Avis à lire par tous les lecteurs:

Les premiers articles du blog "Un médecin du sport vous informe" datent de 2013, mais la plupart sont mis à jour pour pouvoir coller aux progrè médicaux. Ce blog inter-actif répond à la demande de nombreux confrères, kinésithérapeutes, étudiants en médecine et en STAPS, patients et sportifs. Il est le reflet de connaissances acquises tout le long de ma vie professionnelle, auprès d'enseignants remarquables, connaissances sans cesse actualisées que je me suis efforcé de rendre accessibles au plus grand nombre par le biais d’images trouvées sur le Net, images qui sont devenues par la force des choses, la propriété intellectuelle de tous; si cela dérange, ces images seront retirées.

Certains articles peuvent apparaître un peu plus polémiques que d'autres et indisposer, mais il n'est pas question pour l'auteur de tergiverser ou de se taire, quand il s'agit de problèmes d'éthique, en particulier en matière de dopage et quand la santé des sportifs est en jeu, compte tenu du nombre élevé de blessures liées au surentraînement et à une pratique imbécile d'une certaine musculation, qui n'est plus au service de la vitesse et de la force explosive utile (et non de la force maximale brute), qui sont les deux qualités physiques reines, qui ne respecte pas les règles de la physiologie musculaire et qui, au lieu d'optimiser la performance, fait ressembler certains sportifs body-buildés à l'extrême, davantage à des bêtes de foire gavées aux anabolisants, qu’à des athlètes de haut niveau.

Ce blog majoritairement consacré à la traumatologie sportive, est dédié à mes maîtres les Prs Jacques Rodineau, Gérard Saillant et à tous les enseignants du DU de traumatologie du sport de Paris VI Pitié Salpétrière et en particulier aux docteurs Jean Baptiste Courroy, Mireille Peyre et Sylvie Besch. L'évaluation clinique y tient une grande place: "la clinique, rien que la clinique, mais toute la clinique" et s'il y a une chose à retenir de leur enseignement, c'est que dans l'établissement d'un diagnostic, l'examen clinique, qui vient à la suite d'un bon interrogatoire, reste l'élément incontournable de la démarche médicale. Toutefois dans le sport de haut niveau et guidé par la clinique, l'imagerie moderne est incontournable : radiographie conventionnelle, système EOS en trois dimensions pour les troubles de la statique rachidienne, échographie avec un appareillage moderne et des confrères bien formés, scanner incontournable dans tous les problèmes osseux et enfin IRM 3 Tesla, le Tesla étant l'unité de mesure qui définit le champ magnétique d'un aimant; plus le chiffre de Tesla est élevé et plus le champ magnétique est puissant ("à haut champ") et plus les détails des images sont fins et la qualité optimale.

Hommage aussi au Pr Robert Maigne et à son école de médecine manuelle de l'Hôtel Dieu de Paris ou j'ai fais mes classes et actuellement dirigée par son fils, le Dr Jean Yves Maigne. Je n'oublie pas non plus le GETM (groupe d'étude des thérapeutiques manuelles) fondé par le Dr Eric de Winter et ses enseignants, tous des passionnés; j'y ai peaufiné mes techniques et enseigné la médecine manuelle-ostéopathie pendant 10 années.

Dr Louis Pallure, médecin des hôpitaux, spécialiste en Médecine Physique et Réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE, ex médecin FFRugby et USAP Perpignan, Athlé 66, comité départemental 66, ligue Occitanie et Fédération Française d’Athlétisme, médecin Etoile Oignies Athlétisme.

A l'attention des lecteurs de ce blog : certains d'entre vous m'interrogent pour des problèmes de santé en rapport avec les différents articles. Pour une raison que j'ignore les questions posées ne me parviennent pas comme auparavant, et je ne peux donc pas y répondre. Merci de me faire parvenir vos éventuelles questions sur ma boîte Mail : p6654@msn.com Dr LP
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mardi 19 septembre 2017

Approche biomécanique d'une lombalgie, notion de caisson abdominal profond et rôle du muscle transverse de l'abdomen, de poutre composite et prévention par le verrouillage volontaire en position intermédiaire selon Troisier

Dans une lombalgie, l'approche biomécanique est intéressante dans la mesure où elle vise à ce que la charge supportée par le rachis lombaire, n’excède pas la capacité de son système musculo-squelettique. En prévention, le verrouillage lombaire volontaire selon Troisier, en position intermédiaire, par co-contraction des spinaux et des abdominaux et l'utilisation de la mobilité des membres inférieurs est la solution à privilégier.
I- L'anatomie lombaire


Colonne lombaire de face, de profil et vue de dos, avec ses 5 vertèbres et ses rapports avec les racines nerveuses qui s'échappent de la moelle épinière contenue dans le canal vertébral, à travers le foramen.

Joint intervertébral de profil avec trépied mobile: disque en avant, articulations vertébrales en arrière


Détails d'un joint intervertébral: disque intervertébral entre deux corps vertébraux et ligaments longitudinaux, foramen au milieu par lequel vont s'échapper les racines nerveuses du nerf rachidien (nerf spinal) et en arrière le serment vertébral postérieur cloisonné par les ligaments jaunes et inter et sur -épineux

Coupe transversale d'une vertèbre lombaire avec son canal rachidien contenant la moelle épinière et le départ des nerfs rachidiens

II- Les critères biomécamécaniques 
Dans l'approche d'une lombalgie, les critères biomémaniques sont essentiellement représentés par les forces de compression et de cisaillement que peuvent supporter les vertèbres lombaires. 
En position assise, le rachis lombaire est en position de flexion ou de délordose. Cette position en flexion, plus que les positions en torsion, est celle que l'on retrouve le plus souvent dans le mécanisme lésionnel du lumbago, et dans cette gestuelle mortifère pour le disque intervertébral, le Dr Troisier a défini trois facteurs de risque qui risquent de bloquer un dos: l'importance de la charge, son amplitude et sa vitesse d'éxécution. A noter qu'un lumbago en position d'extension est rarissime; son origine est alors articulaire postérieure. On peut souligner d'emblée qu'il y a un caractère commun entre une posture nocive et un geste nocif et ce caractère commun est l'antéflexion du tronc. 



