 m en salle avec 6 s 49, un temps qui le situe à un dixième seulement du record du monde actuel. Il a fallu deux ans pour finaliser l’analyse d'une biopsie musculaire de Colin pour conclure qu'il possède une quantité de fibres « super-rapides » observée seulement chez des sujets atteints de traumatisme de la moelle épinière et d’une puissance comparable à celle du lion et du caracal. « Les exemples dans le monde animal sont plus en lien avec nos résultats pour cet athlète et donnent davantage de sens à ces mesures. »
Autrefois, les analyses se fondaient sur la couleur des fibres: muscles blancs et rouges . Aujourd’hui, les fibres sont classées selon leur vitesse de contraction et il existe un véritable continuum entre les plus lentes (type I) et les plus rapides (type IIx) en passant par tous les intermédiaires. Leur répartition varie d’un individu à l’autre et selon la fonction des muscles : le soléaire, qui permet de stabiliser la jambe ne contient environ que 10 % de fibres rapides, tandis que le muscle orbiculaire, qui fait cligner les yeux en a 90. Chez les sportifs, les biopsies sont généralement pratiquées dans le vaste externe de la cuisse. La proportion de fibres lentes et rapides y est pratiquement égale chez les humains, ce qui permet de distinguer les athlètes plutôt endurants et ceux plutôt explosifs.
En ce qui concerne Colin Jackson, pas ambiguïté : dans le continuum que compose l’ensemble des fibres musculaires de son vaste externe, l’équipe du docteur Trappe n’a compté que 29 % de fibres lentes (I), et surtout 32,5 % de fibres rapides pures (IIx) et selon le docteur Trappe, au regard des données de Colin Jackson, « il apparaît que le profil de type de fibres et la puissance générée par les fibres rapides fournissent une base solide pour suggérer que ces caractéristiques expliquent en bonne partie les succès en sprint accomplis par cet individu. »
En ce qui concerne les astronautes de la Station spatiale internationale suivis par le docteur Trappe, l’entraînement joue un rôle essentiel dans la prévention d’une transition encore plus grande des fibres lentes à rapides et dans le dysfonctionnement moteur qui s’ensuit, car leur mission ne demande pas vraiment les qualités musculaires d’un sprinteur d’élite « Avec la NASA, nous travaillons maintenant sur de nouveaux programmes d’entraînement qui incorporent davantage d’exercices de haute intensité, avec l’espoir que ce sera plus efficace pour préserver la santé et les performances des muscles des astronautes lorsqu’ils sont dans l’espace. »
4 - La Force est l'activité neuro-musculaire de base de toutes les qualités physiques qui toutes doivent servir la vitesse. Elle a besoin du tissu nerveux pour déclencher la contraction musculaire. Dans la pratique sportive, on distinguera: 
- la force explosive pure (haltérophilie, lancers en athlétisme, tous les sports de détente) 
- la force en mouvement, combinée avec la vitesse: c'est la puissance musculaire (P= FxV)
- la combinaison de force explosive, d'endurance musculaire et de puissance.


5 - La technique 
Acquérir des techniques est essentiel, c’est "construire des compétences, gagner en liberté d'action et remplir tous les objectifs de l’éducation physique et sportive".  

6 / La vitesse 
Elle est la plus aristocratique des qualités physiques. Les autres qualités physiques d’endurance, de force ou de souplesse ne peuvent en revendiquer autant, tout au plus ne peuvent-elles que se combiner à la vitesse pour lui donner une orientation spécifique. Le terme de vitesse doit s'entendre comme la rapidité à exécuter toutes les actions motrices. C'est l'élément de base de l'élasticité musculaire et de l'habilité motrice.


C'est un effort d'intensité maximale et brève en relation avec la filière Anaérobie du Phosphagène. Un sujet bien entraîné atteint sa vitesse maximale après 40 mètres de course et il est capable de la maintenir pendant 270 mètres, soit un temps d'effort compris entre 25 et 30 secondes.
Dans l'effort de Vitesse, on distingue:
1- la puissance de vitesse qui met en jeu les facteurs musculaires intrinsèques propre à chaque individu que sont la vélocité et la qualité du couple contraction / relaxation musculaire ainsi que les bras de levier ostéo-musculaires. Plus la puissance de vitesse est élevée et plus le sujet est rapide. Son déterminisme est génétique et non améliorable par un entraînement spécifique (potentiel inné de fibres à contraction rapide).
