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"Un médecin du sport vous informe" répond à la demande de nombreux confrères, patients et sportifs. Il est le reflet de connaissances acquises tout le long de ma vie professionnelle, auprès d'enseignants remarquables, connaissances sans cesse actualisées que je me suis efforcé de rendre accessibles au plus grand nombre par le biais d’images trouvées sur le Net, images qui sont devenues par la force des choses, la propriété intellectuelle de tous; si cela dérange, ces images seront retirées.

Certains articles peuvent apparaître un peu plus polémiques que d'autres et indisposer, mais il n'est pas question pour l'auteur de tergiverser ou de se taire, quand il s'agit de problèmes d'éthique, en particulier en matière de dopage et quand la santé des sportifs est en jeu, compte tenu du nombre élevé de blessures liées au surentraînement et à une pratique imbécile d'une certaine musculation, qui n'est plus au service de la vitesse et de la force explosive, les deux qualités physiques reines, qui ne respecte pas les règles de la physiologie musculaire et qui, au lieu d'optimiser la performance, fait ressembler certains sportifs body-buildés à l'extrême, davantage à des bêtes de foire gavées aux anabolisants, qu’à des athlètes de haut niveau.

Ce blog majoritairement consacré à la traumatologie sportive est dédié à mes maîtres les Prs Jacques Rodineau, Gérard Saillant et à tous les enseignants du DU de traumatologie du sport de Paris VI Pitié Salpétrière et en particulier aux docteurs Jean Baptiste Courroy, Mireille Peyre et Sylvie Besch. L'évaluation clinique y tient une grande place: "la clinique, rien que la clinique, mais toute la clinique" et s'il y a une chose à retenir de leur enseignement, c'est que dans l'établissement d'un diagnostic, l'examen clinique, qui vient à la suite d'un bon interrogatoire, reste l'élément incontournable de la démarche médicale.

Hommage aussi au Pr Robert Maigne et à son école de médecine manuelle de l'Hôtel Dieu de Paris ou j'ai fais mes classes et actuellement dirigée par son fils, le Dr Jean Yves Maigne. Je n'oublie pas non plus le GETM (groupe d'étude des thérapeutiques manuelles) fondé par le Dr Eric de Winter et ses enseignants, tous des passionnés; j'y ai peaufiné mes techniques et enseigné la médecine manuelle-ostéopathie pendant 10 années.

A tous les sportifs et à tous ceux qui présentent des tendinopathies de l'épaule, du coude, du genou, de la cheville et des claquages musculaires des muscles ischio-jambiers, droit fémoral, adducteurs et jumeau interne du mollet, je recommande vivement la lecture de l'article "bases médicales des blessures tendino-périostées et musculaires en Athlétisme", la même problématique affecte les pratiquants des autres disciplines sportives et toutes les personnes actives.

Dr Louis Pallure, médecin des hôpitaux, spécialiste en Médecine Physique et Réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE, médecin Athlé 66, comité départemental, ligue Occitanie et Fédération Française d’Athlétisme.

dimanche 13 novembre 2016

l'endofibrose des artères iliaques commune, externe et fémorale, une cause pas si rare que ça de douleurs d'effort chez les cyclistes

L’endofibrose des artères du bassin et de la cuisse (à 90% sur l'iliaque externe), est une artériopathie d'effort qui affecte les sportifs de haut niveau et tout spécialement les cyclistes pro+++, ou elle serait plus fréquente que ce que l'on croit (certains auteurs avancent des chiffres supérieurs à 20%), mais aussi les tri-athlètes, les coureurs de fond, les cyclotouristes, les marcheurs olympiques, les amateurs de canoë-kayak, en aviron et elle a même été décrite en rugby. Très différente de l'artériosclérose et de sa média-calcose, l'endofibrose peut prendre en défaut l'imagerie artérielle classique (angio-scanner et artériographie), avec beaucoup de faux négatifs à l'origine de pas mal de retard diagnostique. Cette endofibrose qui réduit le calibre et par tant le flux artériel du membre inférieur, va se traduire par une symptomatologie d'effort hétéroclite et passablement atypique chez un sportif de haut niveau jusque là en parfaite santé et motivé (jambe lourde qui ne répond plus lorsque l'effort s'intensifie, crampes, sensation d’étau ou de cuissard trop serré, jambe froide, jambe morte, fatigue, œdème, paresthésies, paralysie) et donc un ensemble de signes qui doivent orienter tout praticien qui prend en charge ces sportifs, vers une cause artérielle ischémique partielle (et dans 3% des cas totale). Une claudication à la marche est également possible dans un petit nombre de cas signifiant alors une complication par thrombose de l'artère. Sa description princeps par Monti remonte à peine à 1984 (Monti M, Jaeger M, Guisan Y et al. Diagnostic de l’insuffisance artérielle périphérique chez le sportif amateur claudiquant et dépistage du “syndrome de la sténose artérielle iliaque isolée chez le jeune cycliste sans facteur de risque” par examen Doppler et test sur tapis roulant. Rev Méd suisse romande 1984)


