Introduction
Lecteurs, vous avez la possibilité d'échanger avec l'auteur, praticien hospitalier expérimenté, spécialiste en médecine physique et réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie et Pr de sport et musculation DE. Dr Louis Pallure.

Préalables à lire par tous ceux qui désirent échanger avec l'auteur +++:

- il faut pour que l'auteur réponde aux questions qui lui sont posées, qu'il y ait, et c'est la moindre des choses au moins un prénom, que la question soit posée au bon endroit, c'est à dire sur l'article du blog correspondant à la question posée (sans ces deux préalables, l'auteur ne répondra à aucune question +++++).

- la réponse de l'auteur sera d'autant plus pertinente que la demande d'information où la où les questions posées par les visiteurs du blog soient le plus possible concises et formulées clairement et qu'elles contiennent des renseignements cliniques, on ne soigne pas des images mais une symptomatologie clinique +++.

- souvent les questions posées par les visiteurs sont redondantes, alors qu'elles sont le plus souvent clairement développées dans le texte de l'article où dans les commentaires qui font suite aux articles; l'auteur recommande avant de poser une question, de lire attentivement l'article et les différents commentaires qui le suivent ++.

- ce blog mis gratuitement à la disposition de tous et sans recours à la publicité a été conçu essentiellement pour informer, éduquer les lecteurs ++, avec possibilité d'échanger avec l'auteur sur une pathologie ou un problème d’entraînement et ce uniquement par l'intermédiaire du blog et non par l'intermédiaire des réseaux sociaux (facebook, messenger ou linkedin) ou par téléphone ou boite mail +++.

- enfin ce blog d'information ne saurait être un lieu d'expression d’une quelconque insatisfaction où agressivité envers quiconque où d'échanges d'avis entre lecteurs sur leurs pathologies respectives.

Merci à tous les visiteurs de respecter ces principes et de ne pas se cacher derrière un anonymat, potentiellement source de dérives +++.

Avis à lire par tous les lecteurs:

Les premiers articles du blog "Un médecin du sport vous informe" datent de 2013, mais la plupart des articles sont mis à jour pour pouvoir coller aux progrè médicaux. Ce blog inter-actif répond à la demande de nombreux confrères, kinésithérapeutes, étudiants en médecine et en STAPS, patients et sportifs. Il est le reflet de connaissances acquises tout le long de ma vie professionnelle, auprès d'enseignants remarquables, connaissances sans cesse actualisées que je me suis efforcé de rendre accessibles au plus grand nombre par le biais d’images trouvées sur le Net, images qui sont devenues par la force des choses, la propriété intellectuelle de tous; si cela dérange, ces images seront retirées.

Certains articles peuvent apparaître un peu plus polémiques que d'autres et indisposer, mais il n'est pas question pour l'auteur de tergiverser ou de se taire, quand il s'agit de problèmes d'éthique, en particulier en matière de dopage et quand la santé des sportifs est en jeu, compte tenu du nombre élevé de blessures liées au surentraînement et à une pratique imbécile d'une certaine musculation, qui n'est plus au service de la vitesse et de la force explosive, les deux qualités physiques reines, qui ne respecte pas les règles de la physiologie musculaire et qui, au lieu d'optimiser la performance, fait ressembler certains sportifs body-buildés à l'extrême, davantage à des bêtes de foire gavées aux anabolisants, qu’à des athlètes de haut niveau.

Ce blog majoritairement consacré à la traumatologie sportive, est dédié à mes maîtres les Prs Jacques Rodineau, Gérard Saillant et à tous les enseignants du DU de traumatologie du sport de Paris VI Pitié Salpétrière et en particulier aux docteurs Jean Baptiste Courroy, Mireille Peyre et Sylvie Besch. L'évaluation clinique y tient une grande place: "la clinique, rien que la clinique, mais toute la clinique" et s'il y a une chose à retenir de leur enseignement, c'est que dans l'établissement d'un diagnostic, l'examen clinique, qui vient à la suite d'un bon interrogatoire, reste l'élément incontournable de la démarche médicale. Toutefois dans le sport de haut niveau et guidé par la clinique, l'imagerie moderne est incontournable : radiographie conventionnelle, système EOS en trois dimensions pour les troubles de la statique rachidienne, échographie avec un appareillage moderne et des confrères bien formés, scanner incontournable dans tous les problèmes osseux et enfin IRM 3 Tesla, le Tesla étant l'unité de mesure qui définit le champ magnétique d'un aimant; plus le chiffre de Tesla est élevé et plus le champ magnétique est puissant ("à haut champ") et plus les détails des images sont fins et la qualité optimale.

Hommage aussi au Pr Robert Maigne et à son école de médecine manuelle de l'Hôtel Dieu de Paris ou j'ai fais mes classes et actuellement dirigée par son fils, le Dr Jean Yves Maigne. Je n'oublie pas non plus le GETM (groupe d'étude des thérapeutiques manuelles) fondé par le Dr Eric de Winter et ses enseignants, tous des passionnés; j'y ai peaufiné mes techniques et enseigné la médecine manuelle-ostéopathie pendant 10 années.

A tous les sportifs qui présentent des pathologies de surcharge (sur-utilisation ou d'over-use des anglo-saxons) : tendinopathies d'épaules, coudes, genoux, chevilles, claquages musculaires des ischio-jambiers, des droits fémoraux, des adducteurs et des jumeaux internes du mollet, des périostites, des pubalgies, des ostéodystrophies de croissance chez les plus jeunes (maladie d'Osgood -Schlatter, de Sever, etc) je recommande vivement la lecture des articles spécifiques consacrés aux blessures de surcharge et aux bases médicales des blessures tendino-périostées et musculaires en Athlétisme. Une relation entre ce type de blessures et la colonne vertébrale peut être cliniquement établie à partir des points métamériques de Lesage (même si les douleurs vertébrales et l'imagerie restent longtemps négatives, ce qui ne facilite pas le diagnostic) et une prise en charge thérapeutique plus adéquate et des mesures préventives peuvent être mises en place, afin de diminuer leurs fréquences.

Dr Louis Pallure, médecin des hôpitaux, spécialiste en Médecine Physique et Réadaptation, médecin de médecine et traumatologie du sport et de médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE, médecin Athlé 66, comité départemental, ligue Occitanie et Fédération Française d’Athlétisme.

mardi 10 septembre 2019

Les Lancers en Athlétisme

Les Lancers en Athlétisme (technique, préparation physique générale et spécifique, pathologies) par Olivier Rambaud et Louis Pallure.