En position debout, assise, en antéflexion du tronc et au soulèvement d'une charge sans utilisation des membres inférieurs

Alors que l'antéflexion du tronc est le geste toxique par excellence, la lordose lombaire et plus encore la posture hypercambrée sont diabolisés par une majorité d'individus lombalgiques et de thérapeutes qui luttent contre cette courbure lombaire naturelle et veulent un dos droit et un bassin en rétroversion, et donc un bas du dos en flexion. Or en général dans toute articulation, c'est la position neutre qui entraîne le moins de contraintes  et au niveau lombaire, la position neutre, n'est autre que la lordose physiologique.
Rappelons que l’enfant en gestation (ontogenèse) dans le ventre de sa mère et dans les premiers mois de sa vie terrestre, est en position de cyphose (flexion) de l’ensemble de sa colonne vertébrale. L'évolution dans le temps va amener l'enfant à se déplacer d’abord en lordosant ses cervicales, puis ses lombaires, en rapport direct avec la marche. L'ontogenèse résumant la phylogenèse.


Adaptation phylogénétique

Adaptation ontogénétique

Le Dr Duval- Beaupère dans son analyse biométrique du rachis lombaire, nous explique que l’incidence pelvienne est un paramètre anatomique propre à chacun et que la pente sacrée lui est corrélée, l’homme debout devant compenser ce paramètre par une lordose lombaire, s’il veut ramener la ligne de gravité de son tronc à la verticale de son bassin. Cette lordose lombaire est indispensable pour diminuer le bras de levier et les contraintes liées à la gravité s’exerçant sur cette zone. Toute diminution de la lordose lombaire se manifestera par une projection antérieure du tronc, suivie d'une augmentation des contraintes sur les paravertébraux avec contractures de ces derniers.

Equilibre sagittal du bassin suivant Beauval-Beaupère

III- Les différents déséquilibres observés chez un lombalgique
La perte de l'extension lombaire
Les lombalgiques ont en grande majorité une perte de l’extension lombaire, les amplitudes de flexion étant elles conservées. L'extension du tronc est donc déficitaire, ce déséquilibre entraîne les structures antérieures en position courte, et les structures postérieures en  position longue.
Sur un rachis lombaire équilibré, les contraintes d'étirement et de compression ne posent aucun problème. Si un déséquilibre est présent, les sollicitations répétitives vont se faire toujours dans le même sens, les contraintes de compressions prédomineront sur les éléments antérieurs discaux et les contraintes d'étirements sur les éléments vertébraux postérieurs. Au final, c'est une usure précoce des différentes entités anatomiques qui surviendra.
L' usure précoce antérieure du disque intervertébral et antéflexion du tronc



Le disque intervertébral est fait d’un noyau gélatineux central le nucléus, et de fibres circulaires périphériques constitutives de l'annulus, qui emprisonnent le noyau, entre deux plateaux vertébraux adjacents. Sa composition est faite de tissu conjonctif déformable et sa fonction est de permettre la mobilité intervertébrale et d'absorber les contraintes. 
En antéflexion du tronc (position assise ou debout penché en avant), le disque est comprimé, le noyau repoussé vers l'arrière. Il va contraindre les fibres postérieures de l'annulus qui vont se déformer. 



En antéflexion du tronc, le noyau du disque intervertébral est projeté vers l'arrière avec risque d'entrer en conflit avec les éléments nerveux.
En extension du tronc, les éléments nerveux sont protégés d'une éventuelle migration d'un fragment du disque inter-vertébral.

Toute posture qui se maintient dans le temps ou la répétition de gestes toxiques en antéflexion vont pousser le noyau à se déformer et à faire chemin vers l’arrière en déchirant les fibres circulaires de l'annulus. Quand le noyau arrive au tiers externe du disque, celui-ci, commençant à être innervé commencera à être douloureux (lombalgie discale de type névralgie sympathique). Le disque étant hydrophile et se gonflant pendant la nuit, des douleurs matinales diffuses, en barre, avec notion de dérouillage matinal, pourront apparaître. Si les contraintes en antéflexion se poursuivent, le processus de migration du noyau vers l'arrière va se poursuivre et créer d'abord une protrusion discale simple, puis une hernie discale intra ligamentaire qualifiée de contenue, parce qu'anatomiquement le fragment hernié est solidaire du disque. Si le fragment discal hernié se désolidarise du disque, la HD est qualifiées de migrée ou exclue.



Les différentes lésions anatomiques discales: du bulgus (bombement) à la HD exclue

En prenant en compte l’anatomie d'un joint inter-vertébral et ses rapports avec la moelle épinière et les racines nerveuses, il est facile d'observer que l'anteflexion du tronc entraîne le noyau en arrière vers les éléments neurologiques, jusqu'au conflit disco-radiculaire d'abord chimique, puis mécanique et qu'en prévention l’origine de la douleur discale étant comprise par le lombalgique, elle sera suivie d'effets par des gestes à proscrire.
La métamérisation, c. à d. le rapport entre le disque en souffrance ou la racine comprimée et la douleur du membre inférieur: sciatalgies, sciatiques, cruralgies est alors facile à comprendre. Facile à comprendre aussi pour le lombalgique, comment ne pas menacer les éléments neurologiques en plaçant sa colonne en extension.
L'usure postérieure des facettes articulaires et déséquilibre vertébral
On décrit anatomiquement les facettes articulaires postérieures comme des tuiles placées sur l’arc postérieur de la vertèbre. À une époque, on pensait que ces facettes articulaires se décoaptaient en flexion et se coaptaient en extension. Des études biomécaniques récentes ont démontrés qu’il n’en est rien, elles glissent les unes sur les autres, en avant pendant la flexion, en arrière pendant l’extension. En cas de déséquilibre, elles peuvent se bloquer en glissement antérieur et pour les débloquer, des manoeuvres orthopédiques en extension après testing préalables peuvent être tentées.
Quant à l'arthrose articulaire, le rôle des articulations postérieures étant d’absorber et de répartir les contraintes et le cartilage n’étant pas innervé, il n'est pas en cause dans la lombalgie articulaire postérieure. En cause, la diminution de la surface articulaire qui devient plus fine, limite l'absorption des contraintes qui se déplacent alors vers l'os sous chondral qui est lui innervé et cause des douleurs quand il est sollicité. Il est très important de comprendre que la sensation de blocage en extension n’est pas une impaction, mais un manque d’amplitude des structures capsulo-ligamentaires qu’il faudra récupérer petit à petit par de la kinésithérapie, sans forcer et à l’exemple d’un coude qui ne voudrait plus se tendre.