Anatomie



Dans le bassin, l'aorte abdominale se divise en 2 branches : les artères iliaques communes (ou primitives) au niveau du disque intervertébral L4-L5. Chaque artère iliaque primitive se divisant en :
- artère iliaque interne (ou hypogastrique) qui donne des branches à destinée viscérale pour les organes du petit bassin et des branches pariétales: les artères glutéales supérieure et inférieure (ou ischiatique), l'artère obturatrice et l'artère pudendale (ou honteuse interne).
- artère iliaque externe qui suit la ligne innominée, la branche ilio-pubienne, et passe sous le ligament inguinal, en dedans du psoas et de la bandelette ilio-pectinée, pour devenir l’artère fémorale commune. Juste avant d'entrer dans l’anneau de l’arcade crurale, l'artère iliaque externe donne deux artères collatérales: l'artère iliaque profonde et l'artère épigastrique. Sa longueur est de 8 cm et son diamètre moyen, de 7 mm. Sa particularité est de franchir une zone mobile correspondant au pli de flexion inguinal ou l'artère se plicature lors des mouvements répétés de flexion de la cuisse sur le bassin, comme en cyclisme.


La position sur le vélo entraîne une plicature physiologique de l'artère iliaque externe,  fixée en proximal et en distal dans son trajet iliaque et donc sans échappatoire possible


Mécanisme lésionnel et physiopathologie de l'endofibrose iliaque externe (chez les cyclistes pro++)
Epidémiologie
L'endofibrose iliaque externe touche principalement les jeunes cyclistes de 20 à 29 ans, effectuant un certain volume d’entrainement (7 000 à 12 000 Km par an) et qui ont débuté très jeunes le cyclisme de compétition. Les hommes sont atteints de façon largement préférentielle avec un ratio de 50 pour 1, du fait sans doute de la plus grande représentativité de ces derniers au niveau professionnel. D’autres sports sont également impliqués: triathlon, rugby, marche olympique et canoë-kayak nous l'avons signalé en début d'article. L’atteinte lésionnelle artérielle est multiple dans 10 % des cas et bilatérale dans 15 % des cas. La diminution du calibre de l’artère et donc du flux sanguin explique la symptomatologie, les muscles du membre inférieur étant littéralement asphyxiés.
Mécanisme lésionnel
Les mouvements de pédalage induisent des plicatures itératives sur le segment iliaque mobile. Ces mouvements de grande amplitude participent à la déformation et à l’étirement répétés de la portion intermédiaire de l’artère avec apparition d’un excès de longueur au niveau de l’artère iliaque externe qui se manifeste par des flexuosités artérielles qui contribuent à l’aggravation du mécanisme d’agression artérielle.



Plicature de l'artère iliaque externe

C'est la conjonction de  déformations répétées de l’artère et d’une situation hémodynamique particulière générée par les efforts intenses du cyclisme pro avec des débits sanguins élevés dans les muscles des membres inférieurs qui travaillent à plein régime qui vont engendrer les lésion de stress de l'artère iliaque externe.
En examinant les différents mécanismes lésionnels, des chercheurs Néerlandais ont démontré que l’artère iliaque externe est habituellement plus longue et plus tortueuse chez les sujets symptomatiques avec formation de plicatures sténosantes. 