2- la capacité de vitesse met en jeu les réserves énergétiques du muscle à libération immédiate: phosphagène, glycogène musculaire et différentes enzymes permettant la dégradation anaérobie du glucose. Plus la capacité de vitesse est élevée et plus le sujet est capable de maintenir sa vitesse maximale sur une plus longue distance. Elle est améliorable par un entraînement spécifique (potentiel acquis).
Procédés de développement de la vitesse
Les procédés sont multiples et les distances vont de 30 à 150 mètres avec départ en bloc, en positions diverses, en tombant, en pente douce à la montée et à la descente et en combinant montée et descente, montée d'escaliers, vitesse lancée. Ils cherchent à améliorer à la fois la capacité de vitesse et la coordination, l'amplitude des mouvements et la forme physique.
Pour améliorer le démarrage, un travail de force explosive, enchaînant exercices de gainage en isométrie de 10 secondes (chaise romaine), exercices pliométriques ( 10 sauts de détente verticale) suivi de 10 sprints sur 10 mètres est excellent. Ce travail de force explosive, peut même servir de test.
Les tests de vitesse
- test de puissance de vitesse sur 40 mètres (qualité naturelle)
- test de capacité de vitesse sur 200 mètres (mesure la possibilité de courir le plus longtemps possible dans la voie métabolique anaérobie alactique); s'améliore par un entraînement spécifique. Le rapport puissance / capacité doit se rapprocher de 1 pour être considéré comme un excellent résultat.
III- LES FACTEURS PSYCHOLOGIQUES 
1- La motivation
Le mental est le processus psychologique qui pousse  un individu à se surpasser. Son rôle dans la performance est fondamental. Très  souvent présent chez le sportif, c'est le meilleur des stimulants. S'il fait défaut, il ne faut pas hésiter à chercher à l'améliorer par la pratique d'activités sportives comme le Judo ou la Boxe éducative.
 Les qualités physiques naturelles ne sont pas suffisantes s'il n'y a pas  le profond désir de les cultiver en s'entraînant depuis l'enfance. A l'inverse, quel que soit le mental il n'y a pas de performance possible en cas d'aptitude physique limitée, soit par insuffisance de qualités naturelles, soit par paresse.
2- L' intelligence tactique 
L'intelligence tactique collective désigne les capacités cognitives d'un groupe sportif (pratiquants, éducateurs et environnement managérial) résultant des interactions entre ses membres. Chaque membre de l'équipe possédant une perception partielle de l'environnement global, ne peut avoir conscience individuellement de la totalité des éléments qui portent vers l'excellence. Sous certaines conditions favorisantes, la synergie créée dans le groupe fait émerger des facultés de création et d'apprentissage supérieures à celles d' individus isolés, aussi doués soient ils. L'intelligence tactique collective se perfectionne avec le temps et doit devenir une évidence pour tous. La responsabilité de l'équipe dirigeante et des managers sportifs est de créer l'espace pour la favoriser.
IV- LA BLESSURE
C'est une évidence que la performance sportive de haut niveau est la résultante de ce qui vient d'être évoqué plus haut, mais pas seulement. Il y a un facteur qui est au moins aussi important, c'est la blessure ou plutôt l'absence de blessure qui va permettre l'athlète de toute discipline d'exprimer toutes ses qualités. 
Il faut savoir que la blessure n'est jamais très loin de la haute performance et qu'il est capital pour l'athlète de ne pas trop se blesser. A ce propos, j'ai eu très récemment (fin juillet 2017 et début août), le grand bonheur, avant les mondiaux d'athlétisme de Londres d'encadrer médicalement les lanceurs de l'équipe de France et par tant d'approcher notre lanceuse de disque et doyenne de l'équipe de France d'Athlétisme, Mélina Robert Michon. Ce qui est le plus frappant chez cette grande championne, qui rappelons le a fini 3ème et médaille de bronze de ces championnats du monde à 38 ans, c'est son exceptionnelle longévité sportive et indépendamment de ses qualités athlétiques, techniques et mentales, qu'elle soit parfaitement bien dans ses baskets, qu'elle a un coach et un préparateur physique, tous deux remarquables, une hygiène de vie exemplaire, c'est que Mélina depuis de nombreuses années n'est jamais blessée et que son entraînement physique est fait de telle manière qu'elle ne se blesse plus et qu'en particulier sa colonne vertébrale avec laquelle elle a été jadis en délicatesse est toujours ménagée. 