L'usure des ligaments vertébraux

Les différents ligaments vertébraux limitent la mobilité rachidienne: longitudinal antérieur et postérieur de part et d'autre du disque et des corps vertébraux, le ligament jaune qui cloisonne les lames vertébrales, les ligaments inter et supra-épineux qui solidarisent les apophyses épineuse du segment vertébral postérieur. Pour les léser, il faut sortir de la position neutre et aller en amplitude maximale forcée.
Le déséquilibre de la sangle abdomino-lombaire
Il n'a jamais été prouvé que des personnes souples et musclées ont moins de douleurs. C’est le déséquilibre abdomino/lombaires qui est toxique. Parmi les abdominaux, le muscle majeur à privilégier est le Transverse de l'abdomen qu'il faut absolument tonifier.




Le ratio sur le schéma ci dessous, montre que les sujets non lombalgiques ont des muscles spinaux efficaces alors que les lombalgiques ont des abdominaux prédominant.


En plus d’un déséquilibre passif, les lombalgiques développent un déséquilibre actif. Ils n’ont plus assez de muscles spinaux par rapport aux abdominaux et si par le passé, on utilisait le renforcement abdominal chez ce type de patient, il devient évident que la solution se trouve plutôt dans le renforcement des spinaux, le travail passif, puis actif de récupération de l’extension lombaire rééquilibrant le système.
Le rôle de l'âge et du sexe 
La capacité de résister aux charges externes et internes dépend de l’âge, du poids et du sexe d’un individu, du niveau vertébral (lombaire, thoracique ou cervical) où s’exercent les forces, du type de chargement (compression ou cisaillement) et de la posture. L’âge et le sexe sont déterminants, la capacité des vertèbres diminuant généralement avec l’âge et les femmes ayant habituellement une capacité inférieure aux hommes.
Le seuil de la force en compression de NIOSCH
En raison du grand nombre de facteurs qui entrent en jeu dans la résistance des vertèbres, il est très difficile de fixer une limite de chargement ou un poids limite à manipuler. Actuellement, le seuil le mieux connu est celui de la force en compression du NIOSH, établi à 3,4 kilonewton (kN) (3 400 N ou 340 kgf1). Il protégerait la quasi-totalité des hommes (99 %) et les trois quarts des femmes (75 %). 


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Effet de l’âge et du sexe sur la résistance des vertèbres à supporter des charges en compression
Âge
Femme Charge (kN)
Homme Charge (kN)
20
4,4
6,0
30
3,8
5,0
40
3,2
4,0
50
2,6
3,0
60
2,0
2,0
Note : Valeur limite recommandée par NIOSH :3,4 kN (340 kgf) pour tous les âges et les deux sexes.

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Bien que l’unité de mesure de force est généralement le newton (N), on peut aussi rencontrer l’unité de kilogramme-force (1kg = 1kgf).

Ce seuil a été fréquemment contesté parce qu’il ne tient pas compte de l’âge, comme le souligne le tableau ci-dessus. Malgré tout, le seuil du NIOSH a l’avantage de protéger beaucoup plus, que moins. Quant au seuil acceptable en cisaillement, il y a consensus pour le situer autour de 1,0 kN (1 000 N ou 100 kgf), bien que peu d’études documentent cette question.
Critères acceptables : 3 400 N en compression 1 000 N en cisaillement

Les forces de cisaillement
Une force de cisaillement est une force appliquée de manière parallèle ou tangentielle à une face d'un matériau, par opposition aux forces de compression normales qui sont appliquées de manière perpendiculaire. Dans le cas d’une vertèbre, cette force agit en parallèle au plateau vertébral. Comme on peut le voir sur la figure ci- dessous, l’orientation des forces de compression et de cisaillement n’est pas identique le long de la colonne lombaire.