Rôle du muscle psoas ou de son artère nourricière 
Ce sont des auteurs Belges qui la première fois ont alertés la communauté médicale sur le rôle potentiellement délétère d'un muscle psoas ou oblique externe hypertrophiques et de l' artère nourricière du psoas quelquefois volumineuse et susceptible d'entraver le libre mouvement de l’artère iliaque donneuse par compression artérielle extrinsèque. Cette hypertrophie du muscle psoas suggère qu'il pourrait exercer une pression sur l’artère iliaque, ce qui peut se comprendre par l'analyse du mouvement cycliste en position aérodynamique. En effet, cuisse fléchie, les deux points de fixation de l’artère iliaque externe se rapprochent; en conséquence, l’artère décrit une sinuosité plus ou moins marquée et il peut en résulter des traumatismes au niveau de la plicature, liée au flux artériel important et aux structures de voisinage tel que le muscle psoas et ses adhérences, fortement sollicité lors de la flexion de la hanche. Des lors face au stress subit, la structure musculaire de l’artère se renforce, épaississant la paroi.
Anatomo-pathologie
La lésion d’endofibrose réduit le plus souvent de manière peu importante le calibre de la lumière artérielle de 20 à 40% ce qui explique la grande diversité de la symptomatologie qui ne s'exprime qu'à l'effort (alors qu’il est sans douleur au repos ou à la marche) et parfois seulement quand l'effort est maximal: en montagne, contre la montre, sprint, etc. Parfois la sténose peut être plus sévère, conduisant même dans 3% des cas à la thrombose de l’artère et dans ces cas de thrombose artérielle iliaque, le patient devient alors symptomatique à la marche, une claudication  chez un jeune sportif de haut niveau doit faire évoquer une complication thrombotique. 
Cette lésion d'endofibrose est foncièrement différente des lésions d'athérosclérose. Le collagène déposé y est plus lâche et on n’y retrouve que peu de cellules de la lignée lymphocytaire ou de calcifications. Une étude cytologique récente effectuée chez des femmes démontre que les lésions d'endofibrose affectent non seulement l’intima (paroi interne de l’artère), mais aussi les 2 autres couches cellulaires, la média (couche moyenne) et l’adventice (couche externe). Aussi, les chercheurs suggèrent de parler d’arthropathie plutôt que d’endofibrose, l’épaississement et le durcissement de la paroi artérielle étant en rapport avec l’hyperplasie des cellules musculaires et les dépôts de collagène.

Coupe transversale de l’artère iliaque externe démontrant une diminution du calibre intérieur. Normalement la lumière serait de forme plus ou moins ronde et symétrique.

L’examen anatomopathologique de la pièce opératoire ci dessous, objective un épaississement fibreux de l’intima associé à une prolifération de cellules musculaires lisses et une fibrose collagénique de l’adventice (B). La symptomatologie a disparu dès la reprise de l’activité sportive à un mois postopératoire. À un an, la patiente reste asymptomatique. Le contrôle écho-doppler retrouve une bonne perméabilité du pontage sans hyperplasie.


Aspects macroscopique et microscopique de l’artère iliaque externe : l’aspect macroscopique peropératoire était jaune et rigide (A : artère intacte ; B : artère sectionnée en coupe longitudinale). L’examen anatomopathologique de la pièce opératoire objectivait un épaississement fibreux de l’intima , une prolifération adventitielle de cellules musculaires lisses (flèche) et une fibrose collagénique de l’adventice (C).