Pathologies des Lancers (Dr Louis Pallure)
NB : pour une meilleure compréhension du texte, nous avons enrichi l'exposé par des images prises sur le Net et par des notions d'anatomie et de biomécanique. A noter également que seront traitées dans cet exposé que les pathologies  de la colonne vertébrale, de l'épaule et du coude qui sont les plus fréquentes dans les Lancers.
Introduction
Ce n'est sans doute pas pour rien que l'Athlétisme est avec la Gymnastique, l'une des deux activités de base de l'EPS (éducation physique et sportive) et la reine des disciplines olympiques. Sa pratique, une des plus exigeantes qui soit, est une véritable école de patience et derrière une performance de niveau international il y a, partagées avec les coachs et l’encadrement technique, des milliers et des milliers d’heures d’entraînement qui sollicitent les appareils ostéo-articulaire et cardio-vasculaire des Athlètes jusqu’à leur extrêmes limites. 
S'il faut de l'audace, de la persévérance et de l'intelligence pour être performant en athlétisme, le prix à payer pour cette excellence est malheureusement la blessure, omniprésente chez un lanceur de haut niveau qui doit vivre au quotidien avec sa souffrance.
A propos de la performance physique, il n'est pas inutile de rappeler le schéma d'Astrand (l'un des plus grands spécialistes de la physiologie de l'exercice musculaire) :


LA PERFORMANCE PHYSIQUE = 
DEPENSE ENERGETIQUE 
- Processus aérobies
- Processus anaérobies 
ACTIVITE NEURO-MUSCULAIRE 
- Force 
- Technique 
FACTEURS PSYCHOLOGIQUES 
- Motivation 
- Intelligence tactique 

Schéma auquel on peut ajouter pour définir une performance sportive de haut niveau:
- les facteurs environnementaux: coachs, préparateurs physiques, médical, encadrement, installations sportives, relevant de l’intelligence collective, c'est à dire réfléchir ensemble et agir de concert, chacun à son niveau de responsabilité, dans le seul intérêt de l’Athlète.
- les blessures de surcharge qui sont des blessures en rapport exclusivement avec la préparation physique et technique (ce sont des technopathies) et la pratique de la haute compétition. Elles 
résultent le plus souvent d’une insuffisance d’échauffement, d’un dysentraînement (excès de travail en force), d’une mauvaise technique et même si la technique est correcte, le geste juste est en lui même fort traumatisant comme par exemple au javelot. 
Ces blessures de surcharge chez les Lanceurs, affectent principalement la colonne vertébrale (cou et lombes) et le bras propulseur : épaule, coude, poignet. Les points vulnérables sont les disques intervertébraux, les articulations postérieures vertébrales, les tendons, les muscles et les ligaments des articulations de l'épaule et du coude 
Ces blessures sont d'origine micro-traumatique (par sur-utilisation ou over use des Anglo-Saxons) et font partie du quotidien d'un Lanceur de haut niveau. 
Sur le plan clinique, elles sont diverses: 
- cervicalgies et lombalgies (très peu symptomatiques en début d'évolution et l'imagerie (radios, échographie, etc) restant longtemps négative, leur diagnostic et leur prise en charge sont souvent rétardés)
- tendinopathies d'épaules et déstabilisation du compartiment interne du coude
- périostites, pubalgies, tendinopathies, accidents musculaires, gonalgies, fractures de stress, dystrophies de croissance chez les plus jeunes.
Ces blessures de toutes sortes sont là pour nous rappeler qu'à Haut Niveau, des limites physiologiques de résistance sont franchies au détriment des disques intervertébraux, des articulations vertébrales postérieures de la colonne vertébrale et de l’ensemble des structures des principales articulations (ligaments, muscles, tendons, cartilage, etc.). 
Les staff médicaux (binôme médecin de terrain spécialiste des Lancers + kinésithérapeute du sport) prennent en charge très efficacement ces blessures de surcharge quand il s’agit de primo-blessures, mais déjà avec beaucoup plus de difficultés quand elles deviennent récurrentes; elles sont alors infiniment plus difficiles à stabiliser médicalement et deviennent une des principales entraves à la progression vers le très haut niveau, synonyme de carrière sportive en dents de scie ou hélas parfois carrément gâchée. 
Quelle que soit la nature de la blessure (aigüe ou chronique et récurrente) et son degré de sévérité, Il s’agira alors pour le médical de la rendre compatible avec la poursuite de l’entraînement et de la compétition, et ce sans perte du niveau sportif++. 
D’où l’impérieuse nécessité de :
- les diagnostiquer dès les premiers signes
- les traiter efficacement avant qu’elles n’évoluent défavorablement
- les prévenir, la prévention étant l’affaire de toute la filière Haut Niveau et commence pour chaque Athlète par une hygiène de vie irréprochable au niveau alimentation, hydratation et sommeil. Le recours à des compléments alimentaires n’est jamais une nécessité et toute forme de dopage doit être combattue de toutes les manières possibles : contrôles sanguins et urinaires réguliers et inopinés, passeport biologique, campagnes de prévention, etc. 

Lanceuses et Lanceurs de l'équipe de France d'Athlétisme



I/ Généralités
Les Lancers en Athlétisme (javelot, disque, poids, marteau) sont des activités explosives brèves et très intenses. Elles font appel au métabolisme anaérobie alactique
Leur pratique nécessite une masse et une puissance musculaire de l'ensemble du corps: 
- membres inférieurs pour la poussée
- abdominaux profonds et spinaux pour le maintien du bassin et de la colonne vertébrale
- épaule pour la stabilité du haut du corps et l'effet fronde
- bras pour la propulsion de l'engin. 
Une bonne coordination motrice donne un surplus d'énergie et une meilleure trajectoire. Enfin un excellent mental est indispensable pour la concentration (tout se joue en quelques secondes) et pour la gestion du stress. 
Toutefois comme l'effort de lancer est un effort particulièrement violent, de bonnes qualités aérobies sont également nécessaires afin d'améliorer la tolérance cardiaque à l'effort et de bien récupérer entre les essais.
Sur le plan technique, la finalité du geste de Lancer est de propulser le plus loin possible un engin métallique de poids et de forme variable, avec une succession de phases d’accélération et de décélération, un maximum de vitesse, de précision et d’efficacité. 
La préhension des mobiles se fait en pronation (disque, poids) ou demi-pronation (javelot). Dans ce dernier cas, la rotation interne de la main termine la phase d'impulsion et sur le plan biomécanique vont s'enchaîner de manière séquentielle, une kyrielle de muscles et d'articulations. 
Bien qu'il soit le plus naturel des Lancers, le lancer de Javelot est le plus traumatisant (40% des blessures totales, contre 15% au Marteau, 13,6 % au Disque et 9% au Lancer de Poids : source commission médicale FFA). 
Il n'est pas inutile de rappeler à propos des Lancers, que le Lancer de pierre puis de lance est une étape fondamentale dans la phylogenèse (évolution de la race humaine) et une des toutes premières activités physiques d'Homo-Athléticus qui a très vite excellé dans cet exercice, surclassant ses cousins primates par cette capacité à pouvoir lancer un projectile à plus de 150 km/h, contre à peine un peu plus de 30 Km/h pour les grands singes. Cela a permis à nos ancêtres il y a 2 millions d'années, de se nourrir et se défendre contre tout adversaire ou prédateur potentiel, à une période où la chasse s'est intensifiée. Cela lui a permis de ne pas se mettre en danger en affrontant à main nue le gibier pour se nourrir, ou plus fort que soi pour se défendre. 
Selon Neil Roach de l'université George Washington, "le lancer de projectiles a permis à nos ancêtres de tuer du gros gibier de façon efficace et sécuritaire, de manger une nourriture plus riche en calories, en viande et en graisse et ainsi de développer leurs cerveaux et leurs corps et contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd'hui". 
Le Lancer de javelot s'est ensuite tout naturellement imposé comme activité sportive lors de la création des premiers jeux olympiques. 