Comment déterminer une limite acceptable à une tâche
Pour déterminer si une tâche se situe dans des limites acceptables, on utilise des modèles biomécaniques. Par la suite, on vérifie les conditions dans lesquelles le chargement demeure dans une limite acceptable, par exemple 3 400 N en force de compression.
Les modèles biomécaniques variant en complexité, les calculs du chargement sur l’articulation L5/S1 est élevé si principalement la charge externe est grande et si les masses segmentaires, par exemple les bras, sont éloignées de L5/S1.
De nombreuses études qui ont évalué cette approche, confirment l’influence de ces facteurs sur le chargement au dos et on a observé que le chargement lombaire sur  L5/S1 augmentait avec un accroissement de la charge ou de la distance verticale et horizontale de la charge.
La stabilité de la colonne vertébrale
On présume qu’une grande partie des blessures au dos serait le résultat d’efforts excessifs, mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, comment expliquer qu’une personne se blesse au dos en ramassant un crayon au sol ? Une nouvelle hypothèse de recherche pourrait élucider cette problématique en tenant compte de la stabilité de la colonne vertébrale. En soi, la colonne vertébrale est instable et s’affaisse facilement sans l’apport des muscles. Sa rigidité est donc assurée par la contraction des muscles qui l’entourent. On suppose qu’une blessure peut se produire lorsque le recrutement musculaire se fait incorrectement, perturbant la stabilité de la colonne et causant des déplacements vertébraux qui entraînent des lésions. Ainsi, une personne dont le temps de réponse réflexe musculaire serait plus lent qu’une autre pourrait être plus à risque de blessure au dos. Il n’existe pas encore de critères pratiques permettant de savoir si une personne est à risque d’être instable. Toutefois on peut logiquement penser qu’en état de fatigue, tout individu a plus de chance d’effecteur un geste moteur erroné qui mettra à risque la stabilité de sa colonne vertébrale. Une mesure de prévention possible consiste donc à respecter les critères décrits dans l’approche physiologique.  
Moyens de compensation des forces de compression et de cisaillement:  par des spinaux forts et une sangle abdominale tonique.
Avant d'envisager les moyens physiologiques de s'opposer aux différentes contraintes que subit la colonne lombaire, les notions de poutre composite et de caisson abdominal sont à expliciter, le principe du caisson hydropneumatique étant utilisé dans le but de protéger les disques intervertébraux lombaires et les articulations sacro-iliaques. En effet en complément des muscles spinaux, rôle majeur du caisson abdominal profond dans la protection du rachis lombaire et plus spécialement rôle essentiel à des titres divers du muscle transverse de l'abdomen dont les fibres transversales contournent les viscères, préservent entre autres d'une potentielle éventration et protègent efficacement l'orifice profond du canal inguinal dont la faiblesse est la cause première des pubalgies vraies (confer l'article du blog sur vraies et fausses pubalgies).
Rôle du caisson abdominal profond
Rappelons que le caisson abdominal, abdominal CORE
 (centre) des anglo-saxons, est un ensemble de muscles englobant le diaphragme et les différents muscles du tronc et du bassin. Il supporte la colonne lombaire, le bassin et la cage thoracique, participe à leurs mouvements et au maintien de la station debout. Il est fermé en haut par le muscle diaphragme, en bas par les muscles du plancher pelvien ou périnée, en arrière par la colonne vertébrale et les muscles spinaux qui sont des extenseurs du rachis et en avant par les muscles abdominaux composés à 95% de fibres dites toniques à activité essentiellement statique. Ces abdominaux sont disposés en deux plans:
- un plan superficiel avec les obliques qui sont des muscles attachés entre bassin et cage thoracique, assurant la rétroversion du bassinet la rotation du tronc et participant à sa flexion, leur contraction entrainant le rapprochement des basses cotes vers la ligne médiane du corps, les grands droits qui sont les muscles responsables de la flexion globale du tronc et de l'abaissement des cotes lorsqu'on plie le corps en avant. Ils sont antagonistes du muscle transverse et il va falloir s'en rappeler lorsqu'on travaille les abdominaux et opter définitivement pour un travail de type isométrique en lieu et place d'un travail de crunch en flexion (Bernadette de Gasquet). Ce plan superficiel lorsqu'il est activé, génère aussi une pression sur le caisson abdominal inférieur périnéal et en cas de problèmes de descente d'organes, de fuite urinaire ou en post accouchement, il sera primordial de ne pas le solliciter.
- un plan profond, le transverse de l'abdomen, qui forme la limite antérieure du caisson abdominal profond. Il constitue de par l'horizontalisation de ses fibres, la ceinture musculaire naturelle de l'abdomen et travaille en synergie avec les muscles du périnée. A l'expiration il se contracte légèrement, resserrant la taille sur elle même et permettant au diaphragme de remonter vers la cage thoracique. Les muscles du plan profond sont tous synergistes et leur travail provoque un effet caisson qui génère une pression autour de la colonne vertébrale et la protège. Cet effet caisson, comparable à un cylindre abdominal, assure la stabilité de la colonne vertébrale lombaire. 
Rôle de poutre composite de l'association rachis lombaire et muscles spinaux + muscle transverse de l'abdomen 
Ce muscle transverse de l'abdomen de par sa structure horizontale en association avec les muscles spinaux structurés longitudinalement et obliquement, joue également le rôle d'une poutre composite qui nous le rappelons est en biomécanique, l'association de 2 matériaux différents, unis solidairement et partageant les contraintes auxquelles ils sont soumis en fonction de leur élasticité propre. En clair, rachis lombaire, spinaux et transverse de l'abdomen à la manière d'une poutre composite, sont capables de mieux résister aux différentes contraintes professionnelles et sportives en offrant un maximum de résistance avec un minimum d'encombrement.

Besoin d'avoir des muscles spinaux forts, portion verticale de la poutre composite

Caisson abdominal profond (muscle transverse de l'abdomen+++) amortisseur des contraintes et portion horizontale de la poutre composite

Prévention par le verrouillage volontaire lombaire selon Troisier
La technique du verrouillage lombaire vise à protéger le rachis dans les gestes du quotidien selon la définition donnée par Olivier Troisier. Cette définition est la seule qui réponde aux impératifs biomécaniques, à l’inverse de la définition en délordose avec rétroversion du bassin. Cette définition en délordose ne répondant qu’à une sédation partielle et temporaire de la douleur pour des patients ayant une lordose déficitaire. Il faut préciser que Troisier n’a jamais prôné un verrouillage continu mais uniquement dans les situations à risque, pour éviter la kinésiophobie. Ces situations sont le port de charge, amplitude extrême ou vitesse lors du mouvement. Pour expliquer cette notion, un exemple très simple de mal au coude aide à mieux comprendre. Serait-il logique de demander de contracter un coude douloureux toute la journée? Non, une telle action ne ferait qu’augmenter les contraintes mécaniques sur une articulation déjà en souffrance.
Le verrouillage lombaire utilise les principes suivants :
– immobilisation volontaire du rachis
– en position intermédiaire
– par la cocontraction des spinaux et des abdominaux
– utilisation de la mobilité des membres inférieurs.
L'exemple du bon verrouillage lombaire des haltérophiles
Le meilleur des exemples pour expliciter ce verrouillage se trouve chez les haltérophiles.
Les contraintes induites par la pratique de ce sport nécessitent une technique parfaite pour protéger les éléments constitutifs du rachis. Ils écartent les jambes, plient les genoux. La barre a un bras de levier minimum par rapport à eux. Juste avant de monter, ils se cambrent  et regardent devant eux pour sortir le sternum et utiliser les réflexes archaïques du cou en induisant une stimulation de la chaîne d’extension. Ainsi, ils positionnent toute leur colonne en extension, verrouillée par les spinaux et stabilisée par le travail de caisson hydropneumatique des abdominaux.

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Exemple de verrouillage lombaire chez un haltérophile

L'implication du bassin et des membres inférieurs dans la lombalgie
Plus les membres inférieurs participent au mouvement, moins la colonne est sollicitée et le fait de plier les genoux au moment de soulever une charge quelconque est un geste salutaire. Dans bien des activité de la vie courante (ménage, cuisine, soins à la personne, etc.), l'impression est que bassin et membres inférieurs sont figés, comme si l'individu restait campé sur une plaque de marbre, le bassin et que rien ne bouge en dessous et que tous les déplacements du corps se font au niveau de la colonne vertébrale. Et si plier les genoux pour atteindre le sol est trop difficile, les patients plieront leur dos. 
En passif, si le bassin est fixé par les ischio-jambiers, chaque fois que l'on se penche en avant, le mouvement ne se fait pas dans les hanches mais directement au niveau des lombaires.
Force et souplesse du bassin sont donc nécessaires pour que les membres inférieurs absorbent plus de contraintes dans la vie courante, la position des lombaires dépendant entièrement de celle du bassin. Une rétroversion complète entraîne une flexion lombaire complète, le bassin étant sous la dépendance des muscles droit fémoral et ischio-jambiers (IJ). Une astuce simple : tant que les pieds restent sous le bassin, la tension entre les deux groupes musculaires (quadriceps et IJ) reste neutre, le bassin restant dans une position neutre, les lombaires font de même. Dès lors que les pieds sont positionnés vers l' avant, les ischio- jambiers sont mis en tension par rapport au droit fémoral, le bassin est attiré en rétroversion, et les lombaires se retrouvent en flexion. 
Au final
Cet article a pour but de faire prendre conscience à tous les lombalgiques de renforcer leurs spinaux et leur caisson abdominal profond et d'apprendre quand le besoin s'en fait sentir avec leur kinésithérapeute ou dans une école du dos à travers un programme de restauration fonctionnelle du rachis, à verrouiller volontairement leur colonne lombaire en position intermédiaire selon Troisier et faire du rameur excellent à la fois pour la condition physique générale et les muscles abdominaux grâce à un travail tonique en isométrie.
Bibliographie: Xavier DUFOUR, Patrick GHOSSOUB, Alexandre CÉRIANI, Gilles BARETTE, Institut de thérapie manuelle et École du dos de Paris