Exemple clinique récent qui m'a été rapporté par une kinésithérapeute du sport, avec exploration en cours :
L'histoire concerne une triathlète de 46 ans, spécialiste des longues distances, ultra marathonienne depuis 5 ans, qui a présenté pendant de longs mois des douleurs qui ont démarré dans la fesse droite, avec irradiation vers la face postérieure de la cuisse, déclenchées en début d'évolution par la course à pied et plus spécialement pendant les entraînements de type fractionné. Elle a été traitée initialement par des techniques ostéopathiques puis kinésithérapiques, pour ce qui a semblé être un syndrome du pyramidal: le muscle pyramidal note la kinésithérapeute est resté fibreux, mais l'amélioration des symptômes a permis la poursuite de l'entraînement sans modifications de son intensité, la patiente pratiquant de façon addictive. 
Les symptômes ont ensuite évolués défavorablement avec apparition de plus en plus précoce et quelque soit l'intensité de l'effort, de douleurs selon un schéma toujours identique, en étau du 1/3 inférieur de la cuisse (faces antérieure et postérieure), avec irradiation le long de la partie latérale de la jambe, dans le tendon d'Achille et de fourmillements dans les orteils. A noter la disparition rapide de la symptômatologie au repos. 
A l'examen: pas de signes cliniques neurologiques, à la palpation on retrouve une tension excessive des muscles IJ, Fessiers, Pyramidal et du Psoas traitées par techniques tissulaires, travail des fascias, pratique du neuro-méningé.....sans résultats malgré une réduction drastique de l'intensité et du volume d' entraînement. Un syndrome de loge de jambe, un temps évoqué, a été vite exclu devant une symptomatologie clinique polymorphe sans rapport avec une loge de jambe. Des examens complémentaires: scanner lombaire, EMG se sont avérés négatifs. 
Discussion 
Le fait que cette sportive soit une triathlète (avec natation, vélo et course à pied de manière intensive), particulièrement motivée et accro aux longues distances, ait présenté des douleurs unilatérales de cuisse en étau non systématisées, devrait faire envisager en premier une origine vasculaire et plus précisément une endofibrose de l'artère iliaque externe, que l'on rencontre chez les cyclistes de bon niveau, mais aussi en course à pied sur longues distances et chez les tri-athlètes qui cumulent ces deux disciplines, jusqu'à preuve par des tests cliniques et des examens complémentaires du contraire qui viendront soit conforter soit infirmer le diagnostic. Ce type de douleur vasculaire est très différente des douleurs neurogènes qui ont une topographie bien systématisée: soit postérieure ou postéro-latérale sciatique, soit antérieure crurale, soit interne obturatrice, soit latérale fémoro-cutanée. Mais dans la réalité, les choses ne sont pas aussi simples. 
Diagnostics différentiels qui ne résistent pas à une évaluation clinique attentive: radiculalgies d'origine vertébrale, fausses sciatiques, accidents tendino-musculaires, fracture de fatigue, syndrome de loge de jambe.
Diagnostic d'une endo-fibrose iliaque externe à partir d'une revue de la littérature: 
(Drs: Aroussen Laflamme de la Clinique chiropractique du Sport St-Augustin-De-Desmaures, au Québec, les marseillais G. Sarlon-Bartoli, M. Lazraq, M.A. Bartoli, G. Lagrange, J.M. Coudreuse, P. Jau, P. Belenotti, J.M. Bartoli , J.M. Viton, P.E. Magnan)
L’endofibrose de l’artère iliaque externe (EAIE) est une pathologie mal connue à la fois du grand public et même de la communauté médicale. Son identification est relativement récente et date de 1986 avec la description princeps.
Cliniquement les choses ne sont pas simples si cette pathologie n'est pas connue du pratricien, l'endofibrose frappant des sportifs confirmés, le plus souvent des coureurs cyclistes pro ou quasi, durs au mal, capables pour certains de supporter même des fractures (le niveau de concentration et d’adrénaline sont tellement élevés que le coureur cycliste est comme anesthésié), en excellente condition physique et hypermotivés.
Même un médecin chevronné aura du mal à suspecter devant des atypies cliniques déjà évoquées,  une pathologie vasculaire chez un jeune homme en parfaite santé, du fait aussi de la normalité des examens clinique et radiologique au repos. Il pensera d'abord à des pathologies musculo-squelettiques de surcharge ou à des fractures de fatigue lorsqu’un cycliste de haut niveau se présente avec des douleurs d’effort comme motif principal de consultation. 
Et pourtant chez un sportif pratiquant le cyclisme généralement depuis fort longtemps ou le cyclotourisme  régulièrement, qui ressent dans un premier temps une sensation de jambe plus faible par rapport au côté contre-latéral avec des difficultés inhabituelles lors de circuits bosselés, lors du sprint final ou  lors d’épreuves individuelles type course contre la montre devrait faire évoquer une origine vasculaire que des épreuves cliniques et des examens complémentaires à visée artérielle vont confirmer.
Deux épreuves cliniques peuvent conduire au diagnostic:
1- L'épreuve de Strandness sur ergocycle:
Pour mettre en lumière la diminution de l’apport sanguin au membre inférieur lors d’effort intense, un test tout simple peut être utilisé avec succès. Il s’agit de mesurer le rapport entre la pression artérielle à la cheville et au bras avant et 1 minutes après un effort sur un bicyclète ergométrique ou Index de pression systolique (IPS) qui est égal au quotient PMI/PMS. Au repos, l’IPS est légèrement supérieur à 1. L’IPS à l’effort devient physiologiquement inférieur à 1 (0,7-0,8). En cas d’endofibrose, il est notablement abaissé autour de 0,5 juste après l’effort douloureux, puis se normalise avec le repos. Bien que commode pour le praticien, cette méthode présente un taux élevé de faux négatifs et cette négativité ne l’élimine pas forcément. En l’absence d’un ergocycle, le clinicien peut utiliser le Test de Ruffier-Dickson. 