II/ La colonne vertébrale du Lanceur
A cause des contraintes liées au geste technique et à l'entraînement en musculation lourde afin d'acquérir l'indispensable force, la colonne vertébrale ou rachis des Lanceurs est en permanence agressée au niveau de ses disques intervertébraux, de ses articulations postérieures et de ses différents éléments ligamentaires et musculaires de soutien. Cela va se traduire en clinique par des douleurs cervicales et lombaires quasi constantes, mais aussi par des complications neurologiques quand les racines nerveuses qui s'échappent de la colonne vertébrale par les foramen, seront à leur tour lésées.


Schéma d'un segment intervertébral avec ses différents éléments : disque, articulations postérieures, ligaments de soutien, foramen

Anatomie et biomécanique
La colonne vertébrale ou rachis est une longue tige osseuse articulée et haubanée posée sur le socle pelvien et soutenant la tête, le rachis concilie 2 impératifs apparemment contradictoires :
- souplesse liée à la multiplicité des différentes vertèbres superposées et déformables grâce à l'activité posturale gamma contrôlant les muscles courts des gouttières ou muscles spinaux, généralement obliques à 45° et dont les fibres courtes riches en proprio-cepteurs se chevauchent comme des chevrons. Ces muscles courts interviennent dans les mouvements fins et précis en ajustant automatiquement leur tension pour maintenir ou rétablir un état d'équilibre sous la dépendance du système nerveux extra pyramidal.
- rigidité liée au haubanage ligamento-musculaire: les tenseurs ligamentaires ayant un rôle de frein, amortissent passivement l'amplitude des mouvements; les fascia quant à eux, ayant plutôt un rôle de soutien et d'ancrage, que d'enveloppe. 
Les tendeurs musculaires interviennent dans la stabilité active: les muscles longs ont une fonction directionnelle et les muscles intermédiaires interviennent dans le couplage des régions charnières.
Ces 2 impératifs qualitatifs à la fois de souplesse et de rigidité confèrent au rachis une résistance remarquable.
Quant à l'organisation en courbures de la colonne vertébrale, elle décuple l'amortissement des contraintes, si on la compare  à un rachis qui serait resté rectiligne.
L'ontogenèse (évolution de l'individu qui redresse sa colonne lombaire vers l'âge de 3 ans) résume la Phylogenèse (évolution de l'espèce qui inverse la courbure lombaire par l'adoption de la station debout).

Adaptation ontogénétique

Adaptation phylogénétique

La mobilité inter-segmentaire a lieu en disco-vertébral et conditionne amplitude et étendue du mouvement inter-segmentaire: 
- par glissement latéral dans le plan frontal
- par glissement ou mieux par inclinaison ou capotage vers l'avant ou l'arrière dans le plan sagittal
- par rotation source de cisaillement pathogène.
Les articulations postérieures disposées différemment suivant les étages rachidiens (45°en cervical, 60°en thoracique, 90° au niveau lombaire) servent de guide et orientent le mouvement, privilégiant la rotation en cervical haut et bas et en thoracique, l'inflexion latérale en cervical moyen, le mouvement sagittal de flexion/extension en lombaire.

Schéma d'un segment intervertébral avec son disque intervertébral, ses articulations postérieures et le foramen latéral par lequel s'échappent les différentes racines nerveuses

La pathologie cervicale
Les cervicalgies sont des douleurs des régions du cou et de la nuque; elles sont quasi constantes chez les Lanceurs, peuvent devenir gênantes et même invalidantes par certaines de leurs complications (céphalées ou maux de tête, névralgies cervico-brachiales).
Elles siègent le plus souvent au niveau des étages les plus mobiles du rachis cervical: en C4-C5, C5-C6 et C6-C7. Elles peuvent avoir un caractère aigu, c'est le fameux torticolis. Le plus souvent elles évoluent à bas bruit avec un tableau douloureux en règle modéré qui s'accompagne d'une limitation fonctionnelle en rotation homolatérale et de contractures musculaires. Leur évolution se fait par poussées de cervicalgies douloureuses aigues sur un fond chronique.
La lésion originale vertébrale cervicale est une discopathie du disque intervertébral qui peut retentir sur les éléments de voisinage: nerf spinal, artère et veine vertébrales avec troubles vasculaires, système nerveux sympathique cervical avec symptomatologie de type Barré et Liéou = ensemble de manifestations neuro-sensorielles de type ophtalmologique, audio-vestibulaire, pharyngé (autant de signes trompeurs avec en particulier des vertiges), s'accompagnant de maux de tête . 

Vue schématique du rachis cervical (ici vu de profil). Il est soumis à d'importantes contraintes dans les lancers, source de douleurs, limitations d'amplitude et pouvant se compliquer de névralgies quand les racines nerveuses qui s'échappent par les foramen de la colonne cervicale sont irritées

Radiographies de face et de profil du rachis cervical

Sur cette vue de face, on visualise bien que le rachis cervical est traversé par les deux artères vertébrales; cela rend toujours délicate toute manoeuvre manuelle (surtout les manipulations vertébrales cervicales du rachis cervical supérieur qui doivent toujours être effectuées avec circonspection, respect des recommandations médicales de la SOFMMOO (société française de médecine manuelle, orthopédie et ostéopathie) et uniquement par des praticiens chevronnés)


Topographie de la douleur en cas de névralgie d'une racine nerveuse cervicale. Cela correspond à une névralgie cervico-brachiale ou NCB, complication d'une cervicalgie avec irradiation brachiale, trajet spécifique sur un territoire cutané en rapport avec les racines nerveuses C5, C6, C7, C8, T1 et associant troubles sensitif, moteur et réflexe.