samedi 30 mars 2013

La force, aspects physiologiques et techniques de renforcement musculaires

La Force est la qualité physique à la base et à des degrés divers des autres qualités physiques. En dehors des sports de force pure (power lifting = force athlétique = développé-couché+squat+levé de terre) elle doit être au service de la vitesse et de la technique (force explosive chez les Lanceurs en athlétisme qui nécessite associé à un travail de force pure, des mouvements d'haltérophlie comme l'épaule jeté, l'arraché pour certaines disciplines et un entraînement de pliométrie à ne pas mettre en toutes les mains.


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Vassili Alexeiev


 Leonid Jabotinski


 Iouri Vlassov


Le soviétique Vassili Alexeiev, double champion olympique des super-lourds (1972, 1976), une légende pour tous les amateurs d’haltérophilie ; il a écrit avec ses 2 compatriotes Iouri Vlassov et Leonid Jabotinski, colosse de 165 kg au meilleur de sa forme qui remporta lui aussi, deux médailles d'or aux jeux Olympiques (1964, 1968), améliora dix-sept records du monde, portant en 1967 le total aux trois mouvements à 590 kg, une des plus belles histoires de ce sport ; le colossal mano à mano aux jeux de Tokio en 1964 entre Vlassov et Jabotinski reste encore dans les mémoires des amateurs d’haltérophilie dont je fais partie. 
I/ QUELQUES DEFINITIONS
Dans la pratique sportive, on distingue:
- la force explosive pure (haltérophilie, lancers en athlétisme, tous les sports de détente)
- la force en mouvement combinée avec la vitesse: c'est la puissance musculaire (P= FxV)
- la combinaison de force explosive, d'endurance musculaire et de puissance.
La
 Force
 maximale est la force qui varie en fonction du type de contraction musculaire (allongement/ raccourcissement), et en fonction de la Vitesse de réalisation du mouvement: à vitesse nulle, elle se nomme force
 maximale 
isométrique; pour des mouvements concentriques on l’appelle force maximale concentrique qui équivaut à 1 RM ( charge maximale à 100% des possibilités du moment ne pouvant être développée qu'une seule fois); pour les mouvements excentriques, c'est la force maximale excentrique (très supérieure à la force maximale concentrique avec coefficient multiplicateur de 1,3 à 1,5 suivant les auteurs); pour les mouvements explosifs, on parle de détente.
La Force explosive est la contraction musculaire maximale pouvant être déclenchée dans un temps minimum. 
La 
Puissance correspond au produit de la force par la vitesse. Elle est maximale pour des vitesses légèrement inférieures à la moitié de la vitesse maximale; elle est quasiment nulle si la Vitesse est très lente et la Force maximale. La Puissance est quasiment nulle si la Vitesse est très élevée et
 la
 Force
 minimale.

II/ ASPECT PHYSIOLOGIQUE
1- La force est une activité neuro-musculaire 
Cette activité  a besoin du tissu nerveux pour déclencher la contraction musculaire au niveau de la plaque motrice (jonction neuro-musculaire) où est libéré de l'acétylcholine (médiateur chimique) qui va déclencher la contraction musculaire de l'unité motrice.

                                  