Épreuve de Strandness: 1 : PA humérale – 2 : PA de la cheville normale – 3 : PA de la cheville avec endofibrose.

2- L'épreuve d’effort avec course à pied sur tapis roulant  (vitesse 10 km/h) couplée à une prise de pression systolique à la cheville après l'effort++: 
La douleur est reproduite par l’exercice et l’effort peut être arrêté dès l'apparition des douleurs. Après l’effort, la pression  était imprenable au niveau tibial antérieur et postérieur pour une pression artérielle systolique humérale à 210 mmHg. 
Les examens complémentaires à visée artérielle:
1- L'écho-doppler:
C'est l'examen recommandé pour une visualisation non-invasive de la sténose endofibrotique. Mais  une échographie négative ne signifie pas l’absence du problème. Sa sensibilité serait faible à 60% environ, avec de nombreux faux négatifs. Ceci s’explique probablement par l'absence de calcification des lésions d'endofibrose contrairement à celles de l’athérosclérose. Toutefois, l’ajout de manœuvre de stress comme des flexions répétées de hanche, peut  rendre le test plus fiable.
L’écho-doppler de repos retrouve ci dessous un épaississement circonférentiel échogène minime de 1mm de la terminaison de l’artère iliaque externe droite non sténosant sans excès de longueur. Après l’effort, le flux doppler au niveau de l’épaississement montrait un pic systolique élevé (5m/s) avec une dispersion du spectre et un flux diastolique, non retrouvés du côté gauche.

Écho-doppler de repos et post-effort : l’écho-doppler de repos (A) retrouvait un épaississement circonférentiel échogène minime de 1mm de la terminaison de l’artère iliaque externe droite non sténosant (B) sans excès de longueur. Après l’effort, un aliasing couleur était visualisé en regard de l’épaississement (C) et le flux doppler montrait un pic systolique élevé (5m/s) avec une dispersion du spectre et un flux diastolique, non retrouvés du côté gauche témoignant de la sténose hémodynamique (D).


2- L'angio-scanner surtout et l’angiographie par résonance magnétique (angio-IRM) sont devenus incontournables. Mais réalisés au repos, ils peuvent être pris en défaut.

Angioscanner et artériographie des membres inférieurs : l’angioscanner (A) et l’artériographie (B) réalisés au repos et lors de manœuvres dynamiques ont visualisé un excès de longueur non sténosant de l’artère iliaque externe droite.

3- L’artériographie
Elle est sans contexte l’examen de référence pour visualiser la longueur de l’artère et le degré de sténose. Mais elle reste un examen invasif, supplanté de plus en plus par l'angio-scanner ou l'angio-IRM. Réalisée au repos, elle peut être prise en défaut elle aussi.

A: image d’une artériographie normale de l’aorte et de ses branches; versus B: une artériographie présentant une sténose complète de l’artère iliaque externe avec débordement dans l’artère fémorale commune.