La pathologie lombaire
En dépit de sa solidité, le rachis lombaire est constamment lésé chez les lanceurs, les différents gestes techniques et l'entraînement physique lui faisant subir d'énormes contraintes en pression axiale, cisaillement en rotation et latéro-fléxion, qui débordent ses capacités physiologiques d'adaptation. 
En clinique cela va se traduire par des douleurs lombaires (lombalgies), de la raideur et des complications neurologiques quand les racines nerveuses sont irritées par une hernie discale par exemple.

Colonne lombaire normale de face, de profil et vue de dos, avec ses 5 vertèbres et ses rapports avec les racines nerveuses qui s'échappent de la moelle épinière contenue dans le canal vertébral, à travers le foramen.


Les lombalgies d'origine discale
Elles représentent la majorité des lombalgies. La difficulté du diagnostic et de la prise en charge va résider dans la diversité des situations cliniques, la lombalgie différant d'un sujet à l'autre, qu'il s'agisse de sa topographie, de son intensité, de l'horaire, de son mode de survenue, des données de l'examen et des radiographies. 
Si l'on passe en revue les différents composants du disque intervertébral et ses défaillances propres, on aboutit à une combinaison de différentes lésions élémentaires qui vont se traduire cliniquement de manière différente. 



Vertèbre lombaire


Vue en coupe d'un disque intervertébral, amortisseur des contraintes axiales avec une partie centrale le nucléus et une partie périphérique l'annulus




Disque normal en haut et hernie discale en bas



Les différentes lésions anatomiques discales: du bulgus (bombement) à la HD exclue

Les lombalgies d'origine articulaire postérieure (syndrome facettaire)
Elles correspondent à des points douloureux exquis  para lombaires, en position debout, se majorant en extension. 

Elles relèvent habituellement d'un traitement classique (repos relatif, antalgiques, AINS, manipulations vertébrales et gymnastique médicale en cyphose). 
En cas de résistance à ces traitements simples, le recours à des infiltrations scanno-guidées de dérivés cortisonés des facettes articulaires postérieures est parfois nécessaire. En cas d'échec de ces différents traitements, on peut être amené parfois à proposer dans des services d'imagerie médicale spécialisés, une thermo-coagulation des facettes articulaires que l'on fera suivre par un programme de gainage en cyphose lombaire et du ré-entraînement à l'effort, au mieux dans une Ecole du dos (restauration fonctionnelle du rachis). 
Les lombalgies sur spondylolisthésis
Dans un certain nombre de cas et spécialement chez les jeunes lanceurs, les lombalgies peuvent avoir pour origine un spondylolisthésis qui correspond à un glissement de gravité croissante (grade 1 à 4) d’une vertèbre lombaire (très souvent L5) vers l’avant et vers le bas par rapport à la vertèbre située juste en dessous (S1), entraînant avec elle tout le reste de la colonne vertébrale. 
Chez les lanceurs le spondylolisthésis est en rapport avec une lyse isthmique et peut rester longtemps bien toléré. Il est alors découvert souvent par hasard grâce à un bilan radiographique du rachis lombaire (bilan radiographique qui devrait être systématique chez tout lanceur). Cette lyse correspond à une fracture de fatigue de l'isthme en rapport avec la répétition des contraintes en cisaillement. Conséquence de cette lyse isthmique avec listhésis, le disque entre les 2 vertèbres qui glissent, s’écrase et diminue de hauteur et on parlera alors de discopathie secondaire associée L5/S1

Spondylolisthésis par lyse isthmique et glissement de la vertèbre L5 vers l'avant et vers le bas avec discopathie secondaire L5-S1. 

Les lombo-sciatiques 
Elles correspondent à un conflit le plus souvent chimique par des éléments inflammatoires en provenance du disque intervertébral qui va irriter une racine nerveuse lombaire. Dans ce cas, un traitement simple par antalgiques et AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), manipulations vertébrales lombaires, kinésithérapie, sera suffisant pour faire disparaître durablement la névralgie. 
Dans un certain nombre de cas le conflit est mécanique par Hernie Discale (HD); il  correspond à un conflit entre le disque intervertébral et la racine nerveuse de voisinage : L5 ou S1
Le traitement médical (médicamenteux, infiltrations, kinésithérapie) sera habituellement suffisant. Dans un tout petit nombre de cas, les lombo sciatiques peuvent évoluer défavorablement (résistance au traitement médical bien conduit, formes hyperalgiques, paralysantes, par atteinte de la queue de cheval) et il va falloir opérer en urgence les 3 dernières formes cliniques.

HD de profil avec conflit mécanique disco-radiculaire

HD de face latérale avec conflit mécanique disco-radiculaire (une partie du matériel nucléaire s'immisce dans une fissure de l'annulus et va faire hernie dans le canal lombaire et irriter la racine nerveuse; la traduction clinique suivant le niveau lésionnel sera une combo-cruralgie (étage L3-L4) ou une lombosciatique (étage L4-L5 ou L5-S1)


Le mécanisme lésionnel d'une hernie discale est un mécanisme en flexion du tronc (schéma du haut) associé à une torsion, mouvements que l'on retrouve dans la technique des différents lancers et dans la préparation physique. 

En antéflexion du tronc (schéma du haut) on peut visualiser que la partie antérieure du disque s'aplatit, ce qui entraîne une hyperpression dans le nucléus (qui n'est pas figuré dans le schéma) dont la partie postérieure du nucléus peut filer vers l'arrière, si l'anneau discal est fissuré. 
Au contraire, en extension du tronc, la pression s'exerce sur la partie postérieure du disque et s'oppose en principe à ce que le nucléus file vers l'arrière. 
A noter que l'extension du tronc rétrécit le diamètre du foramen inter-vertébral (par lequel s'échappera la racine nerveuse), tandis qu'en ante-flexion du tronc, le diamètre du foramen s'élargit.

Trajet de la douleur Sciatique L5 (postéro-externe) à gauche et S1 (postérieure) à droite

Prévention
La meilleure des prévention des lombalgies et des lombosciatiques sera d'avoir des muscles spinaux forts et un caisson abdominal tonique (gainage+++).

Muscles spinaux
Caisson abdominal profond (muscle transverse de l'abdomen) principal amortisseur des contraintes avec les muscles spinaux 

III/ L'épaule du Lanceur 
Anatomie et biomécanique
L'aptitude à lancer loin, nous l'avons évoqué plus haut, est d'origine phylogénétique, progressivement acquise au cours du développement de notre espèce humaine et rendue possible grâce à l'extraordinaire souplesse des structures gléno-humérales de l'épaule qui a cette qualité biomécanique naturelle de pouvoir étirer son plan antérieur :
- capsule lâche et parsemée de solutions de continuité (propice aux luxations antérieures)
- ligament stabilisateur gléno-huméral inférieur 
- hauban antérieur du tendon du long Biceps.
Le revers de la médaille de cette souplesse antérieure d'épaule et de son extrême mobilité est une instabilité antéro - inférieure permanente, avec potentiel de sub-luxations, voire de luxations antérieures pour les plus laxes et base de toutes les pathologies de surcharge des Lanceurs. 