Ces unités motrices ne sont pas toutes constituées du même nombre de fibres musculaires et leurs  tailles varient en fonction de leur rôle: certaines ne comprennent que quelques fibres, ce qui leur donne une très grande précision mais un faible potentiel de contraction. 
A l'inverse, les  muscles puissants possèdent des unités motrices de plusieurs centaines de fibres qui leur permet d'atteindre des tensions importantes. 
Les fibres musculaires d’une unité motrice sont toutes du même type structurel et métabolique et leur recrutement est sélectif: pour les charges de moindre importance, seules sont concernées les unités motrices contrôlant les fibre de type I. 
Pour des charges plus importantes, les unités motrices des fibres IIb seront également recrutées. 
2- Aspect statique de la force 
Sur le plan hémodynamique, la force, exercice bref et intense est assimilable à un effort statique effectué à respiration bloquée (barrage pulmonaire) et le plus souvent de type isométrique sur la circulation périphérique (barrage  périphérique) avec pour conséquences:
- peu ou pas d'incidence sur le débit cardiaque
- hypertension artérielle systolique pour vaincre le barrage périphérique
- hypertension artérielle diastolique d'adaptation au barrage pulmonaire par hypertrophie ventriculaire droite
- hyper-pression encéphalique liée à la stase veineuse cardiaque droite.
3- Aspect dynamique de la force
L'aspect dynamique de la puissance musculaire est liée au pouvoir contractile du tissu musculaire mis en jeu par les voies nerveuses de la plaque motrice.
Cette puissance musculaire est modulée par différents facteurs:
- elle est proportionnelle  à la surface musculaire des muscles qui travaillent.
- elle dépend de la réserve en matériel énergétique, essentiellement  Phosphagène et Glycogène musculaire.
la température influence la qualité de la contraction musculaire: à température légèrement supérieure à la température corporelle de repos, la contractilité des 2 filaments d'Actine et de Myosine trouve ses meilleures conditions grâce à une baisse de la viscosité, une circulation locale améliorée et une meilleure efficience des réactions chimiques productrices d'énergie.
A l'inverse tout déséquilibre: chaleur ambiante excessive et hyperthermie centrale ou froid intense et hypothermie est incompatible avec un effort neuro- musculaire de qualité, même si le phénomène d'acclimatation est capable de gommer partiellement les effets délétères.
la fatigue diminue l'excitabilité musculaire, la puissance et l'étendue de la contraction musculaire.
la récupération: un muscle fatigué récupère d'autant mieux que les déchets lactiques sont éliminés et les réserves d'énergie en Phosphagène et en Glycogène musculaire reconstitués grâce au paiement de la dette d'oxygène et effet direct favorable  du stock d'androgènes naturels.
- les états émotionnels peuvent renforcer ou inhiber la contraction musculaire (effets favorables des acclamations du public, effet paralysant de la peur).
les bras de leviers mécaniques musculaires modifient la performance en fonction des angles articulaires; pour le coude: les muscles Supinateurs sont plus forts que les Pronateurs et la force de Flexion est maximale en position intermédiaire.
âge et sexe: avant la puberté il n'y a guère de différence entre fille et garçon; après la puberté la force globale du corps qui est proportionnelle à la masse musculaire est supérieure de 30 à 50% chez les garçons et supériorité franche au niveau de la force des épaules, des bras  et des muscles du tronc et supériorité moindre pour les membres inférieurs. En valeur absolue, la force décline après 35 ans .
4- Appréciation de la force musculaire statique et dynamique
On peut apprécier la force musculaire globale d'un individu par des tests de terrain en additionnant le nombre de flexion de bras sur barre parallèle (dips)+ le nombre de relevés de buste + le nombre de traction à la barre fixe, aussi bien qu'en soulevant des poids et haltères en salle ou au moyen d'un dynamomètre de force en laboratoire.
5- Pyramide de la force
- a la base il y a l'endurance musculaire
- au sommet la force explosive utile à la discipline sportive
- au milieu la force maximale qui n'est pas une fin en soi et peut même être contre productive si elle ne sert pas la discipline sportive (à quoi ça sert de pousser 200 à 250 kilos au Squat ou 150 à 180 kilos au Développé Couché si les tests de terrain de détente verticale et horizontale, de vitesse et d'endurance sont mauvais et si le sujet est incapable de maîtriser un entraînement intensif de qualité et varié dans le temps).
III/ TECHNIQUES DE RENFORCEMENT MUSCULAIRE
Les techniques de renforcement musculaire sont nombreuses et doivent être adaptées à chaque sport et à chaque sportif. Mais ne jamais oublier que le renforcement musculaire se doit d'être au service de la vitesse et de la technique. 
Certaines techniques comme le travail isométrique (contraction musculaire sans mouvement), l'électrostimulation, etc, sont recommandées en cas de blessure ou d'immobilisation prolongée en prévention de l'amyotrophie et de la perte de force qui guette tout accidenté du sport. Ces techniques utilisent:
- le poids du corps
- des haltères
- des appareils de musculation
- des lancers ou des portés d'objets de poids différents.
Le but du renforcement musculaire est de ressembler à un décathlonien et non à un body-builder.
1-  Les bases scientifiques de la force
On sait depuis Zatsiorski  que le développement de la force est plus lié à des phénomènes nerveux (recrutement et synchronisations des unités motrices, coordination intermusculaire liée à une bonne technique) et à celui de l'élasticité musculaire en rapport avec le réflexe myotatique qu'à l'hypertrophie musculaire.
a/ le recrutement des unités motrices i
Il ntervient entre 0 et 80% de la force maximale et explique le gain de force rapide en début de période de musculation.
b/ la synchronisation des unités motrices 
Elle est de 80% chez le sujet entraîné et de 20% chez le sédentaire ce qui entraîne une réponse motrice à la fois plus brève et plus intense mais qui paradoxalement dans la vie de tous les jours serait défavorable car responsable de mouvements tremblés et violents. 
Il existe donc physiologiquement un circuit intra médullaire désynchronisateur, le circuit des inter-neurones de Renschaw qui brouille la synchronisation naturelle (travaux de Paillard). Pour développer la force, il va falloir lever cette inhibition. 
Cela est rendu possible par l'activation (travaux de Pierrot-Desseilligny) d'un autre circuit nerveux qui va inhiber le circuit de Renshaw par un entraînement avec des charges supérieures à 80% de la force maximale.
c/ la coordination intermusculaire 
Elle est en rapport avec la technique individuelle qui aboutit au geste juste, économe en énergie et d'efficacité maximale.
d/ l'élasticité musculaire 
Elle est également un facteur déterminant dans la performance. On la subdivise:
- en élasticité en série des tendons et des enveloppes musculaires mais aussi dans la partie contractile du muscle : les ponts d'Actine et de Myosine que l'on schématise par un ressort sur la queue de la Myosine (travaux de Bosco,Husley et Simmons) et des points d'ancrages pour la tête (travaux de Goubel).
- et une élasticité en parallèle.
Sur le terrain Bosco propose 2 tests d'élasticité:
- le Squat-jump à partir d'une position accroupie à 90° qui ne teste que l'aspect contractile
- le Countermovement-jump à partir de la position debout suivie d'une flexion-extension.
2- Les techniques analytiques:
Ce sont des procédures de renforcement de  muscles  concourant à une même fonction (par exemple: flexion de bras ou extension de jambe sur la cuisse).
a/ techniques basées sur le renforcement statique de la force
Le travail statique encore dénommé travail isométrique ne fait pas intervenir de mouvement. La force est ici proportionnelle à la résistance qui s'oppose au déplacement du membre; résistance manuelle en cas de blessure et contrôlable par un tiers (kinésithérapeute) ou un dispositif fixe ou par l'intermédiaire d'un appareil de musculation ou d'un poids. Il peut être effectué à différents degrés d'amplitude d'une articulation donnée.
Hettinger et Muller ont pu démontrer qu'une seule contraction isométrique d'1 seconde par jour contre une résistance maximale, suffisait à maintenir le niveau de force. 
Troisier a mis au point une méthode de renforcement statique intermittent (sur le modèle de l'entraînement fractionné) qui consiste a enchaîner des séries de contractions statiques de 6 secondes entrecoupées de phases de repos de 6 secondes, correspondant à un travail à la fois de force et d'endurance musculaire très favorable après blessures (affections orthopédiques sous plâtre ou rhumatologiques rachidiennes). 
Ce travail statique ne contraint ni les grosses articulations périphériques comme le coude ou le genou ni le rachis et ne  comporte pas de risque+++. 
Exemple de travail statique isométrique: la chaise romaine
Dans l'exercice de la chaise l'on travaille le quadriceps en étant appuyé dos au mur tout en conservant un angle de 90° au niveau du genou.
Exemple d'un travail en isométrie:  le gaînage abdomino-lombaire+++