4- L'endoscopie artérielle
En présence d’artériographie douteuse, un endoscopie artérielle confirmera le diagnostic et permettra de faire un bilan préopératoire complet.
Le Traitement :
L’efficacité des différentes techniques en termes de satisfaction et de retour au sport se situe entre 72% et 100%. Entre 2 et 4% des patients devront subir une réopération. 
1- L'abstention chirurgicale
La prise en charge de l’EAIE dépend largement des attentes et des motivations du sportif. Comme la douleur est présente uniquement lors d’un effort intense, un sportif amateur ou en fin de carrière peut très bien envisager de cesser ses activités intenses et ainsi éviter la chirurgie, l’arrêt de l'activité stoppant la progression de la lésion, mais cette dernière ne se résorbe pas.
2- L’angioplastie ou l’utilisation d’un «stent» (grillage tubulaire visant à maintenir l’artère dilatée)  peut constituer une solution d'attente, mais elle n’est pas à recommander chez une personne active,  le grillage rigide est un facteur d’irritation lors du mouvement de pédalage et le taux de resténose est élevé. Certains auteurs l’envisagent dans les cas de sportifs qui désirent terminer leur saison et donc de manière temporaire avant une chirurgie plus sécuritaire et efficace.
3- La chirurgie conservatrice
Face aux nouvelles données concernant la responsabilité du muscle psoas et la longueur excessive de l’artère, il est toujours possible de tenter une approche conservatrice, consistant en la modification du positionnement et le relâchement du muscle psoas et de ses adhérences. 
3- La chirurgie radicale d'exérèse
Dans le cas d’un sportif qui désire poursuivre sa carrière cycliste, diverses chirurgies peuvent être envisagées:
a- une technique consiste à réduire la longueur de l’artère en enlevant la partie sténotique et de refermer l’artère.
b- une autre technique consiste à remplacer la partie de l’artère lésée par une prothèse autologue provenant de la veine saphène par exemple. Cette dernière devrait être réservée aux cas compliqués car le taux de succès et de satisfaction est moindre.
c- les prothèses synthétiques rigides sont à proscrire, car elles présentent un haut taux de reprises.
Les complications
Elles sont diverses: dilatation, hyperplasie, évolution de la maladie et affectent environ 10% des sportifs.
En conclusion,
L'endofibrose iliaque externe est une pathologie qui touche principalement les cyclistes de haut niveau. Son diagnostic repose principalement sur le questionnaire clinique, l’épreuve de Strandness  sur ergocycle ou mieux le test d'effort sur tapis roulant avec prise de pression post effort aux membres supérieurs et inférieurs qui peuvent suffire au diagnostic mais ne l’éliminent pas lorsqu’ils sont négatifs. L'écho-dopler et l'angio-scanner semblent être les examens complémentaires les plus adéquats pour le diagnostic de certitude de l'endofibrose. Le traitement est préférentiellement chirurgical, mais il doit n'être proposé qu'aux personnes décidées à poursuivre la compétition malgré les risques potentiels associés.
Description princeps de Chevalier J.M., Enon B., Walder J., Barral X., Pillet J., Megret A., and al. Endofibrosis of the external iliac artery in bicycle racers: an unrecognized pathological state Ann Vasc Surg 1986 ; 1 : 297-303

22 commentaires:

  1. Bonjour,

    Savez-vous où passez un test de strandness sur Paris SVP ?

    Merci,
    Florent

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    1. Bonjour Florent, je pense que vous devriez pouvoir faire ce test là ou un autre sur tapis roulant, dans n'importe quel service de chirurgie vasculaire d'un CHU Parisien (la Pitié par exemple) en précisant qu'il y a suspicion clinique d'endofibrose iliaque externe et s'il y a besoin d'opérer, vous ferez d'une pierre deux coups. Dr LP

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    2. Florent où en êtes vous? ce serait intéressant de faire le point pour que tous les lecteurs de cet article en profitent. Dr LP

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  2. Bonjour, je vais me faire operer jeudi prochain de ' endofibrose iliaque externe, moi j'ai une claudication à la marche. À votre avis je pourrai reprendre le vélo de route quand même et si oui quand à peu près.?