Sur le plan osseux : l'épaule est composée de 3 os :


- la tête humérale avec ses 2 tubérosités, trochiter et trochin, d'insertion pour les tendons des muscles de la coiffe des rotateurs et sa gouttière bicipitale pour le tendon du Long Biceps.
- l'omoplate avec sa glène, son acromion et son apophysaire coracoïde


- la clavicule dont l'extrémités externe est articulée avec l'acromion de l'omoplate (articulation acromio-claviculaire) et l'interne avec le sternum et la 1ère côte (articulation sterno-costo-claviculaire).


Sur le plan musculaire
La chape musculaire des muscles de la coiffe des rotateurs (muscles supra et infra-épineux, sous scapulaire, tendon du long biceps) s'oppose à la force ascensionnelle du puissant muscle deltoïde, stabilise la tête humérale en la maintenant en permanence, lorsque ses tendons sont sains, en face de la glène de l'omoplate, stabilisée elle-même par l'action conjuguée des muscles grand dentelé (stabilisateur), rhomboïdes et trapèzes moyen et inférieur (fixateurs). 


Les autres muscles de l'épaule:
- antérieurs : grand et petit pectoral; sous scapulaire; court et long biceps; coraco-biceps, deltoïde et sa force ascensionnelle qui en cas de défaillance des muscles de la coiffe va leur prendre le dessus et attirer vers le haut leurs tendons qui vont venir butter et s'abimer contre les structures dures ligamentaires et osseuses du plafond de l'épaule (ligament acromio-coracoïdien, bec osseux acromial, face inférieure de l'articulation acromio-claviculaire).


muscles antérieurs de l'épaule

- postérieurs très puissants : trapèze; deltoïde postérieur; supra et infra épineux; petit et grand rond; rhomboïdes; angulaire (levator scapulae); triceps brachial.


muscles postérieurs de l'épaule

Un autre secret de l'efficacité de l'épaule dans les lancers 
Il résulte de ce paradoxe qui est de permettre des degrés extrêmes de rotation externe d'épaule, grâce à une laxité capsulaire naturelle ou progressivement acquise, tout en maintenant un équilibre et un centrage dynamique de la tête humérale. La gageure de la part d'un complexe articulaire très peu congruent au niveau de sa composante scapulo-humérale (gléno-humérale) étant de maintenir équilibre et stabilité tout au long d'un arc de mobilité de 180°. 
Efficacité du complexe de l'épaule rendue possible grâce à la synchronisation parfaite et indispensable de ses deux composantes scapulo-humérale et scapulo-thoracique:


- la scapulo-humérale (SH) comprend l'articulation gléno-humérale et sa bourse de glissement sous deltoïdienne. Son rôle par l'intermédiaire des muscles de la coiffe des rotateurs et du tendon du long biceps est celui d'un ligament actif qui en maintenant un centrage dynamique permanent de la tête humérale contre la glêne de l'omoplate et ce dans les 3 plans de l’espace (F. Bonnel), assure à la fois, force propulsive et protection des structures passives.
- la scapulo thoracique (ST) comprend les deux articulations acromio-claviculaire et sterno -costo-claviculaire, et la bourse de glissement omo-thoracique dont l'importance fonctionnelle est majeure en autorisant lors du mouvement d'élévation du bras, le mouvement de sonnette (bascule) de l'omoplate de 60° qui doit être maintenu libre en toutes occasions pour ne pas être faussé, toute altération de positionnement et de mobilité de l'omoplate 
(dyskinésie) étant source de perte de flexibilité, de fatigue et de déséquilibre musculaire avec des conséquences délétères sur la qualité du geste technique des Lancers.


Cette synchronisation entre les deux composantes fonctionnelles de l'épaule qui permet la stabilisation de la glêne dans les 3 plans de l'espace et le positionnement correct de l'omoplate lors de son mouvement de bascule, vont permettre lors du mouvement de lancer, un transfert harmonieux des forces en provenance du tronc vers le membre supérieur.
Avec la coiffe des rotateurs surtout et le tendon du long biceps, la Scapulo Thoracique apparaît comme un élément essentiel de la chaîne cinétique et une véritable plateforme d’insertion des muscles  qui contrôlent la mobilité et l’équilibre gléno-huméral. 

Ainsi profilée pour produire un maximum de puissance, l'épaule se comporte biomécaniquement comme une fronde qui emmagasine de l'énergie et la stocke au niveau de ses tendons et ligaments au moment de l'armé. Cela lui permet d’accélérer le bras vers l’avant et ainsi de générer un mouvement coordonné et précis, ultra-rapide et efficient afin de catapulter l’engin selon une trajectoire idoine et le plus loin possible.
A noter que l'activation de la chaine cinétique débute au niveau du sol, se propage aux membres inférieurs et au tronc où la force est générée; vitesse et force sont ensuite “canalisées” au niveau de l’épaule pour être délivrées au membre supérieur par la fronde scapulaire, avec forte implication du coude jusqu'à la main, pour éjection par la main directrice pour le javelot, disque et poids ou les deux mains pour le marteau.

La chaine cinétique dans les Lancers s'active à partir du sol

Les pathologies de l'épaule du Lanceur
Lorsqu'on examine l'épaule dominante des Lanceurs, elle présente des modifications dîtes « adaptatives » :
- hypertrophie musculaire généralisée
- hypotrophie des muscles rotateurs externes (infra épineux et petit rond)
- hyperlaxité naturelle ou acquise de sa partie antérieure et inférieure, rétractée dans sa partie postérieure, avec un excès de rotation externe de plus de 9° et un déficit de rotation interne de 15° en moyenne (Philippe Valenti).
- augmentation de la translation antérieure de la tête humérale en abduction/rotation externe
- modifications osseuses avec accentuation de la retroversion de la tête humérale et de la glène de l'omoplate.
Les muscles rotateurs internes et externes de l’épaule sont un élément influençant la performance dans les sports de lancer et les adaptations musculaires induites par la répétition de ce geste du lancer et la recherche de performances sont considérés comme des facteurs de risque de blessure de l’épaule par déséquilibre musculaire.
Testés sur machine isocinétique, la force musculaire des muscles rotateurs internes et externes est considérée comme un moyen technique d'exploration très pertinent. 