b/ techniques basées sur le renforcement dynamique de la force:
1- le travail dynamique est encore dénommé travail isotonique; la résistance constante n'entrave pas le mouvement qui reste libre. 
En cas de faiblesse musculaire on peut alléger soit la résistance soit faciliter l'exécution du mouvement (mouvement actif aidé). 
En cas de faiblesse majeure le renforcement isotonique peut être effectué sans la contrainte de la pesanteur.
 Ce travail dynamique doit être exécuté à pleine amplitude, mais il est  possible aussi de ne travailler que sur un secteur:
- en course interne lorsque le travail est réalisé dans la position proche du raccourcissement maximal de l'articulation.
- en course externe quand il est exécuté dans une position voisine de l'allongement maximal du muscle.
- en course intermédiaire s'il est exécuté entre les  positions extrêmes.
3- Les protocoles de renforcement dynamiques de la force
Le renforcement dynamique concentrique et excentrique
Ils font varier soit la vitesse du mouvement isotonique, soit la charge, soit le nombre de répétitions du mouvement et le nombre de séries. Ils sont basés sur:
- la charge maximale capable d'être mobilisée à pleine amplitude sur une répétition = 1 RM - le nombre (n) de répétitions  réalisables à pleine amplitude avec une fraction de la charge maximale = n RM. Suivant l'objectif recherché de Force, de Puissance ou d'Endurance musculaire on privilégiera:
- 20 séries de 20 répétitions pour l'endurance musculaire (20x20) en utilisant son propre poids de corps ( flexions de bras et de jambe par exemple).
-  10 séries de 10 répétitions (10x10) à 6 séries de 6 répétitions (6x6) pour la puissance musculaire avec haltères ou appareils de musculation.
-  1 série de 3 répétitions à 90% de la RM (1x3) + 1 série de 2 répétitions à 95% (1x2) + 1 répétition à 100% (1x1) pour améliorer la force maximale. 
Ce travail dynamique peut être exécuté sur un mode:
-  concentrique qui rapproche les insertions musculaires (excellent pour les Fléchisseurs des bras et les Extenseurs de jambe)
excentrique qui éloigne les insertions musculaires et consiste à freiner le mouvement (excellent pour Moyen Fessier, Ischio-jambiers et Dorsi-Fléchisseurs de cheville).
Le travail purement concentrique est le résultat de la poussée (accélération du centre de gravité corporel) des membres inférieurs lors d'un saut vertical sur place par exemple. 
Le travail purement excentrique correspond à la flexion des genoux (freinage du centre de gravité corporel) lorsque l'on veut se mettre accroupi.
On rappelle que les muscles ischio-jambiers de la face postérieure de la cuisse fonctionnent en excentrique et constituent le groupe musculaire les plus sujet aux claquages qui font des ravages dans les sports de vitesse, de sauts et ceux avec étirements brusques (Athlé, football+++, rugby, hand, basket, gym, danse, etc), avec deux types de lésions musculaires, les sprint-lésions et les strecht- lésions. 
Autres groupes musculaires affectés et par ordre décroissant:  les adducteurs de la face interne de la cuisse, le droit fémoral du quadriceps de la face antérieure de la cuisse, le jumeau interne du mollet. Ces muscles qui se claquent sont le plus souvent poly-articulaires et travaillent sur un mode excentrique (en freinage), si bien qu'un travail musculaire de type excentrique doit être proposé, à l'aide sangles ou d'appareils spécifiques de musculation de la marque X-Force par exemple après claquage ou en prévention et doit être précédé par des étirements et un travail concentrique.
Le body-building 
Le B.B. obtenu par la méthode des efforts répétés (beaucoup de répétitions et beaucoup de séries) avec haltères ou appareils de musculation, entraîne une hypertrophie musculaire contre productive avec perte de l'élasticité musculaire, baisse de la vitesse et autres effets négatifs incompatibles avec une pratique sportive autre que le culturisme.
4- Le renforcement dynamique isocinétique.
Il  s'effectue sur machine iso-cinétique CYBEX ou BIODEX.



Dans ce type de travail, la vitesse de l'exercice est imposée et c'est la résistance de la machine qui s'adapte en permanence à la force développée par le sujet pour maintenir la vitesse de déplacement constante. 


La vitesse est de type angulaire et va de 30° par seconde à 240° par seconde. Plus la vitesse est lente et plus la force développée par le sportif ou le blessé est grande.
Cet appareil isocinétique est également le dynamomètre le plus précis pour mesurer la force musculaire en fonction d'une position articulaire. Les principales indications du renforcement musculaire isocinétique sont:
- le développement musculaire spécifique des sportifs de haut niveau.
-  la rééducation des séquelles des affections neurologiques chroniques.
- la récupération musculaire après entorse grave du genou  opéré ou non.
-  le bilan musculaire des muscles du tronc du lombalgique chronique.
- le bilan musculaire des muscles rotateurs d'épaule et celui des fléchisseurs et extenseurs de cheville.
5/ Les Techniques globales de renforcement musculaire. 
Ces techniques globales renforcent les groupes musculaires agissant en synergie et concourant à une même fonction (muscles synergistes). Les exemples les plus connus sont les 3 mouvements de la force athlétique (Power Lifting):
- le Squat pour les muscles du train inférieur



- le Développé Couché pour celui des muscles du train supérieur






- le Soulevé de Terre pour le train supérieur et inférieur.




Le travail sur bicyclette ergométrique (pendant au moins 20 mn)  entretient l'endurance musculaire des membres inférieurs, celle des abdominaux et les capacités aérobies.




 celui sur ergocycle à bras pour l'endurance musculaire des membres supérieurs et les capacités aérobies.





et l'exercice sur rameur pendant 20 mn au moins (appareil de type Concept 2++) développe l'endurance générale cardio-respiratoire et l'endurance musculaire périphérique (bras, torse, abdos, cuisse).





En médecine de rééducation, la technique globale de KABAT utilise une chaîne fonctionnelle en diagonale-spirale qui permet la contraction d'un muscle très affaibli, entraîné par les autres muscles de la chaîne.