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    1. Bonjour inconnu, commencez par lire l'avis préalable et donner au moins un prénom, puis vous pourriez en dire davantage sur vous (âge, niveau sportif, nombre de km annuels), votre symptomatologie ( ancienneté d'apparition des troubles, claudication à la marche, ça ressemble davantage à une artérite des membres inférieurs sur artériosclérose ou sur diabète, dans l'endofibrose, le cycliste n'est gêné que lorsque l'effort sur vélo est conséquent). Quel médecin a porté le diagnostic d'endofibrose et sur quels examens complémentaires: épreuves d'effort sur vélo ou tapis roulant avec mesures des pressions, artériographie, échodoppler? Le muscle psoas joue t'il un rôle dans votre cas? Quel type de chirurgie vous propose t'on: chirurgie d'exérèse de la portion sténosée

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  3. Bonjour, je suis William, et oui, j'ai en plus del'effort impossible sur le vélo au bout de 5min une claudication à la marche. Aucun autre soucis , prise de sang bonne pas de diabète coeur parfait, 33 ans , des marathons, semi marathon et pleins de course cyclistes jusqu'au niveau 1 ère caté
    J roule et m'entraîne tous les jours jusque ma douleur suite à un changement de position le 31 aout. Le chirurgien m'a dit que ce serait possible une endofibrose mais justement peut être atterite
    Est ce que j vais pouvoir reprendre le vélo un jour, d'après lui sans problème, mais bon j'ai peur quand meme

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    1. Et il n'y aura pas de stent il m'a dit vu mon jeune age

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    2. Bonjour William, bien sûr que vous pourrez reprendre le vélo, très progressivement en suivant bien les recommandations de votre chirurgien. Tenez moi au courant. Dr LP

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    3. Bonjour, ça y est ils ont fait un pontage, une chirurgie conservatrice en coupant la partie en trop de l'artère iliaque externe et en refermant l'artère à l'aide d'un patch, je ressortirai lundi de l'hôpital
      Ma question est , à votre avis je pourrai donc définitivement reprendre le vélo ??
      Merci en tout cas pour vos réponses

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    4. Bonjour William, il me semble vous avoir déjà répondu, soyez un peu patient et quand votre chirurgien vous donnera le feu vert, vous reprendrez progressivement. Vous me tiendrez informé quand vous aurez retrouvé votre niveau. Dr LP

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  4. Ok merci, vous savez c'est ma première véritable blessure et pas des moindres, et comme c'est artériel j me dis que c'est vraiment très grave mais effectivement je vous tiendrai au courant de la reprise. En ce moment le but est de pouvoir cicatriser et c'est pour cela que j'ai 3 semaines d'arrêt puis le 12/12 j'ai rendez vous avec le chirurgien pour un bilan doppler et angioscanner pour voir si ça cicatrise bien

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  5. Ne vous bilez pas à l'avance William, il n'y a pas de raison de ne pas faire confiance à votre chir vasculaire, surtout s'il a l'habitude des sportifs et s'il a fait la technique la mieux adaptée, comme écrit dans l'article. Dr LP