La pratique d'un sport d’armé-lancé augmente la force des rotateurs internes du côté dominant sans trop induire de déséquilibre musculaire pouvant être incriminé comme facteur de risque prédisposant à une pathologie d’épaule. Toutefois à une échelle individuelle, tout déséquilibre musculaire doit être pris en considération, dépisté en isocinétisme, pris en compte lors de la préparation physique et au besoin rééduqué.
Exemples  de lésions de l'épaule:
1- L'instabilité gléno-humérale antérieure = lésion du labrum et du ligament gléno-huméral inférieur = lésion primaire chez les lanceurs. En cas d'indication opératoire, c'est cette instabilité antérieure que le chirurgien doit corriger avant tout.
2- Les conflits = lésions de frottement d'une partie molle, en l'occurence pour l'épaule les tendons de la coiffe et le labrum pris en tenaille entre deux surfaces dures fibreuses ou osseuses.
le conflit postéro-supérieur : 
C'est le plus fréquent des conflits d'épaule chez les lanceurs de javelot et mérite d'être un tant soit peu explicité. Il correspond à un affrontement entre la face profonde du muscle supra-épineux, la glène de l'omoplate et le labrum en position d'armé du bras. 
Comme la problématique au niveau de l'épaule est une équation impossible à résoudre d'une asymétrie de la force musculaire en faveur des muscles rotateurs internes, cela induit un important déséquilibre que les muscles rotateurs externes et le tendon du long biceps ne parviennent pas à résoudre, laissant ainsi les tubérosités de la tête humérale (grande et petite) venir se fracasser sur des formations ostéo-ligamentaires antéro-supérieures et ou antéro-internes et crée des lésions d'impaction sur les tendons de la coiffe des rotateurs et leurs bourses qui peuvent aller jusqu'à la rupture tendineuse chez les lanceurs de javelot, poids et disque et des lésions d'étirement (par distraction) chez les lanceurs de marteau. 
Cette gestuelle répétitive des lancers entraîne un développement excessif des rotateurs internes d'épaule. C'est un phénomène à la fois adaptatif et indispensable à l'exécution du bon geste technique, mais qui va s'avérer profondément délétère dès la première primo-blessure qu'il va falloir s'efforcer de prévenir par des examens isocinétiques répétés des rotateurs d'épaule et une évaluation clinique régulière du complexe articulaire scapulo-huméral et scapulo-thoracique et celui du rachis cervical en particulier des étages C3/C4 et C4/C5 dont les nerfs rachidiens qui s'en échappent, assurent la commande sensitivo-motrice de l'épaule. Cliniquement on ne manquera pas non plus de tester la force des muscles supra et infra-épineux, innervés par le nerf supra-épineux et celle du muscle dentelé de l'omoplate, innervé par le nerf long thoracique de Charles Bell.


Diagnostic clinique: 
Accentuation des douleurs au testing en position d'armé du bras debout et poussée vers l'avant par l'examinateur de la tête humérale (TH); disparition de ces douleurs en position couchée par poussée inverse vers l'arrière de la tête humérale  = relocation test de Jobe.



Douleurs à l'armé du bras


Relocation test de Jobe (B) fait disparaître les douleurs

Diagnostic paraclinique
Radiographies de face et de profil de Bernageau qui cherchent à mettre en évidence des lésions d'usure (inconstantes) du rebord postérieur de la glène.
Echographie des tendons de la coiffe à la recherche de lésions de tendinopathie du supra -épineux.
Arthro-scanner à la recherche de lésions du labrum et parfois du cartilage ou de l'os.
Place de l'arthroscopie
En cas de négativité des examens para-cliniques, le recours à une arthroscopie exploratrice est recommandée par la plupart des spécialistes de l'épaule, afin de mettre en évidence les lésions intra-articulaires (face profonde du supra-épineux, du labrum, de la capsule antérieure et des ligaments gléno-huméraux).
Prise en charge
Elle est médicale si les lésions sont peu évoluées: arrêt temporaire des activités sportives pendant quelques mois, modification de la gestuelle sportive (raccourcissement du geste?), kinésithérapie, une ou deux infiltrations intra articulaires de corticoïdes sous contrôle radiographique.
Chirurgicale sous arthroscopie quand il s'agira de diagnostiquer et traiter des lésions intra articulaires (bourrelet, coiffe, ligaments) sans agresser les parties molles, par de minimes incisions (moins de 1 cm par incision).
La rééducation commence à la fin de la 6° semaine et la reprise du sport entre trois et six mois post opératoire.
Résultats de la chirurgie
La chirurgie à un bon résultat sur la douleur (environ 90% de bons résultats).
Rappelons que dès 1985, débridement chirurgical et régularisation des lésions de la face profonde du sus-épineux, avait été proposé par ANDREWS. Dans sa série, 76% avait pu reprendre leur sport au même niveau, 9% à un niveau inférieur et 15% avaient été incapables de reprendre quelque sport que ce soit.
L Favard, Ch Lévigne, G Walch sur 36 athlètes opérés avec un suivi compris entre 19 et 123 mois (suivi moyen de 47 mois) ont noté:
- reprise à bon niveau: 18/26 (69%)
- reprise à un niveau inférieur: 6/26 (23%)
- déçus : 2/26 = 8%
le conflit sous acromial antéro-supérieur = conflit entre le trochiter (grosse tubérosité) situé sur la face externe de la tête humérale) et l'insertion du tendon supra - épineux qui va lors de l'élévation antérieure du bras, venir se frotter soit contre le bec acromial, soit contre le ligament acromio-coracoïdien très acéré ou contre la face inférieure de l'articulation acromio-claviculaire quand elle présente des signes de dégénérescence. 
Cet affrontement de parties molles contre des formations dures fibreuses ou osseuses va entraîner des lésions de sévérité variable: bursite de la bourse séreuse sous acromiale, tendino-bursite, tendinopathies simples, rupture partielle ou totale d'un ou de plusieurs tendons (généralement le supra - épineux, muscle starter de l'abduction).

conflit antéro-supérieur

- le conflit antéro-interne entre trochin ou petite tubérosité de la tête humérale sur laquelle s'insère le tendon du muscle sous (sub) - scapulaire qui va se trouver coincé en fin de geste en adduction horizontale chez les lanceurs de disque, de marteau et de poids, contre l'apophyse coracoïde de l'omoplate avec possibilité également de coincement du tendon du long biceps anatomiquement très proche.

conflit antéro-interne

3- L'arthropathie acromio-claviculaire des Lanceurs
C'est une lésion de surcharge de l'articulation acromio-claviculaire (A/C) de l'épaule. On la rencontre assez souvent dans les Lancers à cause des efforts répétés de musculation du train supérieur lors des entraînements (séries de développé- couché, développé-nuque, épaulé-jeté, etc.). 
Elle se présente cliniquement sous la forme d'une trapézalgie (douleur se projetant sur le trapèze supérieur) que des tests cliniques et des radiographies ciblées de l'A/C ont tôt fait de diagnostiquer : les signes radiologiques sont exclusivement concentrés du côté claviculaire, avec de la condensation, des géodes, l'absence d'ostéophytes et d'ascension de la clavicule et un signe radiologique majeur : la conservation de l'interligne A/C sans pincement articulaire (le contraire de l'arthrose A/C qui est le principal diagnostic différentiel, mais qui affecte les sportifs plus âgés et peut succéder à l'arthropathie).  
Le traitement d'une arthropathie A/C est médical la plupart du temps et quelquefois chirurgical si la pathologie évolue défavorablement (le lanceur ne suivant pas les recommandations médicales de suspendre pendant quelques mois le renforcement musculaire du train supérieur) et si la prise en charge médicale s'avère insuffisante à stabiliser les douleurs. Il s'agira alors de raboter chirurgicalement le centimètre externe de la clavicule.