Envisageons maintenant cet aspect fondamental de l'entraînement physique qui est celui de ménager la colonne vertébrale, source de toutes les blessures et particulièrement en Athlétisme, le sport que j'ai le bonheur d'encadrer médicalement au plus haut niveau. Au risque de déplaire, la blessure est la résultante soit d'un défaut technique qui va entraîner un déséquilibre dans la chaine locomotrice et faire céder un ou plusieurs de ses maillons, soit d'un dysentraînement souvent quantitatif des volumes et charges d'entraînement, avec des muscles trop forts pour les tendons, des cartilages articulaires qui physiologiquement ne peuvent supporter des charges de travail à la limite de la rupture et surtout une colonne vertébrale qui ne peut pas suivre. Or au niveau de l'appareil locomoteur, la colonne vertébrale est l'élément déterminant, puisque toute la chaine locomotrice: muscles, tendons, ligaments, articulations, est innervée à partir de la colonne vertébrale et la moindre dysfonction vertébrale, le plus souvent lombaire et ou cervicale basse, très longtemps invisibles à l'imagerie même la plus performante+++, mais décelable cliniquement+++ par tout médecin bien formé, va retentir sur ces structures tendino-musculaires et articulaires qui vont céder et l'athlète va se blesser, quasiment  toujours au même endroit. Ces lésions tendino-musculaires, même parfaitement bien soignées, vont récidiver si l'épine irritative rachidienne n'est pas dépistée, traitée et surveillée. J'ajoute qu'élève du Pr Robert Maigne (le pape de l'enseignement des manipulations vertébrales en France à l'hôtel Dieu de Paris), cet éminent professeur de pathologie rachidienne m'avait alerté sur le lien entre colonne vertébrale et accidents tendino-musculaires. C'est ce que j'ai pu vérifier tout au long de ma carrière de médecin de terrain: derrière tout accident tendino-musculaire, il y a un problème de dysfonction vertébrale au niveau d'un étage rachidien d'ou s'échappe la racine nerveuse qui va innerver le tendon ou le muscle lésé +++ et cette relation directe n'est hélas pas encore toujours bien prise en compte. 
Ce qu'il faut savoir aussi c'est que la dysfonction vertébrale à l'origine des blessures, n' est réversible +++ qu'en tout début d'évolution (et à condition que le traumatisme initial ne soit pas trop important) et accessible alors aux manipulations vertébrales; mais rapidement si les contraintes qui s'exercent sur la colonne vertébrale perdurent, la dysfonction vertébrale va devenir irréversible+++ et les manipulations vertébrales ne pourront plus rien et même pourront aggraver la dysfonction si elles sont utilisées à tort et à travers comme on le voit de nos jours avec la multiplication d' intervenants plus ou moins bien formés et spécialement en cas de hernies discales par exemple. Le Pr Maigne et ses élèves ne sont pas les seuls, ils sont rejoints dans cette approche par le célèbre et contreversé  médecin allemand, le Dr Müller dont les traitements réhydratent à la fois les tissus qui en ont grand besoin et ce point est fondamental (boire, et boire encore au delà de la soif et avoir toujours des urines claires) et prennent en compte les problèmes rachidiens en bombardant la colonne vertébrale de substances anti-inflammatoires. Ce n'est pas pour rien qu'Usain Bolt et ses nombreux problèmes rachidiens en rapport avec sa scoliose, est à juste raison un de ses clients les plus assidus. 
(Pour information, voir ce qu'a écrit PJ Vazel à propos du médecin allemand, dans son excellent blog, et ce que j'ai écrit dans l'article "est il nécessaire pour les plus grands athlètes d'aller consulter à Munich, le médecin allemand...").
AU FINAL 
Une performance de haut niveau est la conjonction d'un mental de fer, d'un fort potentiel génétique couplé à un entraînement optimal des différentes qualités physiques (endurance, vitesse, force, détente, souplesse, adresse, coordination), d'une technique individuelle sans faille, d'un environnement sportif favorable et de qualités qui relèvent de l'intelligence collective (installations sportives, cadres dirigeants, éducateurs,  médecins du sport) et de l'absence de blessures. 
Le corollaire de ce qui vient d'être dit est  qu'il ne peut y avoir de performance de très haut niveau, si l'un ou l'autre des différents facteurs intervenant dans la performance est défaillant et tout particulièrement la récurrence des blessures.