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  6. Bonjour. Je m'appelle David et j'ai 43 ans.
    Voici mon parcours de cycliste et mes interrogations suite à mon opération sur l'artère externe iliaque droite.
    J'ai débuté la compétition route vers l'âge de 8 ans pour finir "ma carrière" en élite nationale vers 24 ans, âge ou j'ai commencé à travailler et donc à sérieusement baisser mon activité sportive.
    Après plusieurs années d'arrêt et de reprise du vélo en mode "tranquille", je m'y suis remis sérieusement vers l'age de 38 ans, notamment avec mes 2 fils ayant chopés le virus du 2 roues à pédales....
    Fin août 2017, je ressens comme une décharge électrique dans le haut de la jambe droite lors d'une course en 3 étapes. La douleur passant en quelques km, je poursuis et termine la course relativement facilement.
    Le lendemain matin s'effectue l'étape chrono sans problème et de même pour la course avec des bosses l'après midi.
    En grande forme à ce moment de la saison, j’enchaîne les courses en tapant dedans ce qui me rappelle ma jeunesse et je y prends mon pied.
    Seulement voilà, durant cette période sympathique une douleur au bas ventre droit me gêne mais sans plus. Après 2 visites chez mon médecin traitant, ce dernier m'envoie faire une échographie en urgence pensant à un calcul rénale.
    Le verdict tombe le lendemain lors de l’échographie : dissection d'un anévrisme sur l'artère iliaque droite. Ce verdict fut confirmé quelques heures plus tard par angio-scanner au urgences.
    De là rdv avec un chirurgien vasculaire 3 jours après qui m'annonce que je suis un cas relativement rare vu mon âge. Calage également de la date d'opération le 2 novembre 2017 ( inévitable mais non hyper urgente )
    L'opération se déroule plutôt bien même si les 48 heures qui ont suivies furent très très difficiles. Durant mes 8 jours d'hospitalisation, des recherches ont été faites afin de déterminer l'origine de cet anévrisme.
    Après de nombreuses discutions, un scan des pieds à la tête et un écho Doppler, s'il s'avère que que ne suis pas "malade" car rien n'est décelé ailleurs.
    Ce n'est qu'en croisant les informations ( nombre de km/age.... ) que l'équipe chirurgicale m'annonce sa position.
    Et fait, selon eux j'ai été victime d'une endofibrose iliaque externe droite durant ma jeunesse, cette dernière s’étant par la suite transformée en anévrisme et où je suis allé jusqu'à la dissection fin août 2017.
    Tout s'est ouvert à mes yeux en lisant ce forum car j'ai toujours eu à partir de junior 2 / senior des sensations de "grosses cuisses" lors des efforts maximums mais je mettais cela sur le compte de la récupération.....
    Le diagnostic annoncé me parait donc compatible avec mes sensations de l'époque néanmoins une chose hante mon esprit au sujet de mon opération.
    En effet, je retrouve souvent sur les forums, uniquement des personnes ayant été greffées avec une veine saphène or dans mon cas une prothèse synthétique en Dacron souple à été posée.
    A ma sortie de l’hôpital, je n'ai pas eu de réponse claire sur la possibilité ou non de refaire du vélo en compétition. Un point sera fait le 18 décembre prochain lors d'un rdv post-opératoire....
    Je suis très inquiet à ce sujet. Le Dacron remplace il souvent un bout d'artère chez les sportifs ? Et surtout la reprise du vélo est elle possible ?
    Merci d'avance pour vos réponses.
    Cordialement.
    David.

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    1. Bonjour David, j'espère pour vous qu'avant d'être opéré vous avez clairement signifié au chirurgien votre intention de reprendre la compétition. Si oui, alors le chirurgien a procédé en conscience à la technique qui lui a paru la plus adaptée. Alors faîtes lui confiance, lui seul sait si c'est possible. Dr LP

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    2. Bonjour,
      Merci pour votre réactivité. Le chirurgien était bien au courant de mon 'hyperactivité' et de mon désire de refaire du vélo en compétition. C'est certainement pour cela qu'un délai relativement long a été observé entre mon rdv pré-opératoire et l'hospitalisation ( 1 mois et demi ) le temps de la réflexion ?
      Je vais donc patienter jusqu'au 18 décembre en préparant bien mes questions relatives à la reprise du vélo.
      Bien cordialement et merci à vous.
      David.

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    3. Bonjour
      Bon voilà je suis sous kardegic à vie et pour le sport oui mais plus comme avant étant donné que c'est ça qui a été déclencheur de cette pathologie avec thrombose
      Je suis triste mais je vais continuer mon sport après ma convalescence. Vous me conseillez d'y aller doucement docteur, eux m'ont dit oui mais vous?
      Merci pour vos réponses depuis le début

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    4. Bonjour William, pour le Kardégic, c'est pas un problème, il faudra sans doute surveiller aussi régulièrement votre artère opérée. Pour le reste, je pense comme votre chir que vous pourrez reprendre le vélo progressivement en moulinant. A la fin du printemps prochain, vous y verrez un peu plus clair. Tenez moi au courant. Dr LP

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  7. Oui, j'ai rendez vous dans 1 mois après angioscanner puis si la cicatrisation est parfaitement fini je pourrai reprendre avec la moulinette

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  9. J'ai un patch biologique prothétique à l'artère fémorale d'après le compte rendu post opératoire, donc malgré ce patch prothétique biologique, comment je pourrai reprendre le vélo docteur?

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    1. Ne vous bilez pas à l'avance, vous verrez bien William le 18 décembre ce que va dire le chir , mais si vous lui avez clairement indiqué que vous vouliez reprendre les compétitions, il a du faire pour le mieux. Dr LP

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    2. Ouic'edt ce que je lui ai dit au rendez-vous
      Demain,je passe le 1er angio scanner de contrôle je vous tiendrai informé
      Merci beaucoup docteur

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