Autre diagnostic différentiel avec l'arthropathie A/C: l'ostéolyse du quart externe de la clavicule qui affecte aussi les lanceurs. Elle est générée par des micro-traumatismes répétés engendrés par le port de charges lourdes. 

Préventivement
L'épaule doit faire l'objet d'une évaluation isocinétique régulière de la force des rotateurs d'épaule et bénéficier d'un travail spécifique de renforcement excentrique des rotateurs externes, d'un étirement des rotateurs internes raccourcis. 

III/ Le coude du Lanceur
Anatomie et biomécanique
C'est l'articulation intermédiaire du membre supérieur, une des plus contrainte du squelette en raison de la forte congruence entre trochlée humérale et crochet sigmoïdien du cubitus (ulna). Physiologiquement il rapproche ou éloigne la main de l'axe du corps par sa fonction de flexion/extension et complète l'action de l'épaule dans l'orientation de la main dans les 3 plans de l’espace. 
Par sa fonction de prono/supination (apparue tardivement sur le plan phylogénétique, au moment ou les amphibiens ont quittés le milieu marin pour gagner la terre ferme) le coude introduit un 3ème degré de liberté au poignet, indispensable au contrôle d'attitude de la main qui peut ainsi saisir un objet de façon optimale, mais nécessite l’intégrité des deux articulations radio-cubitales supérieure et inférieure. 
Le coude est très sollicité dans les sports de lancer dont la gestuelle peut être perturbée par des lésions micro-traumatiques de sur-utilisation de son compartiment interne par distraction (étirement), de son compartiment externe par impaction (compression) et du compartiment postérieur.
Il dirige et positionne la main dans l'espace avec l'aide de ses deux articulations adjacentes, l'épaule et le poignet et obéit à 2 impératifs apparemment contradictoires:
- mobilité avec sa capacité à s'allonger et se raccourcir dans les actions de préhension et de force 
- stabilité de manière à transmettre les pressions.
Il a un rôle essentiel dans l’alimentation, la toilette corporelle, le travail manuel, la gestuelle sportive. On prône avec l’épaule, on supine avec l’avant / bras et le ratio de force muscles pronateurs / supinateurs est inférieur à 1 (les pronateurs sont moins forts). 
Par son positionnement intermédiaire dans la gestuelle des Lancers, le coude va augmenter ou diminuer le rendement du geste et les contraintes vont être maximales pendant la phase d’accélération et la fin du geste (avec risque accru de blessures): 
- en phase d’accélération: il va se produire une augmentation importante des contraintes en extension et en valgus entraînant une hypersollicitation des structures stabilisatrices internes (médiales) et postérieures du coude. 
- en fin du geste: il existe une forte décélération au niveau du coude qui sera contrôlée par le tonus musculaire. 
En cas d’incompétence musculaire, la vitesse du coude n’est plus limitée que par les structures ligamentaires médiales et notamment le faisceau antérieur du LCU (ligament collatéral ulnaire = ligament interne du coude). Quand les forces dynamiques au moment du lancer vont dépasser la force de résistance du LCU, cela va entraîner des micro-lésions ligamentaires qui affecteront la dynamique du lancer et si les lancers se poursuivent et se répètent, cela va finir par affaiblir d'abord puis rompre le LCU. 
Les mouvements répétés en valgus qui étirent le plan ligamento-musculaire médial vont entraîner non seulement une tension excessive sur l’ensemble des structures de ce compartiment interne du coude, mais également un syndrome de conflit au niveau du compartiment postérieur du coude et une compression au niveau des structures latérales. 
Au lancer de poids par exemple, dans la phase préparatoire d’élan, le coude est en position de flexion maximale avec l'engin placé au contact de la région cervicale. Dans la phase du lancer proprement dit, le coude doit passer de la position de flexion à celle d’extension. Pour obtenir le meilleur rendement, la vitesse de déplacement angulaire du coude doit être la plus rapide possible avec un angle de 45°.
Sur le plan osseux : 
Le coude = 3 os (humérus, ulna, radius), 3 articulations (huméro-cubitale, huméro-radiale et radio-ulnaire supérieure), 1 seule synoviale et une seule cavité articulaire.
L’extrémité supérieure de l'ulna (cubitus) a une forme particulière en crochet pour pouvoir s'articuler en haut avec la trochlée de l’humérus et latéralement avec la tête radiale. Le processus osseux qui remonte derrière la palette humérale est l’olécrâne.
En avant et plus bas, en dessous de la zone des surfaces articulaires, la petite saillie osseuse qui «verrouille» l’articulation huméro-ulnaire (P) est l’apophyse ou processus coronoïde.


Sur le plan ligamentaire :
Le ligament collatéral ulnaire (LCU) est l'élément primordial de la stabilité statique du coude en valgus. Il est composé de 3 faisceaux tendus de l’épicondyle médial à l’extrémité proximale de l’ulna (os cubital). Son faisceau antérieur est le plus volumineux et le plus résistant et assure près de 78 % de la stabilité antéro-postérieure. A 90 degrés de flexion, même en l’absence de la moitié de l’olécrâne, le coude reste stable si le LCU est intact. S’il est rompu, l’instabilité antéro-postérieure sera majeure.