6/ La Pliométrie (Zatsiorski, Zanon, Bosco, Comiti, Vercoshanski)



Incontestablement en matière de renforcement musculaire, le travail en excentrique et les exercices pliométriques sont les plus terriblement efficients, mais à ne pas mettre entre toutes les mains et à faire avec un coach qui  maîtrise parfaitement les différents paramètres.

a/ Aspect physiologique. 
La pliométrie est physiologiquement basé sur le cycle étirement - raccourcissement. On parle d'une action musculaire pliométrique lorsque un muscle qui se trouve dans un état de tension est d'abord soumis à un allongement (phase excentrique) et puis qui se contracte en se raccourcissant (phase concentrique).
On sait depuis Zatsiorski (1966) qu'un athlète qui pousse en position de squat sur une barre fixe produit une force donnée appelée force maximale isométrique.
Le même athlète lors d'un saut en contrebas (exercice de pliométrie) va pouvoir développer une force supérieure d'une fois et demi à 2 fois sa force maximale isométrique. Cette efficacité ne s'explique que grâce à l'utilisation du "cycle étirement - raccourcissement". On formule aujourd'hui deux types d'explications: l'intervention du réflexe myotatique et le rôle joué par l'élasticité musculaire.



b/ Illustrations.
Les actions les plus courantes sont la plupart du temps pliométriques :
- dans la course la foulée comporte une phase d'amortissement (excentrique) et une phase de renvoi (concentrique) .
- les foulées bondissantes et tous les bondissements sont également régis par les mêmes principes avec des tensions musculaires supérieures.
c/ Effets immédiats. 
Chez un sujet très entraîné, pour une séance de type pliométrie intense (avec plinths hauts) il faut 10 jours de récupération avant une compétition. On peut réduire ce délai en utilisant un travail de moyenne intensité avec des exercices avec bancs ou haies. Dans ce cas, 3 jours suffisent.
d/ Effets retardés. 
Il concerne le travail effectué pendant un cycle d'entraînement. Pour un cycle de pliométrie intense comportant 4 séances de ce type il faut 3 semaines de récupération, chiffre que l'on peut ramener à 10 jours en cas de plyométrie d'intensité moyenne.
e/ Les méthodes pliométriques


La pliométrie simple.
Elle est illustrée par des foulées bondissantes, sauts à la corde, plinth bas (20 cm), bancs.) La pliométrie intense. 
Elle s'effectue avec des plinths hauts (60 à 100 cm). Elle s'exécute au moyen de différentes flexions de jambes à 130°, 90°, 60°, en les combinant ou sans les combiner.
La pliométrie avec charge 
Elle consiste à exécuter des squats en introduisant un ou plusieurs temps de ressort.
f-Les tests pliométriques le Test de détente en contrebas: drop jump (DJ), l’athlète se laisse tomber de différentes hauteurs (20,40,60 ou 80 cm) sur un tapis pour rebondir (mains sur les hanches) sur le tapis et effectuer un saut vertical.
Finalité 
du
 test
:

 évaluation 
de 
la 
force 
réactive 
pliométrique
.
Les meilleurs sauteurs en hauteur obtiennent
 leurs 
meilleurs
 résultats 
avec
 des 
chutes 
de 
110 
cm
.
7/ Le travail de force explosive
Son  but est de développer et d'améliorer l'explosivité des muscles de la jambe qui sera très profitable à tous les sportifs qui recherchent à la fois détente et démarrage sur courte distance.
                         
  

Consignes de réalisation 
a- Gainage :10 secondes dans la position de la chaise romaine, cuisses à l'horizontale, bras équilibrateurs tendus devant soi, regard horizontal, nuque et épaules relâchées, talons au sol. 
b- Sauts :10 sauts enchainés sans temps d'arrêt  " temps de ressort ", extension complète, aide des bras lancés vers le haut, réception sur jambes mi-fléchies. 
c- Sprint: sur 10 mètres amorcé dès la réception au sol du dernier saut,  sans aucun 
temps d'arrêt.
Le sportif cherche à être en accélération constante durant les 10 mètres. 
Récupération :La récupération entre chaque répétition des trois séquences gainage-sauts-sprint est très courte ( 5 secondes ) 
Programme d'entraînement 
Il est possible de réaliser une série de 4 à 10 répétitions des trois séquences et de 3 à 5 séries, la récupération entre les séries étant de 2 à 5 minutes environ, en fonction de l'état de forme du moment. 
Exercices de type pliométrique


8/ Le travail proprioceptif




La proprioception est une action nerveuse d'anticipation (système d'alerte) de la contraction musculaire de manière à ajuster la motricité en cas de besoin particulier. 
C'est une activité essentielle dans la pratique sportive ou après blessure articulaire (post entorse par exemple); elle est dispensée  en kinésithérapie et suit une progression: d'abord travail proprioceptif en chaîne ouverte (sans les appuis) puis en chaîne semi fermée (appui partiel ou mobile) puis en chaîne fermée avec appui total, exécuté sur trampoline, plateaux d'équilibres de Freeman, etc. 
9/ Les techniques d'électro-stimulation


                                               


Les techniques d'électro-stimulation sont utilisées larga manu par les sportifs à visée de renforcement musculaire mais aussi en médecine de rééducation pour stimuler les muscles dont la cotation musculaire est faible. Ces techniques relativement inconfortables ne sont pas physiologiques, la contraction  musculaire induite se rapprochant de la tétanisation. Le protocole le plus usité dure 3 semaines à raison de 3 séances d' 1 heure par semaine, pour un gain espéré de + 20% de la RM.
10/ Evaluation clinique de l'endurance musculaire
- des quadriceps par le test de la chaise romaine, en position assise, dos au mur genoux pliés à 90°; (N= 2 mn).

                                              


- des lombaires par le test de Sorensen (N = 4 mn)



- des abdominaux par le test de Shirado - Hito , assis genoux fléchis, pied à plat au sol, buste en antéflexion, bras croisés derrière la nuque: (N = 2 mn).



11/ Cotation de la force musculaire en médecine de rééducation de 0 à 5.

0 = Aucune contraction.
1 = Contraction visible n’entraînant aucun mouvement.
2 = Contraction permettant le mouvement en l’absence de pesanteur.
3 = Contraction permettant le mouvement contre la pesanteur.
4 = Contraction permettant le mouvement contre la résistance.

5 = Force musculaire normale.