Sur le plan musculaire : 
La musculature péri-articulaire du coude comprend :
- 3 muscles fléchisseurs (biceps brachial, brachial antérieur, long supinateur le mal nommé parce qu'il n'est pas du tout supinateur, mais un puissant muscle fléchisseur du coude lorsque l'avant bras est en position intermédiaire)
- 2 muscles extenseurs (long triceps et anconé),
- 1 muscle supinateur (court supinateur) et 1 muscle pronateur (rond pronateur).
Les fléchisseurs du coude (biceps brachial et brachial antérieur) et les extenseurs (triceps brachial) assurent la coaptation du coude et augmentent la congruence de l’articulation huméro-ulnaire.
Le groupe des fléchisseurs-pronateurs participe à la stabilisation en valgus du coude (grand et petit palmaire, cubital antérieur); le rond pronateur est aussi fléchisseur accessoire et son maximum d'efficacité est à 90°. 
Les deux muscles palmaires et le muscle cubital antérieur entrent en jeu dans la flexion contre forte résistance. Ils protègent par ailleurs le versant interne de l'articulation du coude, en s'opposant à toute force qui accentuerait le valgus. Cette action est responsable pour une grande part des épitrochléites (épicondylites médiales) des Lanceurs.



Le nerf ulnaire : 
Il va de l'aisselle jusqu'à la main interne et va se trouver contraint dans la gouttière épitrochléenne. Il abandonne dans sa partie terminale au niveau de la main interne, un rameau nerveux pour le muscle adducteur du pouce et un autre pour le faisceau profond du muscle court fléchisseur du pouce. Dans son trajet, il innerve 1 seul muscle épicondylien: le muscle cubital antérieur et 3 muscles de l'éminence hypothénar du bord interne de la main : l'opposant, le court fléchisseur et l'abducteur du 5ème doigt. Il innerve également au niveau de la main : les muscles inter-osseux dorsaux et palmaires (qui écartent et rapprochent les doigts de la main) et les 3ème et 4ème petits muscles Lombricaux qui ont une action d'extension des doigts.
Ce nerf ulnaire chez les Lanceurs va se trouver contraint par la flexion du coude qui diminue fortement le calibre de la gouttière épitrochléo-olécranienne dans lequel il chemine, ce qui va se traduire en clinique par des signes neurologiques (fourmillements) sur le versant ulnaire (interne) de l'avant bras et de la main (2 doigts internes).



Médicalement
Lorsqu'on examine un coude, il est à la fois souple et fort sur son versant interne épitrochléen (épicondylien médial) et présente un valgus physiologique et des fois un petit récurvatum.
Sur le plan lésionnel 
Les lésions se caractérisent par des atteintes du compartiments interne du bras dominant par mécanisme lésionnel en étirement (d'abord fatigue des muscles pronateurs, puis tendinopathies de ces mêmes muscles, ensuite lésion du ligament collatéral ulnaire (LCU) et enfin souffrance du nerf ulnaire). Plus tardive et par mécanisme lésionnel en compression, les lésions vont affecter le cartilage du compartiment externe ou postérieur du coude (arthropathie latérale ou postérieure olécranienne).

Mécanisme lésionnel des lésions du coude en distraction (étirements répétés) sur le compartiment interne et en impaction (compression) sur le compartiment externe et postérieur.

Préventivement
Extrêmement sollicité sur le plan mécanique, le coude est une articulation complexe et finalement fragile et la prévention des blessures du coude passera par une bonne technique, un entraînement et un renforcement musculaire spécifique des muscles anti-valgus (grands et petits palmaires et cubital antérieur), une reprise progressive en début de saison, un échauffement bien conduit; toutes ces mesures étant susceptibles de réduire considérablement le risque de déstabilisation du compartiment interne, d'hyperpression du compartiment externe et postérieur, mais pas nécessairement comme au javelot par exemple, où le geste technique même parfaitement exécuté est contraignant en lui même.

IV- Conclusion
Le geste du lancer en Athlétisme comprend une série de phases qui sollicitent jusqu’aux limites de la tolérance physiologique, la colonne vertébrale (rachis cervical et lombo-sacré surtout) et les différentes structures statiques et dynamiques assurant le centrage de la tête humérale face à la glène de l'omoplate en ce qui concerne l'épaule et pour le coude, principalement les structures ligamento-musculaires anti-valgus.
La compréhension de la biomécanique et des différentes forces intervenant pour assurer stabilité et équilibre sont indispensables pour le traitement et la prévention.
Un bilan clinique et paraclinique complet par un médecin spécialiste des Lancers est fondamental; dans les problèmes d'épaule et de coude, ce bilan peut aller jusqu’à un examen sous anesthésie générale (A.G.) par un chirurgien orthopédique spécialiste du membre supérieur, suivi d'une arthroscopie qui permettront généralement de mettre en évidence la lésion causale et de la traiter si besoin dans le 2ème temps opératoire.
D'une manière générale, de la précocité et de la précision du diagnostic lésionnel va dépendre la prise en charge la plus adéquate.
Le traitement des différentes pathologies du Lanceur est le plus souvent médical conservateur; sa finalité est l’indolence.
Pour l'épaule, la restauration des amplitudes, une bonne mobilité de l’omoplate, le renforcement musculaire excentrique des rotateurs sont indispensables.
Lorsque la chirurgie est indiquée, il est essentiel d'avoir recours à des chirurgiens spécialisés dans la prise en charge des sportifs de haut niveau et hyperpointus.
En matière d'épaule et de coude, la correction de la primo-lésion est primordiale et le plus souvent il va s'agir d'une instabilité pathologique (la laxité est quasi physiologique chez un Lanceur). A noter que les suites après chirurgie ne sont pas toujours synonymes de reprise sportive au même niveau qu'avant l'intervention.
Des mesures préventives en parallèle à l'entraînement physique et technique et une surveillance médicale régulière restent les meilleurs moyens pour ne pas tomber dans la blessure récurrente de rachis, d'épaule et de coude.
Enfin ne jamais oublier de rechercher des dysfonctions de la colonne vertébrale cervicale, omniprésentes chez les Lanceurs. Elles font le lit des blessures de surcharge de l'épaule et du coude.
Au final et compte tenu du nombre et de la sévérité potentielle des blessures de surcharge du rachis, de l'épaule et du coude chez les Lanceurs, surtout quand elles relèvent de la chirurgie et que l'on n'est jamais sûr de guérir à 100%, peut être serait-il judicieux d'observer une longue coupure à la fin de chaque saison sportive, de manière à bien laisser cicatriser les blessures, effectuer un travail foncier aérobie sur vélo ou rameur (appareil Concept 2 de préférence), renforcer les muscles posturaux spinaux et abdominaux profonds par du gainage intensif et travailler spécifiquement en excentrique les muscles rotateurs des deux ceintures et les quatre groupes musculaires à risque : ischio-jambiers, adducteurs, droit fémoral et jumeau interne du mollet.

Dr Louis Pallure, médecin MPR (médecine physique et réadaptation), médecine et traumatologie du sport, médecine manuelle-ostéopathie, Pr de sport et musculation DE; médecin Athlé 66, Ligue Occitanie d'Athlétisme, médecin spécialiste des Lancers de la Fédération Française d'Athlétisme. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire